Enviroman

Monsieur environnement

David Keith, chercheur à l'Université de Calgary, est à l'avant-garde de la recherche sur de nouvelles technologies qui, espère-t-il, orienteront les politiques environnementale
1 septembre 2007
On nous l’a répété maintes et maintes fois : les émissions de CO2 causent d’importants dommages à l’environnement. Mais que pouvons-nous faire pour améliorer la situation ? David Keith espère jouer un rôle de chef de file à ce chapitre. En tirant parti de son expérience en recherche et de ses partenariats avec le gouvernement, l’industrie et les environnementalistes pour proposer des solutions réalistes et économiques, le scientifique tente de faire prendre un virage vert aux politiques publiques.
 

En 2006, il a été le tout premier « Spécialiste de l’environnement de l’année » du magazine Canadian Geographic. Pas mal pour quelqu’un qui n’a aucune formation en sciences de l’environnement. Physicien de formation, M. Keith s’est intéressé aux questions climatiques par intérêt pour les enjeux d’importance et parce que « l’environnement présente des défis stimulants sur le plan scientifique et plein d’impondérables. »

Pour lutter contre les changements climatiques, M. Keith s’efforce de mieux comprendre les risques et les possibilités associés à la capture et au stockage du CO2, c’est-à-dire au piégeage des émissions issues de la combustion de combustibles fossiles et à leur stockage sécuritaire loin de la surface du sol, par exemple dans des sites d’anciens gisements de gaz et de pétrole ou dans des couches de houille.

En 2005, David Keith et son équipe de l’Université de Calgary ont réalisé une avancée importante en construisant une tour de cinq mètres qui aspire le CO2 de l’air ambiant pour le stocker dans un réservoir souterrain. Ces tours pouvant être érigées n’importe où, la capture du CO2 ne se limite donc plus aux zones industrielles. Même s’il s’agit d’une percée incroyable, M. Keith reconnaît toutefois qu’elle n’aura pas d’impact significatif avant une vingtaine d’années.

L’ajout de saumure au CO2 stocké est une méthode beaucoup plus facile à appliquer. Monsieur Keith et son équipe ont découvert que l’injection de saumure dans les aquifères servant à stocker le CO2 accélère la dissolution du gaz, un processus qui prend des milliers d’années dans la nature. Une fois dissous, le CO2 ne présente plus de danger pour l’atmosphère. « Cette méthode pourrait réduire considérablement les risques associés au stockage du CO2 et rendre cette opération possible dans des endroits présentement inadaptés », précise M. Keith.

© ISEEE University of Calgary
 

Même s’il mène des recherches de pointe, le scientifique est persuadé que la seule véritable façon de faire bouger les choses est d’utiliser ses découvertes pour orienter les politiques publiques en environnement. Il rappelle que le tout premier signal d’alarme concernant les changements climatiques a été envoyé aux politiciens il y a 40 ans, lorsque le président américain Lyndon Johnson a reçu le premier rapport de haut niveau sur la question. « Pourtant, nous n’avons encore fait aucun geste significatif », se désole-t-il. Il croit cependant que les choses sont sur le point de changer et que la science sera d’une aide inestimable pour permettre aux gouvernements et à l’industrie de trouver des solutions.

« ;Pour prendre des décisions éclairées liées aux enjeux environnementaux, il faut bien comprendre les coûts réels que doit assumer l’industrie et tout ce qu’implique la négociation d’une solution avec l’industrie, le gouvernement et les groupes environnementalistes. Différentes solutions se présentent, sous différentes formes, aux systèmes économiques et politiques. »

Pour concevoir ces solutions, M. Keith est à mettre sur pied une équipe à l’Université de Calgary qui concevra des technologies en réponse aux problèmes liés aux ressources énergétiques et à l’environnement. Il a d’ailleurs fait partie d’une équipe similaire à la réputée Université Carnegie Mellon de Pittsburgh. Créer un pendant canadien à ce groupe de recherche était l’une des raisons qui le motivaient à revenir au pays : « Le Canada compte des spécialistes qualifiés, mais aucune équipe qui se consacre exclusivement à la question. La présence d’un tel groupe au pays entraînera des retombées réelles, parce qu’il peut établir avec l’industrie et le gouvernement des liens qu’un chercheur seul ne peut créer. »

Le but ultime de M. Keith est de faire progresser les politiques publiques sur la question des changements climatiques, montrant ainsi que la science peut être à la fois stimulante et utile.