Omega-rich or o-mega marketing?

Méga-bienfaits ou méga-marketing?

Des chercheurs de l'Université de Guelph examinent l'apport des aliments enrichis en oméga-3 dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires
1 janvier 2008
Est-on vraiment ce que l’on mange ? C’est la question sur laquelle se penchent Andrea Buchholz et deux de ses collègues au Body Composition and Metabolism Laboratory de l’Université de Guelph.
 

Buchholz et deux autres chercheurs, Lindsay Robinson, de l’Université de Guelph, et Vera Mazurak, de l’Université de l’Alberta, ont entrepris une étude appelée IMPACt (Inflammation, Metabolic syndrome, Polyunsaturated fat in Adult Canadians) en vue d’établir l’effet éventuel d’une légère modification nutritionnelle sur notre composition corporelle.

Les trois chercheurs veulent se pencher sur l’engouement le plus spectaculaire à s’être manifesté sur le marché des produits alimentaires au cours des dernières années, soit celui des aliments enrichis en oméga-3. À en croire les étiquettes, des œufs, des yogourts, du lait et même des produits de boulangerie contiennent des acides gras oméga-3. Mais les effets de ces aliments sur le corps humain sont-ils réels? L’étude IMPACt sera la première à répondre à cette question.

Afin de déterminer si les aliments enrichis ont le même effet protecteur que les oméga-3 concentrés, les chercheurs observeront un groupe d’hommes obèses présentant un risque de maladie cardiovasculaire et suivant une diète à base d’aliments enrichis en oméga-3.

Pour mener à bien cette recherche nutritionnelle approfondie, Andrea Buchholz utilisera l’équipement spécialisé dont est doté son tout nouveau laboratoire de Guelph, qui vient à peine d’ouvrir ses portes. L’équipement de ce laboratoire est à la fine pointe des dernières avancées en matière de tests physiologiques. On a donc relégué dans un coin l’archaïque cuve de métal, genre sarcophage, qui était autrefois le seul moyen de mesurer la composition corporelle. Les sujets devaient accepter d’être submergés dans cette cuve remplie d’eau huit à dix fois, pendant qu’un scientifique mesurait la quantité d’eau déplacée. « C’était tout sauf convivial, indique Buchholz. Particulièrement si, comme moi, vous êtes claustrophobe. »

Heureusement, cette époque est maintenant révolue et la cuve d’eau est devenue une pièce de musée. Aujourd’hui, on mesure la composition corporelle à l’aide notamment d’un appareil de l’ère spatiale appelé BOD POD®. Le sujet, revêtu d’un maillot et d’un bonnet de bain, s’assoit dans une cuve ovoïde pendant environ deux minutes. Le BOD POD® calcule sa composition corporelle en mesurant et en analysant le déplacement et la circulation d’air. L’équipement du laboratoire permet également de mesurer la densité osseuse et l’énergie métabolique (soit le nombre de calories dépensées par l’organisme au repos et après l’ingestion de nourriture).

Mais le plus grand avantage de ce laboratoire est qu’il met à la disposition des chercheurs l’équipement nécessaire pour « mesurer tous les éléments dans un seul lieu, ce qui évite de multiples déplacements aux personnes testées. C’est le seul endroit en Ontario et l’un des rares au Canada où l’on peut effectuer des mesures de composition corporelle et des études sur le métabolisme au sein d’une seule et même installation », fait valoir la chercheuse.

Retombées

L’augmentation des acides gras oméga-3 dans le régime alimentaire a eu pour effet de réduire les triglycérides, un important facteur de risque de maladies du cœur. Dans des expériences effectuées sur des animaux, on a également observé une réduction du tissu adipeux. Cependant, la plupart des études ont porté sur des sources concentrées d’oméga-3 telles que l’huile de poisson. L’effet des oméga-3 présents dans les aliments enrichis comme les yogourts, les œufs et le pain reste à documenter.

