Upwardly mobile

Mobilité à la hausse

Pendant que les baby-boomers soignent leurs articulations endolories, les chercheurs de l'Université Queen's s'affairent à préserver leur mobilité
24 février 2004

À un âge où la plupart des gens envisagent un avenir prometteur, Donna Rychlo, à 31 ans, devait faire face à une dure et douloureuse réalité.

En effet, elle apprenait qu’elle souffrait de dysplasie congénitale de la hanche, un diagnostic qui signifiait qu’elle passerait le reste de sa vie dans la douleur, à subir de multiples chirurgies, pour finir en bout de ligne confinée à un fauteuil roulant.

Elle a alors rencontré le Dr John Rudan.

John Rudan — chirurgien orthopédiste à l’Hôpital général de Kingston et chercheur principal au Human Mobility Research Centre (HMRC) — a changé la vie de Donna au moyen d’un certain nombre de chirurgies et de traitements innovateurs visant à la garder sur pied. Aujourd’hui, 12 ans après le diagnostic initial, la pharmacienne de 43 ans, mariée et mère de deux enfants, est une femme active : elle marche et envisage l’avenir avec optimisme. Comment expliquer ce revirement ?

Quand le Dr Rudan a examiné Donna Rychlo pour la première fois, il lui a conseillé de ne pas se mettre sur la liste d’attente pour une arthroplastie de la hanche — une chirurgie effractive qui aurait vraisemblablement dû être refaite à quelques reprises. Il lui a plutôt suggéré une technique chirurgicale innovatrice assistée par ordinateur, qui allait lui permettre de retarder le recours à une prothèse de la hanche jusqu’à ce que la technologie et les matériaux soient plus perfectionnés et plus durables. « Plus j’attendais, meilleures étaient les chances que la technologie progresse et qu’une seule chirurgie soit nécessaire, explique Donna. Je ne voulais pas aboutir dans un fauteuil roulant. Pourtant, si j’avais été opérée à l’époque, c’est sans doute comme ça que je me déplacerais aujourd’hui. »

La chirurgie assistée par ordinateur à laquelle a eu recours le Dr Rudan a été mise au point dans les nouvelles infrastructures de recherche de 5,5 millions de dollars du HMRC, un partenariat entre l’Université Queen’s et l’Hôpital général de Kingston, en Ontario. Le HMRC donne de nouveaux espoirs et offre des solutions de rechange aux personnes qui doivent subir un traitement pour une perte de mobilité attribuable à des troubles des articulations, à des blessures sportives, à des accidents de voiture, à l’arthrite, à l’ostéoporose ou, tout simplement, au vieillissement. Financé en partie grâce à la contribution de 1,7 million de dollars de la FCI, le Centre permet une collaboration unique entre des chercheurs des domaines de la médecine, du génie, des sciences de la santé et des technologies de l’information.

Créé en 1999, le HMRC réunit certains des meilleurs ingénieurs, chirurgiens, chercheurs, scientifiques en biologie médicale, experts en technologie de l’information, informaticiens et cliniciens de l’Amérique du Nord. Ceux-ci travaillent dans des infrastructures de recherche à la fine pointe et sont mis au défi de trouver ensemble de meilleures solutions à une longue liste de problèmes de santé et de mobilité.

« En partant du principe que les éléments sont interreliés, les chercheurs déterminent eux-mêmes une façon de parvenir à leurs fins, affirme Tim Bryant, ingénieur mécanique et chercheur principal au HMRC. Dès que nous avons constaté à quel point les ordinateurs et les technologies de l’information pouvaient jouer un rôle pour résoudre les problèmes de mobilité, les choses ont pris une tout autre direction. »

Le HMRC dispose de laboratoires spécialisés en tissus conjonctifs, en biosimulation, en préparation des tissus, en conception de prothèses, en élaboration de logiciels et en analyse de démarche. C’est là que les chercheurs innovent en mettant au point, par exemple, des ciments osseux, des substituts de greffons osseux et des lubrifiants liquides synthétiques utilisés pour évaluer l’usure d’un genou ou d’une articulation de la hanche. La FCI fournit aussi au Centre des fonds en vue de la construction des premières salles de chirurgie assistée par ordinateur au monde.

Bien que le HMRC dispose de l’équipement nécessaire pour effectuer les arthroplasties totales, Tim Bryant précise qu’une grande partie de la recherche effectuée au Centre met l’accent sur la prévention et sur la façon de repousser les interventions chirurgicales. Maintenant que les baby-boomers ont atteint 55 ans, leurs articulations commencent à leur poser des problèmes. Le but est donc de maintenir le bon fonctionnement de leurs articulations le plus longtemps possible. Il faut, par conséquent, délaisser les chirurgies radicales et effractives — comme l’arthroplastie de la hanche et du genou — au profit de traitements novateurs moins effractifs qui réparent le cartilage et les os endommagés sans nuire aux régions environnantes.

