Mine makeover

L'industrie minière se met au vert

Des chercheurs de l'Université de Colombie-Britannique tentent de faire de l'exploitation minière une industrie durable et sensible à l'environnement
1 novembre 2005
Il ne faut pas se le cacher, les mines ont mauvaise réputation au Canada. On les perçoit comme des lieux qui, en plus de dévaster le paysage, sont dangereux et nuisibles à l’environnement. Toutefois, l’industrie minière est un des piliers économiques du pays : les mines sont donc là pour rester. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ne pourraient pas être plus sûres, tant pour l’homme que pour la planète.
 

Le Center for Environmental Research in Minerals, Metals and Materials de l’Université de Colombie-Britannique (mieux connu sous l’appellation CERM3) est un centre de recherche interdisciplinaire qui s’intéresse aux enjeux relatifs aux sites miniers, qu’ils soient anciens ou encore en activité. Le centre met au point des techniques et des technologies minières novatrices, sensibles à l’environnement et axées sur la durabilité, en plus de former du personnel qualifié. « Nous sommes parmi les premiers à promouvoir la notion d’exploitation minière durable », affirme John Meech, professeur de minéralurgie à l’Université de Colombie-Britannique et directeur du CERM3. En misant sur les techniques d’exploitation minière durables, le CERM3 veut faire en sorte que l’industrie elle-même et le public en général perçoivent l’activité minière sous un jour plus favorable, et plus en lien avec l’écologie.

L’industrie minière canadienne doit relever des défis majeurs au chapitre de la gestion des problèmes environnementaux causés par l’entreposage de déchets solides et le rejet d’effluents (ces liquides polluants déversés en milieu naturel) contenant du minerai. Le CERM3 lui apporte le soutien de la recherche menée dans cinq laboratoires qui travaillent en étroite collaboration, mais mettent chacun l’accent sur un aspect particulier de l’exploitation minière. Le personnel du CERM3 est constitué de plus de 25 professeurs provenant de plus de 10 départements de l’Université de Colombie-Britannique. Selon John Meech, le travail du centre « couvre toute la gamme de la recherche, depuis les études scientifiques de base en chimie des minéraux, jusqu’aux applications concrètes comme l’obturation de puits de mine abandonnés et la robotique souterraine ».

La recherche du CERM3 est importante pour bien des raisons. D’abord, elle vise à renverser ou à éliminer la pollution et d’autres problèmes environnementaux liés à l’industrie minière. Ensuite, elle contribue à sensibiliser les acteurs de cette industrie à la protection de l’environnement et à la mise au point de solutions durables aux problèmes engendrés par les activités minières. De plus, la recherche vise à modifier les perceptions négatives et erronées qu’ont beaucoup de gens au sujet de l’exploitation des mines. Enfin, cette recherche pourrait donner lieu à des innovations assurant la durabilité de l’industrie minière au 21e siècle. « Comme notre société se préoccupe de plus en plus d’environnement, nous devons étudier la question de l’exploitation durable », ajoute le chercheur.

Près de 30 projets du CERM3 génèrent des retombées au plan local et international. Le Global Mercury Project, par exemple, met le centre à l’avant-plan des efforts mondiaux déployés pour enrayer le problème de l’empoisonnement au mercure des travailleurs des mines d’or. Un autre projet étudie les terrils miniers au Pérou. Le CERM3 a aussi des projets en matière d’énergie auxquels le gouvernement de la Colombie-Britannique collabore de près, notamment dans les domaines de la production d’énergie géothermique et de la récupération de l’énergie qui se dégage des effluents miniers.

Le projet Millennium Plug, en particulier, illustre comment une initiative locale peut contribuer à créer une collectivité durable à partir d’un site minier abandonné. La méthode généralement utilisée pour sceller une mine consiste à insérer un bouchon de ciment dans le puits, ce qui permet à la fois d’éviter que les effluents ne se répandent dans l’environnement et d’empêcher les curieux de pénétrer dans un site dangereux. Toutefois, ces bouchons ont tendance à se détériorer avec le temps, sous l’action des eaux acides ou des vibrations sismiques. La méthode est coûteuse à mettre en œuvre et à entretenir, et elle requiert une surveillance à long terme. Ce genre de bouchon ne permet donc pas d’envisager le renouvellement du site et de ses environs.

