Microbes on a mission

Des microbes en mission

Des polluants ou de la découverte de nouvelles sources d’énergie, Elizabeth Edwards, University of Toronto, recherche des microbes pour relever nos plus grands défis environnementaux
21 novembre 2014

Il est invisible à l’œil nu, mais un des polluants organiques des eaux souterraines les plus répandus est le trichloréthylène (TCE), un solvant chloré nocif largement utilisé par les industries de 1940 au début des années 1970.

« Il y en a partout » affirme Elizabeth Edwards. Professeure de génie chimique et de chimie appliquée à la University of Toronto qui a entendu parler du TCE lors de ses études au doctorat à la Stanford University et de son emploi dans une entreprise en assainissement de l’environnement du secteur privé en Ontario. « Toute entreprise manufacturière existante quelque part dans le monde depuis plus de 20 ans en avait en sa possession. »

Le solvant chloré nocif est présent dans toutes les eaux souterraines et nappes aquifères profondes. Contrairement aux hydrocarbures, dégradés naturellement au fil du temps par divers micro-organismes, ses vapeurs toxiques peuvent être permanentes.

Jusqu’à récemment, il n’existait que de coûteuses solutions contre ce problème, notamment en captant l’eau souterraine, puis en la pompant à la surface pour la traiter. « Le défi était de trouver le moyen de cesser l’utilisation de ces pompes et de détruire massivement les produits chimiques sur le site afin de régler ce problème d’héritage toxique », explique la chercheuse.

La séquence du génome de bactéries cultivées provenant d’échantillons de sol recueillis sur plusieurs sites contaminés ‒ la métagénomique ‒ a permis à Mme Edwards et à ses collaborateurs de déterminer les micro-organismes d’origine naturelle en mesure de neutraliser le TCE. Ils ont multiplié ces microbes qui, injectés dans une solution liquide dans les profondeurs de la terre, se nourrissent des toxines.

VISIONNEZ : Elizabeth Edwards relate deux décennies de recherches en bioremédiation des solvants chlorés (en anglais seulement)

En 2011, SiREM, une entreprise de Guelph, en Ontario, a commercialisé la technologie conçue dans le laboratoire de Mme Edward. Seule technologie du genre homologuée au Canada, elle est aujourd’hui utilisée dans plus de 350 sites du monde entier. Les clients de l’entreprise sont habituellement de grandes entreprises qui ont fabriqué ou utilisé un solvant semblable, pour dégraisser les pièces métalliques à l’assemblage d’automobiles ou d’avions.

Toutefois, ces travaux ne constituent que le début, selon la chercheuse, et directrice de BioZone, un centre de recherche multidisciplinaire consacré à la recherche appliquée en biotechnologie, à la University of Toronto. Dans l’avenir, Mme Edwards envisage d’étudier divers processus microbiens qui ont lieu en l’absence d’oxygène, y compris les mécanismes de la digestion humaine, l’utilisation de microbes pour la fabrication de bioénergie et la transformation de déchets en énergie utilisable. « Grâce à l’exploitation maximale de ces procédés, explique-t-elle, nous recyclerions les déchets et en tirerions de l’énergie, et cela aurait une incidence encore plus grande sur la planète que l’élimination du solvant dans les eaux souterraines. »

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