Retombées

Plus du tiers de la population mondiale de 55 ans et plus souffre de maladies osseuses et de problèmes d’articulation. Bien que ce chiffre puisse sembler élevé, les chercheurs croient qu’il l’est possiblement davantage en réalité. Comme la population vieillit et que les gens de la génération du baby-boom arrivent à « l’âge d’or », le casse-tête pourrait devenir plus compliqué.

Plus que la génération qui les a précédés, les baby-boomers sont très conscients de l’importance d’une saine alimentation et de l’exercice. Beaucoup d’entre eux soumettent d’ailleurs leur corps à des activités extrêmes, comme des exercices aérobiques à fort impact ou des heures de tapis roulant. Mais comme ils vieillissent, ces habitudes peuvent exercer de grandes pressions sur leurs articulations… ainsi que sur les budgets de santé des gouvernements. « Nous savons que les baby-boomers prennent de l’âge, affirme Tim Bryant, chercheur principal au HRMC. Beaucoup d’efforts sont donc déployés pour bien préparer le système à faire face aux questions de mobilité et aux problèmes d’articulation qui ne manqueront pas de se présenter. Il s’agit d’une situation problématique à l’échelle mondiale. »

Par conséquent, les chercheurs du domaine de la santé se concentrent sur de nouveaux traitements créatifs reposant sur des approches multidisciplinaires. Et, malgré le succès de certaines techniques d’arthroplastie traditionnelles, l’accent est dorénavant mis sur des méthodes moins effractives, particulièrement dans un contexte où il faut limiter les coûts sociétaux liés aux maladies comme l’arthrite et l’ostéoporose.

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles. On s’attend à ce que, dans 10 ans, les solutions de rechange aux arthroplasties totales soient évidentes. Et, dans 20 ans, il sera peut-être possible de traiter couramment les tissus structuraux déficients du corps au moyen de méthodes assistées par ordinateur très peu effractives, comme celles auxquelles a recours le Dr John Rudan au HMRC.

Partenaires

Une des caractéristiques clés du HMRC est sa capacité à rassembler des chercheurs de différents secteurs et à créer des partenariats avec des entreprises privées. « Dans le domaine des soins de santé, il n’est pas possible de faire profiter le patient de la recherche et du produit sans la participation du secteur privé, explique Tim Bryant. C’est aussi simple que cela ! » Au cours de la dernière décennie, le HMRC et l’Université Queen’s ont établi de précieux partenariats et de bonnes relations avec de nombreuses entreprises des domaines de la pharmacologie et de la santé. Le HMRC a aussi bénéficié du soutien d’organismes paragouvernementaux, comme la FCI.

Fonds ontarien pour l’innovation
Le Fonds ontarien pour l’innovation aide à subventionner les coûts en capital de la recherche pour les universités, pour les hôpitaux, pour les collèges et pour les établissements de recherche de l’Ontario. Le Fonds peut subventionner l’équipement, les collections et les spécimens scientifiques, les logiciels d’ordinateur, les bases de données, les liens de communications et autres propriétés similaires, utilisés essentiellement pour effectuer la recherche.

Fonds ontarien d'encouragement à la recherche-développement
Le Fonds ontarien d'encouragement à la recherche-développement est conçu pour promouvoir l'excellence en matière de recherche dans la province, en augmentant la capacité de recherche-développement des universités et d'autres établissements de recherche de l'Ontario par le biais de partenariats entre des organismes des secteurs public et privé.

DePuy Orthopaedics
DePuy Orthopaedics conçoit, fabrique et distribue des accessoires et des fournitures orthopédiques, dont des prothèses pour les hanches, pour les genoux, pour les chevilles, pour les épaules, pour les poignets, pour les coudes et pour les doigts. Au début des années 1960, les chercheurs de l’entreprise étaient à l’avant-garde du concept d’arthroplastie totale de la hanche. Encore aujourd’hui, ils sont des pionniers dans la mise au point de nouveaux produits issus de technologies novatrices et moins effractives qui améliorent la qualité de vie des patients. Au Canada, les produits DePuy sont distribués par Johnson & Johnson Medical Products, une division de Johnson & Johnson Inc.

Stryker Howmedica Osteonics
Chef de file mondial dans la conception, dans la fabrication et dans la vente de produits et de services orthopédiques, Stryker Howmedica Osteonics conçoit des prothèses de la hanche et du genou ainsi que des ciments et des substituts osseux pour aider les patients à vivre une vie plus saine et plus active. L’entreprise fournit au HMRC des produits qui rendent les arthroplasties plus simples et plus efficaces et qui accélèrent la guérison.