No more slipping through the cracks

Plus personne ne passera à travers les mailles du filet

Des chercheurs de l'Université de Toronto veulent concevoir de meilleures façons de suivre "et de protéger" les enfants placés en famille d'accueil en Ontario
20 mai 2012

À tout moment, il y a quelque 19 000 enfants placés dans des familles d’accueil en Ontario par une des 53 sociétés d’aide à l’enfance (SAE) en vue d’assurer leur protection.

Même si les travailleurs sociaux des SAE dressent des rapports méticuleux sur les enfants pris en charge, les renseignements contenus dans les milliers de fichiers du système ne sont pas regroupés. Par conséquent, le ministère des Services sociaux et communautaires n’a pas en main un portrait statistique suffisamment fidèle pour fonder ses politiques et ses services de protection de l’enfance.

« Dans aucune autre province, l’infrastructure de présentation des rapports sur la protection de l’enfance n’est aussi déficiente qu’en Ontario », affirme Aron Shlonsky de la faculté de travail social Factor-Inwentash de l’Université de Toronto.

Le professeur et son équipe de recherche tentent de colmater cette brèche. Grâce à la création de l’Ontario Child Abuse and Neglect Data System (OCANDS), les SAE pourront consulter une première base de données unifiée, une initiative susceptible d’améliorer les politiques et les services de protection de l’enfance.

Bien que le développement du système s’étendra sur les deux prochaines années, la base de données de Shlonsky a déjà permis de relever les faiblesses de l’outil d’évaluation des risques de la province. Pour chaque famille qui fait l’objet d’une enquête de maltraitance, le travailleur social utilise un outil conçu pour relever les éléments de son histoire familiale afin d’évaluer la probabilité que l’enfant soit à nouveau replacé en famille d’accueil.

En 2000, l’Ontario a adopté un modèle d’évaluation des risques appelé Risk Assessment Model (ORAM). Le chercheur et son équipe se sont penchés sur la valeur prédictive de l’ORAM et ont remis en question sa validité et sa fiabilité. (Ce n’est pas une coïncidence si les taux de maltraitance envers les enfants ont pratiquement triplé entre 1998 et 2005.)

En 2007, les Services sociaux et communautaires, tenant compte de la critique, ont remplacé l’ORAM par un nouvel outil d’évaluation des risques offrant une probabilité de prévision des possibilités de récidive en matière de maltraitance beaucoup plus élevée et fiable.

« Pour la première fois en Ontario, nous avons un outil d’évaluation des risques qui a été validé », dit le chercheur. Mais là ne s’arrête pas le travail. Comme l’outil a été importé de Californie, l’équipe de l’OCANDS s’emploie à l’adapter à la réalité ontarienne. « Nous combinons l’informatique et la recherche sociale en vue d’optimiser la valeur prédictive de l’outil. »

Il y a encore d’importants travaux de recherche à venir. L’équipe de l’Université de Toronto veut structurer les données de l’OCANDS en vue d’en tirer davantage d’information : le profil des enfants pris en charge, la durée de leur séjour en famille d’accueil et dans une famille d’accueil en particulier, l’occurrence des retours dans la famille ou des prises en charge par la province.

« Dans le moment, si j’étudie un cas et examine une famille en particulier afin de voir si elle a un historique avec une SAE, cette information apparaîtra à mon écran, explique Shlonsky. Mais si je suis un gestionnaire et que je veux connaître, par exemple, la durée médiane de réunification des familles pour tous les cas, pour une année donnée et selon l’âge, généralement, je ne peux pas avoir ces données. » Comme le système actuel est conçu pour gérer l’information au niveau du cas, il est impossible de regrouper l’information dans un rapport plus vaste qui dégagerait des tendances au bénéfice des services d’aide et des intervenants provinciaux.

Une fois mené à terme, le projet OCANDS permettra à chaque SAE d’interroger le système sur ses propres données, de même que sur celles des autres SAE. Le but est d’extraire des données cumulatives en vue de tracer des portraits justes de la situation, susceptibles de guider les services d’aide et les responsables de l’élaboration des politiques des Services sociaux et communautaires. Par exemple, si un nombre élevé de bébés compose la clientèle des familles d’accueil, les SAE pourront agir en conséquence.

Également, la base de données unifiée permettra aux responsables de dépeindre la situation de la maltraitance dans la province. Si certains secteurs géographiques présentent une concentration relativement élevée de cas de violence à l’égard des enfants, il sera alors possible d’augmenter le nombre de travailleurs sociaux et de services dans ces régions.

OCANDS ne réglera pas pour autant tous les problèmes d’exploration de données. Si une famille coupable de maltraitance déménage et passe du territoire de compétence d’un service d’aide à un autre, le nouveau système ne sera pas davantage en mesure de suivre ce mouvement. Ces familles migratrices sont toutefois minoritaires dans la clientèle des services d’aide.

Les ressources du projet, financées par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), sont hébergées dans un nouveau laboratoire de l’OCANDS, dans l’immeuble des services sociaux de l’Université de Toronto. Les installations comprennent des bureaux, un espace sécuritaire de traitement et de stockage des données et un vaste laboratoire ouvert.

La configuration des installations favorisera le regroupement des ressources, la protection des données sensibles et la création d’une communauté de chercheurs dans le domaine de l’aide à l’enfance, notamment des professeurs, des étudiants diplômés et des partenaires des services d’aide et du gouvernement. En fin de compte, Shlonsky espère que le nouveau système permettra d’adopter des politiques et des services plus innovateurs et ainsi aider l’une des populations les plus vulnérables de la province.