Retirement moms

Mères à la retraite

Un chercheur découvre un gène qui pourrait permettre aux femmes âgées d'avoir des enfants.
1 octobre 2003

Hossain Farid a une vision nette de l'avenir de la reproduction humaine. Finies les contraintes naturelles qui forcent les femmes à n'avoir des enfants que dans la vingtaine et la trentaine ! Selon lui, dans quelques générations, les années de procréation correspondront aux années de retraite. On verra des femmes de 60 et de 70 ans acheter des vêtements de maternité et organiser des réceptions-cadeaux pour bébé !

« Nous aurons deux vies distinctes. Après nos années d'études et de travail, nous prendrons notre retraite à 55 ans et aurons des enfants », explique Hossain Farid, professeur de sélection-amélioration des animaux et de génétique au Department of Plant and Animal Sciences du Nova Scotia Agricultural College (NSAC), à Truro, en Nouvelle-Écosse.

La perception révolutionnaire de Hossain Farid repose sur des faits actuels. Il a récemment identifié chez les souris le premier gène jouant un rôle dans la longévité de reproduction, soit l'âge limite auquel les femelles peuvent avoir des bébés. Il a déjà été démontré que le gène a le même effet chez les cochons, et cette particularité pourrait bien être commune à tous les mammifères, y compris l'humain. « En découvrant comment fonctionne ce gène, nous pourrons produire des médicaments qui permettront aux femmes d'avoir des enfants en santé à 65 ans, un âge pas très avancé si l'espérance de vie est supérieure à 120 ans », ajoute-t-il.

La découverte du gène, rendue possible entre autres grâce au soutien matériel de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), a été faite à partir d'une seule colonie de souris dont la capacité à procréer à un âge avancé est étudiée depuis 22 ans. La colonie, qui compte environ 1 000 paires, est constituée de deux groupes : un groupe élevé pour se reproduire durant la vieillesse et un groupe témoin qui sert de point de comparaison.

Tandis que les mères du groupe témoin sont capables de mettre bas pour une période moyenne de 173 jours, ce chiffre passe à 321 jours chez les « souris super-reproductrices ». Cette impressionnante moyenne signifie que les souris super-reproductrices ont deux fois plus de portées durant leur vie que les mères du groupe témoin.

Hossain Farid a fait un malheur génétique au début de 2002, quand il a repéré dans un gène des individus du groupe témoin une région — connue sous le nom de marqueur d'ADN — différente de celle des souris super-reproductrices. Il a découvert le gène lié à la longévité de reproduction en comparant plusieurs gènes de souris sélectionnées à ceux de souris du groupe témoin au moyen d'un séquenceur d'ADN. « Nous ne connaissons pas avec exactitude le rôle du gène, explique Hossain Farid. Tout ce que nous savons, c'est que les souris qui ont une longévité de reproduction supérieure possèdent ce gène, et qu'un marqueur particulier s'y trouve. »

Les résultats n'ont pas encore été rendus publics, puisque Hossain Farid et Performance Genomics Incorporated, l'entreprise qui commandite la recherche, sont en attente d'un brevet se rattachant au gène. Compte tenu de ce premier succès, Hossain Farid élargit maintenant sa recherche et utilise la capacité d'analyse d'ADN de son laboratoire pour examiner le génome des souris, évalué à 35 000 gènes, en vue d'y trouver ceux qui contrôlent la longévité de reproduction.

Retombées

Les éleveurs de bétail sont toujours à la recherche de moyens pour améliorer leurs troupeaux. Par conséquent, c'est dans l'industrie des productions animales que l'on notera les applications les plus immédiates de la capacité à cerner et, peut-être, à régulariser les gènes qui contrôlent la longévité de reproduction. Hossain Farid et ses collègues au Department of Plant and Animal Sciences du NSAC mettent l'accent sur l'agrogénomique, soit l'utilisation d'information génétique pour aider les fermiers à apporter des améliorations à leur bétail et à leurs cultures. La possibilité de prolonger la période durant laquelle une vache ou une truie peut se reproduire et, par le fait même, d'accroître le nombre de portées donnerait un avantage financier majeur aux fermiers.

Si certaines caractéristiques sont relativement faciles à choisir et à modifier — par exemple, pour avoir une idée de la couleur d'un veau à venir, le fermier n'a qu'à regarder la vache et le taureau —, les indices utiles pour cerner les particularités plus complexes d'un veau ou d'un porcelet se trouvent sous la peau, dans les gènes. « Certains traits sont très difficiles à améliorer, comme la longévité de reproduction, ou la période durant laquelle la vache pourra se reproduire », explique Hossain Farid. Il faut attendre une quinzaine d'années avant qu'une vache cesse de se reproduire. La recherche ne peut patienter si longtemps. » C'est pourquoi, selon lui, les techniques génétiques deviennent de plus en plus importantes pour l'amélioration des animaux et des plantes.

La spécialité de Hossain Farid est de localiser les marqueurs d'ADN, soit des parcelles d'ADN qui indiquent aux scientifiques quels gènes exercent une influence sur des caractéristiques particulières, comme la résistance à la maladie et la durée de la période de reproduction d'un animal. Bien que le but premier soit d'aider les fermiers à accroître le nombre de veaux et de porcelets qu'ils peuvent obtenir d'une même mère, Hossain Farid croit que le travail de détective génétique qu'il effectue aujourd'hui pourrait un jour faire en sorte que des personnes âgées organisent des réceptions-cadeaux pour leur propre bébé.

Partenaires

Au début de 1998, Hossain Farid reçoit une offre intrigante. Un collègue d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Ottawa, l'appelle pour lui dire que l'agence fédérale ferme une grande partie de sa division de recherche sur les animaux d'élevage. En raison de cette fermeture, on allait se débarrasser d'une colonie de souris élevées pour des recherches sur la longévité de reproduction. Hossain Farid voit là une occasion en or et parle immédiatement au vice-président du NSAC de l'époque, Ted Burnside, et au responsable de son département, Don Crober. Le collège accepte alors d'acheter la colonie de rongeurs pour 1 $. Une démarche qui s'est avérée un excellent investissement. « Nous sommes aujourd'hui le seul établissement au monde à posséder une lignée de souris sélectionnées pour leur longévité de reproduction », affirme Hossain Farid.

Pour tirer profit de la valeur commerciale des gènes découverts dans la colonie de souris, le collège a mis sur pied Performance Genomics Incorporated (PGI), sa seule entreprise dérivée de biotechnologie à ce jour. Le collège en est actuellement l'actionnaire majoritaire, et PIC, un chef de file du marché international de reproducteurs porcins améliorés, y a aussi investi. PGI paye la note annuelle de 120 000 $ qui est nécessaire pour loger, nourrir et soigner la colonie de souris. Avec la récente découverte de Hossain Farid, le tout premier gène de mammifère lié à la longévité de reproduction, PGI s'attend à recevoir son premier brevet du vivant à l'automne 2003.

Hossain Farid affirme que la Fondation canadienne pour l'innovation a joué un rôle déterminant dans la création de PGI, puisqu'elle a octroyé le financement requis pour l'acquisition d'une variété d'outils de recherche génétique, dont un séquenceur d'ADN. « Nous avions les souris, et la FCI nous a fourni l'infrastructure de recherche nécessaire. »