La nutrition animale : une passion

La nutrition animale : une passion

Des produits laitiers, d’œufs et de viande plus surs et plus rentables grâce au Canadian Feed Research Centre de la University of Saskatchewan
23 octobre 2014

Par Sharon Oosthoek

On est ce que l’on mange dit-on. Eh bien, si nous tenons compte des produits laitiers, d’œuf et de viande qui composent notre alimentation, nous devrions aussi surveiller les aliments consommés par les animaux d’élevage.

Situé à North Battleford, le Canadian Feed Research Centre de la University of Saskatchewan a ouvert ses portes officiellement en octobre 2014. Usine d’aliments pour animaux utilisée aux fins de recherche, le centre veut continuer à améliorer l’alimentation du bétail – pour notre bien-être, mais aussi garantir une meilleure rentabilité aux éleveurs et aux céréaliculteurs. Pour y arriver, des chercheurs canadiens et étrangers tenteront d’accroître la valeur nutritive des aliments, de minimiser les pathogènes alimentaires et de réduire les répercussions environnementales de la production d’aliments.

Selon Tom Scott, président de la recherche sur la technologie de transformation des aliments pour animaux à l’université et agent de liaison du centre, l’enjeu est de taille. L’alimentation du bétail représente plus de la moitié des coûts de production de protéines animales pour la consommation humaine. Le moindre gain d’efficience dans les productions les plus coûteuses peut se traduire par une hausse considérable des profits pour les éleveurs de bétail laitier, de bœufs, de porcs et de volailles. La transformation des céréales en aliments pour animaux signifierait l’optimisation de la valeur nutritive et l’accroissement du rendement animal.


Scott Bishoff, technicien au Canadian Feed Research Centre de
North Battleford, en Saskatchewan, vérifie les cylindres d’une
usine de granulés à échelle.
Mention de source : Dave Stobbe, University of Saskatchewan

La plupart des aliments destinés au bétail sont composés de céréales impropres à la consommation humaine, des restes de l’extraction de l’huile des graines oléagineuses ou des résidus de céréales ayant servi à la production d’éthanol. L’amélioration du processus de transformation réduira les coûts pour les fabricants de moulée, ouvrira de nouveaux marchés et assurera aux céréaliculteurs un meilleur prix, affirme M. Scott. « Tous les jours, nous cultivons 40 millions de tonnes de blé et d’orge dont 20 pour cent sont endommagées par les conditions de culture ou d’entreposage. Cette portion est transformée en céréale fourragère. De plus, une période de gel au mois d’août touchera jusqu’à 70 pour cent des récoltes. Si nous pouvions bonifier ces céréales, cela augmenterait la demande – y compris à l’exportation – et les céréaliculteurs obtiendraient un meilleur prix. » Au Canada, les ventes d’aliments destinés au bétail pèsent environ 6 milliards de dollars par année. Le secteur des aliments pour animaux de compagnie représente pour sa part 5 milliards de dollars additionnels. « Nous avons la capacité de faire mieux pour accroître la demande pour nos produits », avance-t-il.

Les chercheurs examineront plusieurs aspects de l’alimentation animale afin de dégager cette valeur ajoutée. Trois importantes pièces d’équipement ‒ une chaîne de floconnage, un broyeur à marteaux et un moulin à cylindres ‒ serviront à moudre ces grains en particules, plus petites les particules, plus grande est leur surface, ce qui en facilite la digestion. Grâce à trois mélangeurs d’aliments de dimensions variées, les chercheurs testeront des additifs comme les prébiotiques, qui sont des fibres végétales spécialisées apportant de bonnes bactéries intestinales au bétail. Ce type de bactéries réduit la quantité d’antibiotique requise pour lutter contre les maladies animales et aide à maîtriser la croissance de celles responsables des intoxications alimentaires chez les humains.

Des appareils d’enrobage liquide des aliments sous vide serviront à analyser la préservation des additifs, dont un moyen en particulier qui réduit la teneur en phytate des céréales. Le phytate est un composé naturel des plantes qui ajoute du phosphore au fumier excrété par les volailles et les porcs. Lorsque le phosphore s’infiltre dans les cours d’eau locaux, il peut engendrer la prolifération d’algues qui réduisent la teneur en oxygène, et de ce fait, la disparition des poissons.


Santosh Lamichhane, étudiant aux cycles supérieurs au
Canadian Feed Research Centre de North Battleford, en
Saskatchewan, examine le cylindre d’extrusion, dispositif
qui force des matériaux bruts dans un long cylindre pour
fabriquer des pépites.
Mention de source : Dave Stobbe, University of Saskatchewan

Un autre projet en cours tente de mieux comprendre comment des additifs, comme l’huile de lin ou de canola, peuvent réduire les flatulences des ruminants, libérant du méthane ‒ un gaz à effet de serre ‒ dans l’atmosphère.

Les chercheurs vont tenter d’améliorer la qualité et l’uniformité du tourteau de canola. Riche en fibres et en protéines, les restes du pressage du canola pour en faire du biocarburant ou des huiles alimentaires ont longtemps été un ingrédient important dans la fabrication des aliments pour animaux. Sa valeur nutritive pouvant varier considérablement, son prix de vente est souvent sous-évalué.

Seule installation de recherche sur les aliments au monde dotée de chaînes de transformation commerciales à haut volume et à petite échelle, les innovations importantes des chercheurs peuvent être transformées sans tarder en produits commerciaux.

Pour Jack Ford, producteur laitier de la Saskatchewan : il est crucial de fabriquer des aliments améliorés pour une mise en marché rapide, ses vaches produiront ainsi un lait présentant une teneur élevée en gras, en protéines et en bonnes bactéries, lui assurant un meilleur rendement.

Président du comité de recherche du Saskatchewan Milk Marketing Board, SaskMilk, M. Ford a souvent consulté les scientifiques de la University of Saskatchewan sur la santé et la productivité des cheptels laitiers. Il a hâte que les experts provinciaux collaborent avec des chercheurs internationaux en nutrition animale.

Il est aussi très impatient que le centre fabrique des aliments répondant aux normes de la Nouvelle-Zélande, pays qui vend ses produits laitiers partout dans le monde. La Nouvelle-Zélande est soumise à une réglementation très stricte sur l’importation des aliments, qui protège contre des contaminants comme des champignons parasites naturels des céréales. Si les chercheurs du centre arrivent à mettre au point des procédés éliminant de façon continue presque tous ces risques, les producteurs et les transformateurs d’aliments canadiens pourraient pénétrer un important marché.

« Le centre fera bientôt une grande percée, affirme M. Ford. Les éleveurs de bétail de la Saskatchewan en profiteront, mais aussi l’ensemble du Canada. »