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Une meilleure compréhension des conditions de l'espace est essentielle aux futures missions spatiales vers Jupiter... et au-delà
6 juillet 2009
Le physicien Bill McConkey, à gauche, le
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Le physicien Bill McConkey, à gauche, le stagiaire postdoctoral Stephen Brotton, au centre, et létudiante Amanda DiCarlo, examinent le système à vide.
Stephen Fields

(Article reproduit avec l’aimable autorisation de l’Université de Windsor)

Le jour où les humains pourront enfin parcourir de formidables distances dans l’espace pour atteindre des planètes aussi éloignées que Jupiter, Bill McConkey ne sera probablement plus de ce monde. Toutefois, ceux qui feront ces voyages auront une énorme dette de reconnaissance envers ce scientifique : en effet, celui-ci a consacré ses immenses ressources intellectuelles à mieux comprendre les atmosphères des univers lointains pour ouvrir la voie aux futures explorations spatiales.

Bill McConkey, physicien de renommée internationale et professeur émérite à l’Université de Windsor, étudie les données transmises par un engin spatial non habité. Son but : comprendre la « météorologie spatiale » relative aux environnements des différentes planètes de notre système solaire.

« Nous essayons simplement de donner un sens à ce que voit l’engin spatial », précise ce chercheur à la voix douce, qui a été décoré de l’Ordre de l’Ontario en 2008 et a aussi été admis à la Société royale du Canada.

Collaborateur du Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, en Californie, Bill McConkey travaille à simuler comment l’énergie est transférée dans l’atmosphère de Jupiter et dans l’environnement spatial qui l’entoure. Io, l’un des 63 satellites de Jupiter, dégage dans l’atmosphère des émanations sulfureuses provenant de volcans actifs qui libèrent de l’énergie et rejettent de l’acide sulfurique sur Europe, un satellite voisin. Les électrons de l’anneau de plasma de Jupiter – le nuage de gaz ionisé qui encercle la planète – frappent les atomes de soufre et les excitent, ce qui les amène à produire de l’énergie sous forme de lumière.

Dans le labo du chercheur, des étudiants injectent divers gaz comportant du soufre dans un système à vide expérimental complexe et les bombardent avec des faisceaux d’électrons; ils analysent ensuite la lumière émise en décomposant ses diverses longueurs d’onde.

Comprendre ce transfert d’énergie est important non seulement pour l’exploration spatiale, mais aussi pour notre connaissance de l’atmosphère terrestre, explique Charles Malone, ancien étudiant au doctorat sous la supervision de Bill McConkey. Depuis qu’il a obtenu son diplôme en 2003, il travaille au laboratoire de la NASA à Pasadena.

Parmi ses objectifs de recherche, note Charles Malone, la NASA veut comprendre les effets du soleil sur le système solaire ainsi que les processus physiques fondamentaux qui régissent l’atmosphère externe des planètes, le but étant de prédire les conditions extrêmes et dynamiques dans l’espace. Les données et modèles de son labo servent à interpréter les observations d’engins spatiaux tels que les sondes Voyager, le télescope spatial Hubble et celles des missions Galileo et Cassini.

« Il s’agit d’une méthode polyvalente pour comprendre comment fonctionne le système solaire, indique Charles Malone. La façon dont l’énergie est rejetée dans l’atmosphère a une incidence sur beaucoup de choses. Cela peut mettre des satellites hors d’usage et entraîner des pannes de courant. Même si, pour le commun des mortels, ces phénomènes semblent appartenir à une autre dimension, ils peuvent avoir de profondes répercussions sur l’ensemble de la population. Ils sont donc étroitement liés à notre monde. Les aurores boréales sont un fantastique exemple visuel de ces interactions atmosphériques. »

C’est à l’époque où il travaillait à l’Université de Windsor comme étudiant de premier cycle en compagnie de son mentor que Charles Malone s’est dit qu’il n’était pas complètement utopique pour lui d’envisager de trouver un jour un emploi à l’agence spatiale.

« Bill McConkey a eu sur moi une formidable influence, témoigne Charles Malone. Il a été un modèle extraordinaire. Cet homme a une propension à la réussite. Et il a toujours eu une incroyable capacité à remettre les choses en perspective. »

Fidèle à sa modestie légendaire, Bill McConkey soutient que ses travaux ne représentent qu’une portion infime, mais importante, des efforts déployés à plus grande échelle pour améliorer la compréhension de notre univers.

« Notre contribution n’est qu’une petite goutte dans l’océan, conclut-il, mais chaque élément compte. »