Fly me to the moon

Objectif lune

Vendre un voyage spatial à de simples citoyens, voilà l'objet de la course à laquelle participent deux équipes canadiennes bien déterminées à conquérir leur part de ce très prometteur marché touristique
2 mai 2005
En octobre 2004, le SpaceShipOne du légendaire aviateur Burt Rutan a battu ses 23 concurrents dans la course au Ansari X Prize récompensant le premier aéronef privé à effectuer un vol suborbital habité.
 

De nombreux observateurs ont alors considéré que la course était finie. En réalité, elle ne faisait que commencer.

La démonstration réussie de Burt Rutan a en fait marqué le début d’une course pour un prix encore plus alléchant : le marché de plusieurs millions de dollars que représente le tourisme spatial. Pour deux ambitieuses et ingénieuses équipes canadiennes — la Golden Palace.com Space Program (projet da Vinci) et la Canadian Arrow — il s’agissait d’une occasion unique de se lancer dans ce mouvement orbital. « Nous avons maintenant accédé à ce marché — c’était le but du X Prize, indique le leader de l’équipe Canadian Arrow, Geoffrey Sheerin. Le prix a été décerné mais, aujourd’hui, vous ne pouvez toujours pas acheter un billet pour un vol commercial dans l’espace. Nous voulons que cela change. »

Le Ansari X Prize a été lancé en mai 1996 par la fondation X Prize, un organisme sans but lucratif voué à la promotion du tourisme spatial. Ce prix de 10 millions de dollars a été créé sur le modèle du prix Orteig, une récompense de 25 000 $ remise en 1927 qui a littéralement changé le cours du transport aérien commercial. Ce prix avait été remporté par Charles Lindbergh qui, à bord de son Spirit of St. Louis, avait surclassé ses huit concurrents en réussissant le premier vol sans escale entre New York et Paris.

Le X Prize se veut un catalyseur similaire pour notre époque. Le SpaceShipOne de Burt Rutan venait à peine de remporter le prix que l’aventurier milliardaire Richard Branson — féru d’aviation puisqu’il est propriétaire de la ligne aérienne Virgin Atlantic — engageait Rutan pour construire une flotte d’engins spatiaux pour sa nouvelle entreprise, Virgin Galactic, qui amènera des touristes dans l’espace suborbital. Geoff Sheerin, à la tête de Canadian Arrow et Brian Feeney, leader du projet da Vinci, ont la ferme intention de damer le pion à sir Branson.

« Quand nous aurons terminé nos essais à la fin de l’année, nous mettrons les bouchées doubles car nous sommes pratiquement un an derrière Richard Branson. Mais nous espérons arriver bons premiers avec un concept plus novateur et au moins tout aussi compétitif, indique Brian Feeney. Nous nous disputons l’espace : l’enjeu n’est pas le monde, mais l’univers. »

M. Feeney explique que l’équipe du projet da Vinci continuera à voler sous les auspices de la fondation X Prize. La fusée, baptisée Wildfire, sera attachée à un ballon à l’hélium qui, grâce à ses gros propulseurs, la fera monter en altitude jusqu’à sa position de lancement. « Nous effectuerons les deux vols habités dans un délai de deux semaines, précise-t-il. Nous allons tenter de briser le record du cycle de rotation et, également, celui de l’altitude. »

Brian Feeney indique que la fusée de son équipe est prête à 80 % et qu’il a l’intention d’effectuer un vol d’essai non habité dans le courant de l’été. Ce vol sera suivi le plus tôt possible, c’est-à-dire 30 à 45 jours plus tard, par des vols habités.

En janvier, M. Feeney a dévoilé une deuxième génération de fusée dans le cadre du Canadian Student Summit on Aerospace tenu à l’Université de Toronto. C’est cette fusée — du nom de code Project Tiger — qu’il a l’intention d’utiliser pour concurrencer Virgin Galactic et ses autres rivaux. Au lieu d’être transporté en altitude par un ballon, l’aéronef à voilure de huit sièges décollera et atterrira sur une piste. « Nous projetons construire le prototype en 2006 et effectuer un premier vol vers le milieu de 2007 », fait valoir M. Feeney.

Quant à la date de vol du Canadian Arrow, elle est gardée secrète — concurrence oblige — mais M. Sheerin indique qu’il ne doute absolument pas que sa fusée volera parce que l’engin est une version évoluée du V2 allemand de la Seconde Guerre mondiale. « Nous sommes les seuls participants de la course X Prize à pouvoir prétendre que la majeure partie de notre technologie a déjà volé, car les V2 ont effectué près de 3 000 vols, fait valoir M. Sheerin. Cette fois, ce sera pour une bonne cause ».

L’équipe Canadian Arrow, toutefois, a décidé d’abandonner la course proprement dite. Dorénavant, l’entreprise se consacrera entièrement au développement du transport de clients payants dans l’espace. « Nous voulons devenir une société spatiale qui dégage des bénéfices, indique M. Sheerin. Nous sommes on ne peut plus déterminés à y arriver. »

M. Sheerin estime que l’avenir des vols suborbitaux est prometteur, qu’ils seront même un jour monnaie courante. En plus d’offrir des vols touristiques, il croit que des entreprises comme la sienne constitueront un choix idéal pour les astronautes néophytes qui voudront gagner leurs galons avant de participer à des missions dans l’espace orbital et au-delà.

Les équipes Canadian Arrow et da Vinci sont à la recherche d’appuis financiers en vue de mener à bien leurs premières missions. Canadian Arrow a besoin d’environ 5 à 6 millions de dollars et da Vinci cherche entre 800 000 et 1 million de dollars. Elles espèrent trouver les fonds nécessaires auprès d’investisseurs canadiens des secteurs public et privé.

Une fois le financement assuré, qui sait jusqu’où pourront aller ces deux géniaux aventuriers de l’espace. En fait, lorsque Geoff Sheerin et Brian Feeney lèvent les yeux au ciel et méditent sur l’avenir, ils se disent avec conviction: tout est possible.

Pour en savoir plus

Pour de plus amples renseignements, cliquez sur les liens ci-dessous :

  • Fondation X Prize — Ansari X Prize : www.xprize.org
    (Site anglophone seulement)
  • Scaled Composites de Burt Rutan : www.scaled.com
    (Site anglophone seulement)

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