Le CERM3 a mis au point une technique d’obturation des mines qui est moins coûteuse et constitue une solution à plus long terme. Il s’agit d’un nouveau type de bouchon appelé le Millennium Plug (« bouchon du millénaire »). Pour le mettre à l’essai, le centre a installé une station de recherche à la mine abandonnée Britannia près de Howe Sound, en Colombie-Britannique, un site récréatif fréquenté entre autres par les amateurs de voile, de plongée et de camping.

Le Millennium Plug est conçu un peu comme un barrage en terre. Il est constitué d’un noyau étanche en glaise, recouvert de plusieurs couches de sable, de gravier et de pierre. Tous ces matériaux se trouvent sur place et sont moins coûteux que le ciment. De plus, ils résistent beaucoup mieux aux produits chimiques et aux ondes sismiques.

Le site rejette des effluents acides dangereux qui pourraient se déverser dans le Britannia Creek et dans les eaux de surface de Howe Sound. Depuis qu’on a installé le Millennium Plug, on a éliminé tous les effluents du réseau de ces deux cours d’eau. De plus, de 15 à 20 % du cuivre contenu dans les effluents s’en sépare à l’intérieur de la mine plutôt qu’à l’air libre et dans l’eau.

Retombées

Une réalité s’applique à toutes les mines : elles sont une source de déchets dangereux et, malheureusement, ce n’est que récemment qu’on a entrepris d’en disposer de manière écologique, quand on le fait. Les projets menés par le CERM3 ont permis d’apporter des solutions économiques et d’application rapide aux problèmes environnementaux. Ces projets ont aussi pour effet de réduire la consommation d’énergie, les déchets miniers, l’utilisation de matières brutes et la pollution de l’environnement, et d’améliorer les conditions de travail des mineurs. Le Global Mercury Project, quant à lui, pourrait contribuer à améliorer l’environnement et la santé — voire à sauver la vie — de près de 15 millions de personnes réparties dans plus de 50 pays où existent des exploitations aurifères primitives et de peu de moyens, et où l’on se soucie peu des répercussions sur la qualité de l’air, du sol ou de l’eau.

Plus spécifiquement, les recherches du CERM3 sur l’obturation des mines ont amélioré la qualité de l’environnement de Britannia Beach en Colombie-Britannique. Grâce au Millennium Plug mis au point par le centre de recherche, cet ancien site minier est en voie d’être revitalisé.

« Le travail effectué par le CERM3 à Britannia Beach a contribué de manière importante aux efforts de nettoyage de ce site minier historique bien connu », affirme Michael McPhie, président et chef de la direction de l’Association des sociétés minières de Colombie-Britannique. « C’est en particulier l’approche, l’ingénierie et la mise en œuvre du projet Millennium Plug qui ont donné le coup d’envoi et ont créé un moment propice à la revitalisation dont nous sommes témoins aujourd’hui. De plus, la technologie utilisée par le CERM3 à Britannia peut trouver de nombreuses applications dans l’industrie minière au Canada et partout dans le monde. »

Kirstin Clausen, directrice générale du Musée des mines de Colombie-Britannique, abonde dans le même sens :  « Le CERM3 a orienté une collectivité qui était aux prises avec un legs environnemental désastreux, et lui a redonné espoir en lui montrant qu’il existait des solutions qui pouvaient être mises en place. Le CERM3 a montré que la recherche peut et doit devenir partie intégrante du développement prévu pour Britannia Beach. »

Les recherches menées par le CERM3 profitent non seulement à l’industrie minière, qui peut réaliser des économies et mettre en place des solutions presque permanentes (un bouchon de type Millennium Plug peut durer jusqu’à 1 000 ans), mais aussi à l’environnement et à la société tout entière.

Partenaires

Le CERM3 a vu le jour le 26 juillet 2000 grâce au financement de trois organismes : la FCI, le British Columbia Knowledge Development Fund et le Stewart Blusson UBC Endowment Fund. Il bénéficie également de contributions et de contrats industriels qui appuient les projets de recherche en cours. Des entreprises partenaires siègent au comité consultatif technique du CERM3 et peuvent profiter de ses laboratoires. De plus, le CERM3 collabore régulièrement avec bon nombre d’universités et de sociétés minières partout dans le monde.