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L’or au menu

Bien manger au bon moment est une priorité non seulement pour les Olympiens, mais aussi pour les personnes âgées
18 février 2014

À la télévision, les épreuves olympiques semblent réglées au quart de tour, mais en coulisses, la « frénésie est souvent à son comble », indique Stuart Phillips, professeur de kinésiologie à la McMaster University. Le professeur est bien placé pour le savoir : aux derniers Jeux olympiques, il a pu voir les choses de l’intérieur et observer un milieu où s’alimenter pour obtenir une performance optimale – son principal intérêt de recherche – est un défi de tous les instants.

Dans les jours et les minutes qui précèdent une compétition, l’alimentation peut être déterminante pour la performance des athlètes. « Quand on s’est préparé et entraîné en fonction de certaines conditions, le moindre accroc à la routine peut avoir de graves répercussions, ajoute le professeur. Le problème peut être d’ordre nutritionnel ou psychologique. » Bien que la plupart des athlètes de haut niveau soient capables de faire preuve d’une certaine souplesse quand leur routine est modifiée, changer la teneur ou l’heure d’un repas peut devenir un obstacle trop difficile à surmonter avant une épreuve. Or, dans la précipitation pour arriver à temps à une épreuve, dans un lieu peu familier, tout ne se passe pas toujours comme prévu.

« À première vue, cela paraît très simple, poursuit-il. La difficulté réside toutefois dans le nombre de variables en jeu. Un autobus peut tomber en panne, un contretemps peut survenir et l’athlète peut se retrouver à la dernière minute à manger autre chose que l’aliment souhaité ». Quand la victoire se résume souvent à des fractions de seconde, avoir à manger un blini au chocolat au lieu de l’habituel sandwich au thon peut tout faire basculer. « Ce ne sera pas nécessairement le facteur déterminant, précise le professeur, mais ce pourrait être un facteur déterminant. »

Une performance maximale passe par une alimentation équilibrée entre glucides, protéines, lipides et oligo-éléments. L’athlète doit aussi bien s’hydrater. La combinaison optimale variera selon l’athlète et la discipline sportive. Ainsi, pour des épreuves qui durent plusieurs heures comme les courses de ski de fond de longue distance, les athlètes devront faire le plein de glucides dans les heures et les jours précédant la compétition et la plupart d’entre eux nécessiteront plus de protéines que ce qui est recommandé pour l’ensemble de la population. À leur arrivée à Sotchi, beaucoup d’Olympiens avaient déjà un plan de menus rigoureux mis au point avec l’aide d’un nutritionniste.

Le professeur, qui a participé à l’élaboration de la Déclaration de consensus du Comité international olympique sur la nutrition dans le sport à l’occasion des Jeux olympiques de Vancouver, en 2010, est un spécialiste de l’interaction de l’exercice et des protéines alimentaires pour accroître ou réduire la masse musculaire. Lorsqu’il s’est d’abord intéressé à ce domaine, il étudiait les jeunes et les athlètes, mais depuis quelque temps, il se sert des connaissances acquises auprès des jeunes pour les appliquer à une population vieillissante. « Il peut être très difficile d’établir un parallèle entre les Olympiens et les personnes âgées, explique-t-il. La performance est une notion relative. L’objectif de performance d’une personne qui vieillit peut être de continuer à monter les escaliers ou à se lever d’un fauteuil. »

Le professeur décrit le processus de maintien de la protéine musculaire et explique l’augmentation ou la détérioration de la masse musculaire par l’analogie du mur constitué de briques en acides aminés. « C’est un peu comme si une personne, à une extrémité du mur, empilait des briques tandis qu’une autre en enlevait à l’autre bout. Si on pose plus de briques qu’on en enlève, on note une croissance des muscles. Chez les gens âgés, les briques sont souvent supprimées plus vite qu’elles ne sont empilées. Les personnes vieillissantes devraient donc manger plus de briques. »

Son groupe de recherche mesure ce processus dans deux laboratoires à McMaster : le premier est un « laboratoire de travaux pratiques » qui abrite de l’équipement financé par la Fondation canadienne pour l’innovation utilisé pour analyser des échantillons de sang et de tissus; l’autre ressemble un peu à un gymnase. Les sujets en observation doivent se soumettre à un régime particulier avant de visiter le laboratoire. Durant l’essai, chaque sujet doit accomplir des tâches, par exemple lever des poids ou marcher sur un tapis roulant tandis qu’une pompe à perfusion lui injecte lentement un acide aminé dans le sang. Cet acide aminé est légèrement plus lourd que ceux présents naturellement dans l’organisme. La vitesse d’assimilation de l’acide aminé marqueur par les muscles du sujet est évaluée par des échantillons de tissu et le poids. Fort de cette information, l’équipe du professeur détermine les interactions des différents régimes contenant divers types et quantités de protéines et l’exercice. L’équipe de recherche préparera ainsi des régimes alimentaires offrant le meilleur potentiel d’apport en acides aminés en vue d’aider les individus à conserver leur force musculaire en vieillissant.

« Les athlètes olympiques au sommet de leur forme physique et psychologique constituent un bon modèle pour une vieillesse idéale, affirme-t-il. « Ils sont très mobiles et tirent le maximum de leur corps. Nous avons appliqué les connaissances acquises auprès des jeunes aux personnes âgées afin de les aider à conserver leur masse musculaire, un travail qui se révèle, à maints égards, plus intrinsèquement gratifiant. »

Voici un article d’une série sur les Jeux Olympiques d’hiver 2014, vu par un chercheur financé par la FCI.