How words affect us, from the personal to the political

Une jeune femme est appuyée contre un mur de briques peint, une joue reposant sur sa main. Elle baisse le regard pour consulter son téléphone.

Le poids personnel et politique des mots

Victor Kuperman de la McMaster University se sert de la technologie pour mesurer l’impact du langage sur les individus et la société
11 février 2015
Vue de l’œil d’Emma Bridgwater, étudiante de premier cycle, à travers un oculomètre.

Vue de l’œil d’Emma Bridgwater, étudiante de premier à travers
un oculomètre. Des chercheurs de la McMaster University utilisent
des caméras vidéo évoluées pour enregistrer le mouvement
oculaire d’une personne lorsqu’elle lit un texte, ce qui peut aider
à diagnostiquer des problèmes de compréhension et à trouver
des traitements efficaces.
Mention de source: Noor Al-Zanoon

La lecture et l’écriture sont des activités proprement humaines et, à l’ère d’Internet et des médias sociaux, la quantité de textes produits est sans précédent dans l’histoire. Ce déferlement de données écrites nous affecte sur plusieurs plans, tant personnel que politique. C’est pourquoi le psycholinguiste Victor Kuperman et son équipe de la McMaster University ont entrepris de mesurer un large éventail d’expériences liées à l’écrit, de la capacité d’une personne à analyser les mots jusqu’aux tendances générales associées à la langue employée pour décrire les gens et les idées. « Nous voulons travailler autant avec de très petites unités de mesure que de très grandes, étudier aussi bien une personne que toute une collectivité, dit-il. Nous nous intéressons au langage individuel et à l’idiome d’une société. »

L’un des aspects les plus personnels du langage est la compréhension de lecture. Au Canada, près d’un tiers des gens âgés de 16 à 25 ans sont des analphabètes fonctionnels; ils peuvent lire les mots, mais sont incapables de saisir le sens d’un ensemble de directives écrites. Afin de mieux saisir les freins à la compréhension, M. Kuperman utilise le financement de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) pour acheter un oculomètre. Muni de caméras vidéo évoluées, cet appareil enregistre précisément les mouvements oculaires d’une personne quand elle lit un texte. Ces données sont ensuite corrélées avec les résultats obtenus par l’individu à d’autres tests cognitifs ou verbaux pour déterminer s’ils sont liés.

Ainsi, dans une étude récente, l’équipe a observé que la capacité d’une personne à pianoter un rythme régulier est un bon indicateur de sa faculté à comprendre la langue écrite. « La coordination des mouvements des doigts et des yeux procède de la même aptitude », explique Victor Kuperman. On peut donc se servir du pianotage pour diagnostiquer rapidement des problèmes de lecture chez l’enfant. Chez les adultes présentant un faible niveau de littératie, le test du pianotage peut aider à déterminer si le problème est attribuable à l’impossibilité de recevoir une éducation ou à un déficit cognitif plus sérieux. M. Kuperman achète aussi un oculomètre portatif qu’il peut apporter dans des collectivités où le niveau de compréhension de lecture est bas.

À l’autre extrémité du spectre, l’équipe de Victor Kuperman se sert des « données volumineuses » pour étudier les implications sociales de l’usage de la langue. Un ensemble d’ordinateurs à haut rendement financé par la FCI permet à l’équipe d’analyser des millions de gazouillis ainsi que des métadonnées se rapportant au lieu et au moment où chacun de ces messages a été affiché. L’exploitation de cette riche source de données peut aider les chercheurs à analyser les émotions associées à des concepts particuliers, dont les marques, les politiciens et même les pays. Par exemple, en analysant les adjectifs utilisés à proximité de mots tels que « chinois », « russe » ou « américain », l’équipe a constaté que les pays au niveau de vie élevé sont souvent perçus de manière plus favorable et moins chargée émotivement que les pays plus pauvres. « Ces pays doivent avoir quelque chose en commun, ajoute Victor Kuperman. Nous examinons les données du recensement et les statistiques mondiales pour arriver à comprendre ces résultats. »

Grâce aux données volumineuses, on peut aussi étudier les perceptions en fonction de différentes échelles de temps, par exemple, en comparant les gazouillis affichés durant un certain événement par rapport à ceux affichés des mois ou des années plus tard. « Nous sommes capables de passer des millisecondes, avec l’oculomètre, aux décennies et aux siècles, avec l’analyse textuelle, poursuit Victor Kuperman. Rares sont les laboratoires qui peuvent mener de telles recherches. »

VISIONNER : Pour en savoir plus sur la Fondation canadienne pour l’innovation.