Why bumblebees need your help

Un bourdon posé sur une grappe de fleurs mauves, sur fond gris flou.

Pourquoi les bourdons ont besoin de votre aide

29 novembre 2015

« Les populations de bourdons déclinent à une vitesse incroyable », affirme le professeur Jeremy Kerr, titulaire de la Chaire de recherche de l’Université en macroécologie et en biologie de conservation à l’Université d’Ottawa. C’est l’une des conclusions qu’il tire de ses recherches portant sur la réaction aux changements climatiques de 67 espèces de bourdons en Amérique du Nord et en Europe. Couvrant deux continents, l’étude du professeur Kerr constitue la première analyse des effets des changements climatiques sur un groupe important de pollinisateurs. Elle a été publiée la semaine dernière dans le magazine Science.

Bien que les bourdons et les abeilles domestiques se ressemblent beaucoup, il ne faut pas les confondre. « Les bourdons sont ces gros insectes que vous voyez dans votre jardin en train de butiner les fleurs », explique le professeur. Les abeilles, quant à elles, sont « comparables à des animaux d’élevage, comme les chèvres ou les moutons ». Il s’agit dans les deux cas de pollinisateurs, mais le rôle des bourdons, plus large que celui des abeilles, se révèle d’une importance vitale pour la sécurité alimentaire mondiale et pour l’économie. « L’une et l’autre seront durement touchées par la disparition à grande échelle des pollinisateurs causée par les changements climatiques. »

Jeremy Kerr, chercheur principal, et son équipe de 10 chercheurs de l’Université d’Ottawa (de premier cycle, des cycles supérieurs et postdoctoraux) ont consacré à cette étude « toutes leurs énergies pendant plusieurs années ». Leurs travaux ont par ailleurs mis en lumière un mécanisme biologique inconnu jusque-là, qui permet d’expliquer en fonction de leur passé évolutif le comportement des espèces face aux changements climatiques.

Alors que certaines espèces réagissent au réchauffement des températures en étendant leur aire de dispersion vers le nord, les bourdons font exactement l’inverse. C’est l’une des conclusions de l’analyse fouillée menée par Jeremy Kerr à partir d’observations à long terme s’étalant de 1901 à 2010 : les bourdons ne se réinstallent pas dans d’autres régions, et leur habitat naturel s’est réduit d’environ 300 km dans le sud de l’Europe et en Amérique du Nord. « Nous devons trouver des moyens d’améliorer les perspectives d’avenir pour les pollinisateurs », dit le chercheur, qui est aussi professeur au Département de biologie de l’Université.

La question de l’aide aux bourdons est complexe, et il est important d’en discuter. On pourrait par exemple transplanter des populations de ces insectes dans des régions d’Europe et d’Amérique du Nord situées au nord de leur habitat naturel, ou chercher plus au sud des microclimats favorables à leur épanouissement. On pourrait aussi en faire davantage pour aider les populations actuelles là où elles vivent. Mais la meilleure solution de toutes, conclut Jeremy Kerr, consiste à freiner le changement climatique.

L’initiative individuelle a également un rôle à jouer. Le programme Bumble Bee Watch, une extension de l’étude intercontinentale sur les abeilles dirigée par Jeremy Kerr, a été lancé à peu près au même moment que cette dernière. Toujours en cours et connaissant un grand succès, ce programme encourage la participation du grand public à la recherche scientifique. Jeremy Kerr invite aussi les gens à planter dans leur jardin, à l’intention des pollinisateurs, des fleurs comme des rudbeckies et des échinacées.

Cet article est paru dans l’édition du Gazette de l’Université d’Ottawa le 13 juillet 2015.
Mention de source : Jeremy Kerr