Même en l’absence de preuves solides sur les effets des oméga-3, le marché des aliments enrichis s’élève, en Amérique du Nord, à deux milliards de dollars. On prévoit qu’il atteindra sept milliards au cours des trois prochaines années, d’après un rapport de 2007 de Packaged Facts, une entreprise américaine qui publie des études de marché. Certains spécialistes en commercialisation n’hésitent pas à clamer les bienfaits de leurs produits enrichis en oméga-3 en s’appuyant sur des analyses portant sur l’huile de poisson. L’IMPACt sera la première étude permettant d’établir le bien-fondé de ces affirmations. « Les ramifications peuvent être multiples, indique Andrea Buchholz, une des chercheuses de l’IMPACt. Nous examinons si les prétentions de ceux qui commercialisent les produits alimentaires sont exactes. Comme ils prennent souvent beaucoup de libertés avec les découvertes scientifiques, nous espérons rétablir les faits. »

L’étude de l’IMPACt pourrait aussi servir de fondements à des recommandations éventuelles des organismes de santé publique en ce qui a trait aux oméga-3. Les Canadiens consomment en moyenne 150 mg par jour d’AEP et d’ADH, les acides gras les plus actifs et les plus importants de la famille des oméga-3. En comparaison, au Japon – où le poisson occupe une plus grande place dans le régime alimentaire et où la prévalence des maladies cardiovasculaires est plus faible –, les nutritionnistes recommandent une consommation de 2 600 mg d’acides gras oméga-3.

Comme notre organisme ne produit pas naturellement des oméga-3, il est nécessaire de prendre des suppléments ou de choisir une variété d’aliments enrichis en vue de respecter la dose quotidienne recommandée, comme pour la vitamine C. L’huile de poisson constitue une importante source d’oméga-3, mais n’est pas facile à ingérer. « Certaines personnes ont l’impression d’avoir des renvois de maquereau, affirme Andrea Buchholz, ce qui, avouons-le, n’est pas très agréable! »

Les producteurs d’aliments enrichis espèrent donc que les consommateurs opteront plus volontiers pour les produits enrichis d’ADH et d’AEP de la famille des oméga-3. Un des plus importants fabricants de suppléments alimentaires oméga-3 et de poudre d’huile de poisson utilisés dans l’enrichissement des aliments est Ocean Nutrition Canada. La société, établie en Nouvelle-Écosse, est en mesure d’enrichir en oméga-3 tous les types de produits alimentaires, jus d’orange, margarine ou beurre d’arachides.

Lori Covert, vice-présidente au marketing et aux communications d’Ocean Nutrition, espère que les recherches comme celles d’ Andrea Buchholz permettront aux organismes gouvernementaux de réglementation d’adopter des recommandations en matière d’oméga-3. « Il existe plus de 8 000 communications scientifiques concernant les bienfaits des oméga-3, indique-t-elle. La science est tellement en avance sur les groupes de réglementation qu’il y a énormément de rattrapage à faire. »

Les travaux d’Andrea Buchholz et de ses collègues détermineront les effets de ces aliments enrichis sur les facteurs de risque des maladies du cœur. Ultimement, ils aideront les consommateurs à mieux comprendre les oméga-3 et à déterminer la meilleure façon de les intégrer à leur régime alimentaire.

Partenaires

Une piste de recherche unique ne permettrait pas de préciser le rôle des aliments enrichis en oméga-3 dans le régime alimentaire humain. L’éventail des effets des acides gras oméga-3 est beaucoup trop vaste. C’est pourquoi l’étude de l’IMPACt se penche sur la question des réserves lipidiques sous trois angles différents, en s’appuyant sur les intérêts et l’expertise propres à chacun des chercheurs participants.

Andrea Buchholz fait équipe avec sa collègue Lindsay Robinson, de l’Université de Guelph, et avec Vera Mazurak, une biochimiste moléculaire d’Edmonton. Buchholz s’emploiera à mesurer les réserves lipides de l’organisme en relation avec la santé de la personne. Lyndsay Robinson, elle, recherchera les marqueurs d’inflammation dans les échantillons sanguins prélevés afin de relier l’inflammation aux tissus adipeux. Enfin, Vera Mazurak analysera la composition des tissus adipeux afin de déterminer la présence d’oméga-3 dans les cellules adipeuses.

« En combinant nos ressources et notre expertise, nous pouvons creuser la question, ce qui nous serait impossible individuellement », indique Mazurak.

Pour en savoir plus

Pour se renseigner sur le DHA/EPA Omega-3 Institute à l’Université de Guelph. (Site anglophone)