Against the odds

Lorsque la chance est contre soi

Le calcul statistique pour expliquer les probabilités réelles de gagner sur une machine à sous et diminuer la dépendance au jeu
20 mai 2014

Le Rideau River Casino ressemble à une maison de jeu typique dotée de centaines de machines à sous et de poker avec tirage, de tables de blackjack et de roulette, de lumières et de sons qui bombardent les clients qui déambulent dans les allées. À la différence que ceux-ci doivent porter des lunettes et tourner la tête, car ce casino n’existe que grâce à un simulateur de réalité virtuelle.

« Cela s’apparente beaucoup à une véritable expérience de pari en ligne », affirme Michael Wohl, professeur agrégé en psychologie à la Carleton University, à Ottawa. Cependant, pour le chercheur, ce casino virtuel est plutôt un laboratoire où il étudie divers outils pour inciter les joueurs à miser de manière responsable; un enjeu important considérant que de 1,2 à 3,4 pour cent de la population de l’Ontario s’adonne au jeu pathologique défini comme une activité engendrant une perte financière supérieure à ses moyens. Cette proportion est semblable à celle observée chez les Canadiens qui abusent de médicaments sur ordonnance.


Michael Wohl est professeur agrégé en psychologie à
la Carleton University, à Ottawa. Il étudie notamment
l’impact des émotions comme l’angoisse et la culpabilité
sur la santé physique et psychologique.
Mention de source : Travis Sztainert

Même si la nature d’un casino consiste à faire de l’argent avec celui des joueurs, la Société des loteries et des jeux de l’Ontario (OLG) a « un mandat sur le plan législatif, réglementaire et politique visant à faire la promotion du jeu responsable », déclare Paul Pellizzari, directeur de la politique et de la responsabilité sociale chez OLG. À cette fin, l’organisme s’est associé à M. Wohl pour tenter de lutter contre la dépendance au jeu.

En 2007, M. Wohl a conçu une vidéo d’animation intitulée Machines à sous: ce que chaque joueur doit savoir. Cette vidéo démystifie des croyances erronées répandues chez les joueurs, telles que la notion selon laquelle jouer longtemps augmente les chances de gagner. « Nous y expliquons pourquoi la persévérance ne paie pas à une machine à sous, avance le chercheur. Avec le temps, il y a en effet de fortes chances que vous perdiez votre argent. »

Cette vidéo, spécialement conçue pour les personnes qui jouent régulièrement ou qui suivent une thérapie, est projetée dans les casinos du Canada, des États-Unis et de l’Australie ainsi que dans des centres de traitement des dépendances canadiens. Il existe également une version abrégée, d’une durée de trois minutes, ciblant un public plus vaste composé de joueurs occasionnels.

L’organisme présente les vidéos dans ses 24 maisons de jeu de la province et sur son site Web. Selon M. Pellizzari, l’organisme est « très satisfait de la recherche qui soutient la vidéo. M. Wohl a porté l’entière responsabilité du contenu. Nous n’aurions pas pu y arriver sans son aide. »

Pour valider l’efficacité de la version originale, le chercheur a réalisé une étude de la clientèle qui fréquente le Rideau Carleton Raceway, à Ottawa. La moitié des participants de l’étude ont visionné le film d’animation de M. Wohl et l’autre moitié, une vidéo générique sur le jeu avant d’aller s’asseoir devant une machine à sous.

« Nous leur avons ensuite demandé s’ils s’étaient fixé ou non une somme limite à dépenser et s’y étaient tenus, explique le chercheur. Or, les participants qui avaient visionné notre vidéo étaient plus enclins à déterminer un montant à l’avance et, plus important encore, à le respecter que ceux du groupe témoin. »

Toutefois, les effets de la vidéo s’atténuent après 30 jours. « Une vidéo d’animation ne peut pas avoir des conséquences durables après un seul visionnement, affirme le chercheur. Nous prévoyons donc faire une étude sur ce qui se produit lorsqu’un joueur revoit la vidéo 30 ou 60 jours plus tard. Nous espérons que cette expérience répétée produira des effets permanents chez les joueurs. »

Au moyen de son casino virtuel, M. Wohl s’est également penché, dans le cadre d’un autre projet, sur l’efficacité des messages qui surgissent à l’écran des machines à sous. En effet, lorsqu’un participant s’approche d’une machine à sous, une fenêtre s’ouvre affichant par exemple le message suivant : « Vous avez 80 crédits, soit l’équivalent de 20 dollars. Combien d’argent souhaitez-vous miser au cours de cette séance? »

Lorsque le joueur atteint la limite préétablie, un deuxième message apparaît, demandant au joueur s’il souhaite ou non continuer à parier. M. Wohl a comparé des participants qui recevaient ces messages à un groupe témoin qui n’en recevait pas. « Nous avons observé que les participants qui se faisaient rappeler qu’ils avaient atteint la limite fixée à l’avance s’en tenaient plus souvent à ce montant », avance le chercheur.

L’organisme compte inclure ce type de messages contextuels lorsqu’elle mettra en place son site de pari en ligne dans la province plus tard cette année. Elle prévoit également ajouter ceux-ci à ses maisons de jeu au cours des prochaines années.