Learning a lesson

Lira, lira pas, Abracadabra

Des chercheurs de Concordia se tournent vers Internet pour épargner à des enfants une vie d'analphabète
8 septembre 2004
Pour les élèves qui éprouvent des difficultés en lecture, l'école peut être une expérience pénible et frustrante qui mène tout droit à l'échec.
 

À l'Université Concordia de Montréal, des chercheurs du Centre d'études sur l'apprentissage et la performance misent sur la technologie de pointe pour améliorer la capacité de lecture et d'écriture de ces élèves, espérant ainsi les munir des outils qui contribueront à leur réussite dans la vie.

« Nous savons que la compréhension de l'écrit est la clé de la réussite scolaire. Si en troisième année vous n'avez pas de bonnes aptitudes en lecture, vous risquez d'en souffrir durant toute votre vie, prévient Phil Abrami, directeur du Centre. C'est pourquoi nous insistons depuis quelque temps sur le développement des aptitudes en lecture qui apparaissent dès le plus jeune âge. »

M. Abrami et son équipe mettent au point des logiciels innovateurs, à fonctions multiples, qui permettront aux enseignants et aux tuteurs d'évaluer le degré d'avancement des élèves en lecture, puis d'individualiser l'enseignement en fonction des besoins à combler. S'inspirant du didacticiel intelligent américain, appelé « Alfie's Alley », qui fait surgir une vignette lorsque l'enseignant s'apprête à donner sa leçon pour illustrer le meilleur moyen d'acquérir une aptitude particulière, ils ont créé une version pancanadienne, baptisée ABRACADABRA. Construite à partir des modèles d'enseignement de chez nous, elle permet à l'enfant, d'un simple clic de souris, de lire et d'écouter des histoires et des fables, d'épeler et de prononcer des mots, et de suivre à l'aide du texte souligné.

Les enseignants ont accès au contenu via Internet, ce qui rend le logiciel particulièrement intéressant pour les écoles et les conseils scolaires qui couvrent un vaste territoire. Et le plus beau de l'affaire? C'est gratuit. « Nous essayons de faire tout ça sans qu'il en coûte un sou aux écoles, signale M. Abrami. Nous voulons rendre service aux écoles, non pas en tirer un profit. »

Mise au point avec le concours de la fondation américaine Success for All (le concepteur d'Alfie's Alley), la version canadienne sera offerte sur disque compact et sur le Web. Elle comprend aussi une plate-forme de communication de sorte que les éducateurs auront accès aux diagnostics et aux commentaires faits par les enseignants et les tuteurs à propos des élèves.

Pour les écoles qui insistent davantage sur le processus d'apprentissage que sur les résultats finals, les chercheurs de Concordia ont aussi créé un portfolio numérique où les élèves peuvent consigner leurs travaux, en français ou en anglais, puis les modifier et les réviser selon le résultat de dialogues avec les enseignants et leurs pairs. L'élève s'assoit avec son professeur, repasse son travail et voit comment il pourrait l'améliorer. Puis il apporte des corrections et produit une nouvelle version, tout en gardant en mémoire les versions antérieures. À des moments déterminés de l'année scolaire, il choisit son meilleur travail et l'expose dans un portfolio appelé « la vitrine ».

Au Québec, le portfolio et l'intégration technologique sont à l'avant-plan de la réforme de l'éducation, confie Anne Wade, administratrice du Centre. « Nous avons conçu ces outils avec nos partenaires et nous savons qu'ils répondent à un désir et à un besoin », dit-elle.

Avec l'aide de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), le Centre a aussi aménagé deux laboratoires spécialisés et dispose d'un troisième, portatif, qui peut servir aux groupes communautaires. Quatre fois par année, par exemple, des membres d'un réseau québécois appelé RÉCIT viennent au Centre pour tester la technologie et acquérir des compétences qu'ils peuvent ensuite transmettre aux enseignants dans toute la province. Experts-conseils en éducation, spécialistes de l'intégration de la technologie, les gens de RÉCIT travaillent à définir les compétences exigées des élèves, de concert avec le Québec English Schools Network.

Sur un autre front, le directeur associé Norman Segalowitz explore avec son équipe de chercheurs les problèmes particuliers de l'apprentissage d'une langue seconde et cherche à raffiner les moyens d'enseignement. C'est un domaine qui prend de plus en plus de place au Canada, en raison d'un fort intérêt pour l'éducation bilingue et du pourcentage croissant d'immigrants et de membres des minorités qui doivent apprendre une langue seconde. La recherche est facilitée par un laboratoire de langue mis sur pied grâce au soutien financier de la FCI.

Retombées

L'élève qui a du mal à lire et à écrire a de fortes chances de vouloir abandonner l'école. C'est précisément ce que veulent prévenir les chercheurs du Centre d'études sur l'apprentissage et la performance de l'Université Concordia, bien conscients du problème. Les échecs répétés en compréhension de l'écrit détruisent l'estime de soi chez les élèves à risque et ne font que les décourager davantage. " L'échec peut avoir des effets extrêmement démoralisants ", selon le directeur du Centre, Phil Abrami, pour qui le problème ne se limite pas seulement à l'expression linguistique. Puisque, de nos jours, les problèmes de mathématiques et de sciences sont le plus souvent exprimés en mots dans les programmes d'enseignement, l'élève qui ne sait pas bien lire éprouvera évidemment des difficultés dans ces matières.

Les outils logiciels que le Centre met au point, comme ABRACADABRA, peuvent améliorer considérablement les capacités de lecture et d'écriture et rehausser l'estime de soi, surtout chez les élèves les plus menacés par l'échec scolaire. Selon les résultats d'un sondage international mené auprès d'élèves de 15 ans, publiés par l'OCDE en 2002, pas moins de 25 % des élèves canadiens ont affiché un piètre rendement en compréhension de l'écrit.

Il ressort des récentes études que les élèves à qui on a su donner le goût d'apprendre échappent au décrochage, à l'isolement et au découragement. M. Abrami croit que les ordinateurs peuvent rendre l'information plus accessible, l'apprentissage plus intéressant, et inciter les apprenants à se prendre en mains. Mais il connaît aussi la dimension sociale de l'apprentissage. C'est pourquoi son équipe à Concordia favorise l'intégration des ordinateurs et des outils logiciels dans les salles de classe, afin que les élèves puissent travailler ensemble et se motiver mutuellement.

Partenaires

Pour savoir quelles aptitudes les élèves ont besoin de cultiver, et de quels outils il faut doter les enseignants, les chercheurs du Centre d'études sur l'apprentissage et la performance s'adjoignent les services d'un réseau québécois appelé RÉCIT. Là, des experts-conseils en éducation, spécialistes de l'intégration de la technologie, travaillent à définir les compétences exigées des élèves, de concert avec le Québec English Schools Network. Ces deux organismes, réunis sous le nom de QESN-RÉCIT, ont collaboré avec les chercheurs de Concordia pour mettre au point des logiciels comme ABRACADABRA et le portfolio numérique, auxquels les enfants ont accès en tout temps à la maison ou à l'école.