The Da Vinci mode

L'opération da Vinci

Les chercheurs de CSTAR ont recours à la chirurgie cardiaque robotique pour réduire de moitié la période de convalescence de leurs patients
1 mai 2007

Trois jours après sa chirurgie cardiaque, Randy Klatt pouvait quitter son lit d’hôpital et monter ou descendre une volée d’escaliers sans aide. Pas mal pour un homme qui venait juste de subir un double pontage coronarien. « Les infirmières étaient surprises », se souvient-il en riant.

C’était il y a plus de deux ans, le 15 octobre 2004. Randy Klatt est devenu ce jour-là la première personne au Canada à subir un double pontage réalisé avec l’aide d’un robot chirurgical da Vinci®. Le Dr Bob Kiaii, un chirurgien spécialisé dans les pontages coronariens à la Canadian Surgical Technologies and Advanced Robotics (CSTAR) de London, en Ontario, avait procédé à l’intervention.

Cette opération ne constituait pas la première percée médicale pour le Dr Kiaii et CSTAR, et ce ne sera probablement pas la dernière. « À London, nous avons été des pionniers de ce système », explique le Dr Kiaii, directeur de la chirurgie mini-invasive et robotique au London Health Sciences Centre, qui héberge CSTAR.

En septembre 1999, le Dr Douglas Boyd, qui avait formé Bob Kiaii, signait une première mondiale en faisant appel à la robotique pour réaliser un pontage coronarien simple sur cœur battant, à thorax fermé. Le Dr Kiaii a suivi ses traces, et l’intervention sur M. Klatt représentait le premier double pontage assisté par robotique sur cœur battant. La tendance devrait aller en s’accentuant, selon le Dr Kiaii, puisque la chirurgie assistée par robotique a démontré son utilité en réduisant la période de convalescence du patient de même que le coût de son hospitalisation.

« Cette technologie offre au chirurgien un instrument très spécialisé, et elle est appelée à devenir un outil essentiel pour lui », affirme le Dr Kiaii. Dans une intervention assistée par robotique, le chirurgien est installé devant une console d’ordinateur. Une caméra, maintenue par l’un des trois ou quatre bras du robot, lui fournit des images tridimensionnelles de l’organe à opérer. Le chirurgien manipule les autres bras du robot, dont les extrémités sont munies d’instruments chirurgicaux spécialement conçus.

Pour l’opération de M. Klatt, la console et le robot étaient situés dans la même salle. Toutefois, la téléchirurgie robotique permet d’envisager des interventions à distance. Cette technologie pourrait faciliter la tâche des spécialistes dont les habiletés chirurgicales sont requises dans des régions éloignées, ce qui conviendrait parfaitement aux applications de télésanté.

Au premier abord, la chirurgie robotique peut sembler quelque peu hasardeuse, mais dans le cas de M. Klatt, elle a en fait permis de réduire les risques. Un double pontage coronarien exige habituellement d’ouvrir la cage thoracique du patient et d’arrêter le cœur, puisque c’est le seul moyen de l’empêcher de bouger. Un appareil de circulation extracorporelle assure l’oxygénation du sang et maintient le cœur en vie pendant l’opération.

En comparaison, la chirurgie robotique procure au chirurgien une meilleure visibilité et une plus grande précision, des facteurs qui sont cruciaux dans un pontage, car des sections d’artères délicates doivent être prélevées et suturées. Le chirurgien n’a pas besoin d’interrompre l’activité du cœur, puisque la technologie comprend des stabilisateurs qui maintiennent le rythme cardiaque pendant la suture. En chirurgie traditionnelle, le chirurgien doit ouvrir le thorax du patient, puisqu’il doit y insérer les mains. La chirurgie robotique permet de ne pratiquer que de petites incisions puisque l’ouverture ne doit suffire qu’à l’insertion des instruments de précision du robot. « La robotique nous permet de pratiquer les mêmes interventions de façon beaucoup moins invasive, dit le Dr Kiaii. Autrement dit, de fournir des soins de meilleure qualité. »

Retombées

Pour les patients tels que Randy Klatt, le pontage coronarien assisté par robotique se traduit par une période de convalescence plus courte, une reprise du travail plus rapide et une meilleure qualité de vie.

Au lieu de passer cinq ou six jours à l’hôpital, ce qui est la norme après un pontage coronarien conventionnel, le patient peut retourner à la maison après trois jours s’il n’y a pas de complications. Comme M. Klatt n’a eu à subir que de petites incisions au lieu d’une ouverture du sternum, il a éprouvé moins de douleur et s’est senti beaucoup mieux que les patients devant se remettre d’un pontage coronarien conventionnel. Six semaines après son opération, cet ingénieur électricien avait repris ses fonctions de chef de projet dans une usine de Sarnia, en Ontario. Un an plus tard, il faisait de la plongée sous-marine à Hawaï. « Le seul effet à long terme que j’ai ressenti, c’est d’être en meilleure santé », affirme-t-il.

Même si ce type de chirurgie ne convient pas à tous les patients, la technologie présente tout de même un potentiel énorme. S’il se pratiquait plus de chirurgies assistées par robotique, les coûts diminueraient, ce qui profiterait à l’ensemble du système de santé canadien. Moins de complications et des séjours à l’hôpital plus courts pourraient faire économiser beaucoup d’argent.

Pour le moment, l’achat d’un robot valant entre 1 et 1,5 million de dollars représente un gros investissement. En travaillant en étroite collaboration avec les fabricants, les chirurgiens espèrent que les améliorations qu’ils apportent aux robots finiront par en diminuer les coûts et que plus d’établissements pourront adopter cette technologie. Le Dr Kiaii souhaite qu’un plus grand nombre d’hôpitaux investissent dans ces robots et forment leurs chirurgiens à les utiliser. « La technologie robotique ira en se perfectionnant, estime le Dr Kiaii. Cela permettra de l’appliquer à d’autres cohortes de patients ainsi que d’accroître le nombre d’interventions. » Et de continuer à faire battre des cœurs heureux, pourrions-nous ajouter.

Partenaires

CSTAR est un programme collaboratif de recherche et de formation soutenu par le London Health Sciences Centre, le Lawson Health Research Institute, l’Université Western Ontario et le St. Joseph’s Health Care, de London.

Dans le cadre du projet de téléchirurgie de CSTAR, les chercheurs ont demandé à Bell Canada de fournir de l’expertise et du matériel, notamment un réseau filaire et sans fil d’avant-garde pour acheminer les images et les sons à distance. « Pour notre société, il s’agissait de mettre à l’épreuve une partie de la technologie et de comprendre l’application suffisamment pour assembler les bons éléments », affirme Charles Burt, chef divisionnaire adjoint des ventes (grandes entreprises) chez Bell. Dans les laboratoires de Bell, Charles Burt et ses collègues ont travaillé à partir d’une version antérieure du robot chirurgical da Vinci® afin d’en comprendre le fonctionnement. Ils ont également aidé les chercheurs de l’Université Western Ontario à modifier la technologie. « Je crois que les travaux de CSTAR, entre autres, vont jouer un grand rôle dans la prestation des soins de santé, confie Charles Burt. C’est un outil formidable pour le soutien du système de santé en Ontario et dans tout le Canada. »