The amazing 'sensorium suite' of Dr. Houston

L'incroyable théâtre du son d'Andy Houston

Un chercheur de Waterloo transforme les sons quotidiens en une expérience théâtrale unique
28 avril 2010
L
Zoom

L'un des décors de Crossfiring/Mama Wetotan dans la prairie à Claybank, en Saskatchewan. Le spectacle de 12 heures racontait l'histoire des ouvriers licenciés de l'usine de briques de Claybank.
Andrew Houston, Université de Waterloo

William Shakespeare a écrit « Le monde entier est un théâtre ». Si les pièces du Barde sont encore jouées dans les salles et sur les scènes des festivals les plus prestigieux du monde, Andrew Houston, lui, transforme le monde en une salle pour y présenter son théâtre du son.

« Souvent, le public de théâtre observe à distance un décor éclairé et conçu selon une perspective très spécifique, souligne Houston, qui est professeur agrégé en théâtre à l’Université de Waterloo. Dans mes projets, au contraire, je me débarrasse de tout cela. D’excellentes œuvres peuvent être produites dans ce type de mise en scène, certes, mais cela me donne également l’impression d’un champ trop labouré et ayant perdu toute fertilité. »

Le public assiste à l
Zoom

Le public assiste à l'une des scènes de Crossfiring/Mama Wetotan dans l'ancienne usine de briques de Claybank.
Andrew Houston, Université de Waterloo

Le professeur Houston mise plutôt sur un assortiment d’appareils d’enregistrement haute technologie qu’il appelle le « sensorium suite » pour enregistrer et diffuser des sons ambiants et des enregistrements d’entrevues, ce qui permet d’ajouter des strates de signification et de donner une nouvelle histoire à des lieux exceptionnels tels qu’une salle de la Légion abandonnée, une ancienne usine de briques et même un hôpital psychiatrique, comme dans un projet organisé à Weyburn, en Saskatchewan.

L’un des projets les plus récents de Houston utilisait le sensorium suite pour mêler souvenirs et rumeurs et raconter la vie d’Edna Bear, une artiste de la scène ayant connu une certaine célébrité à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale. Inspirés de photos et d’archives détaillant la vie de l’artiste trouvés dans une boîte découverte dans la poubelle d’un d’hôpital, l’événement Edna’s Archive invitait les spectateurs à une « randonnée sonore » le long des rues du centre-ville de Kitchener, en Ontario, et devant un ancien bâtiment de services publics.

Des actrices interprètent une scène de
Zoom

Des actrices interprètent une scène de Crossfiring/Mama Wetotan intitulée « Keepers ». La scène est consacrée aux femmes de Claybank, qui ont préservé les récits et les souvenirs de l'usine après sa fermeture, en 1989.
Andrew Houston, Université de Waterloo

« Nous avons établi un lien entre la “valeur” d’une femme telle qu’elle est représentée par ses archives et la “valeur” d’un centre-ville tel qu’il est représenté par ses bâtiments, qui ne cessent de se transformer et dont on a du mal à retracer l’histoire, explique Houston. Il y a cette notion conflictuelle à propos des marqueurs de l’histoire : les bâtiments doivent-ils être conservés comme faisant partie du patrimoine ou accepte-t-on simplement qu’un vieil édifice devienne une épicerie ou une boutique de prêt sur gages ? »

Andy Houston estime par ailleurs que ses expositions sonores in situ constituent le moyen idéal de se questionner sur la valeur de l’ouïe dans un monde dominé par la vision. Son travail montre que les sons provoquent des souvenirs très nets et des réactions viscérales, même chez les spectateurs qui ne sont pas amateurs de théâtre expérimental.

Edna
Zoom

Edna's Archive comprenait une exposition de plus de 1 000 photos tirées des archives de l'artiste. On voit ici Edna Bear (À DROITE) en compagnie de deux autres artistes recrutées par l?armée canadienne pour distraire les troupes en Europe.
Andrew Houston, Université de Waterloo

À une étape antérieure de sa carrière, Andy Houston a accompli des travaux révolutionnaires à l’hôpital psychiatrique Weyburn en évaluant, critiquant et célébrant la valeur que continue d’avoir le bâtiment de l’hôpital pour les gens de l’endroit.

« De nombreux obstacles se dressent devant l’artiste ou le producteur qui souhaite percer au sein d’une communauté et légitimer son travail auprès d’elle, affirme Kathleen Irwin, collaboratrice du projet et professeure agrégée au Département de théâtre de l’Université de Regina. Il ne faut pas brusquer les choses afin d’établir un climat de confiance, particulièrement lorsqu’on travaille avec le son, car il s’agit d’enregistrer les gens et leurs récits. »

La comédienne Elysia Cloet dans une scène de
Zoom

La comédienne Elysia Cloet dans une scène de Edna's Archive.
Andrew Houston, Université de Waterloo

Lors du lancement du projet Weyburn, des dizaines d’artistes ont été invités et des infirmières de l’hôpital à la retraite ont servi de guides. L’événement a connu plusieurs semaines de succès, ce qui n’est pas rien quand on considère le défi qu’il présentait pour le spectateur par rapport à une pièce de théâtre conventionnelle.

« À l’hôpital Weyburn, il n’y a pas d’ascenseurs ni d’escaliers, fait remarquer Andy Houston. Parmi les spectateurs, il y avait beaucoup de personnes âgées. Celles-ci ont accompli la totalité du parcours, qui durait près de trois heures et s’étendait sur quatre couloirs de 150 mètres chacun. Mais cette marche à travers l’histoire les a vraiment énergisées. Je pense qu’il est très important d’être exigeant envers son public, et c’est exactement ce que ce projet faisait. »