Chemical bonds

Cathy Crudden dans un laboratoire

Liaisons chimiques

Que ce soit en classe ou de l’autre côté du globe, l’univers chimique de Cathy Crudden se compose de nombreux liens
7 juillet 2015

Comme j’arrive un peu plus tôt que prévu pour mon rendez-vous avec Cathy Crudden, je la trouve dans son bureau en train de discuter d’un projet de recherche avec un de ses étudiants. Elle m’invite quand même à entrer et je constate immédiatement qu’elle considère son travail auprès des étudiants comme un avantage important. « Il est vraiment très amusant de travailler avec les étudiants, explique Cathy Crudden, professeure au département de chimie de la Queen's University. Ils ont tous une approche personnelle et nous les encourageons à développer leurs propres idées, et c’est pour cette raison que leur contribution à la science est aussi importante. » Dans ce cas, la science se penche sur la catalyse (accélération des réactions chimiques) et la chiralité (propriété d'une molécule de ne pas être identique à son image dans un miroir). Cathy Crudden et son groupe travaillent au développement de nouvelles réactions dans le but de préparer des composés présentant un intérêt particulier pour les secteurs des produits pharmaceutiques, de l’environnement et de l’énergie. Mentionnons notamment les travaux publiés récemment dans la revue Nature Chemistry dans lesquels elle décrit un processus favorisant la liaison des composés organiques à des surfaces métalliques, mis au point par son groupe. L’équipe a préparé les monocouches autoassemblées sur l’or les plus stables qui aient été signalées depuis le premier rapport sur l’application d’un revêtement organique sur une surface métallique en 1983. Ces résultats pourraient changer la donne. On a déjà prouvé que ces revêtements, aussi minces qu’un cent millième du diamètre d’un cheveu humain, étaient en mesure de réduire la corrosion et d’améliorer considérablement la stabilité et la reproductibilité de biocapteurs. Il est indéniable que ces revêtements pourraient avoir de multiples applications. De telles découvertes sont attribuables à l’étroite collaboration entre Cathy Crudden et ses étudiants.

Au cours des derniers mois d’un été très animé, l’équipe de Cathy Crudden a compté près de 20 étudiants de premier cycle et de cycles supérieurs, ainsi que des stagiaires postdoctoraux. « Notre laboratoire est très différent des laboratoires stéréotypés où les étudiants de premier cycle exécutent des expériences conçues pour toujours fonctionner, confie Cathy Crudden. Dans mon laboratoire, elles ne sont pas toujours couronnées de succès. On pourrait les considérer comme décevantes, mais il s’agit en fait d’une autre manière d’explorer la chimie, car les résultats sont parfois imprévisibles. Ces expériences représentent un défi, mais elles sont amusantes.

« La persévérance est un trait essentiel de la recherche. Il faut être obstiné. Cela dit, il est vrai qu’une expérience réussie est vraiment valorisante. C’est la récompense de notre travail. » D’autre part, il n’est pas absolument nécessaire d’être à Kingston, ni même au Canada, pour travailler dans un laboratoire de Cathy Crudden. En effet, elle a créé des liens de longue date avec l’Université de Nagoya située dans le centre du Japon. Elle se rend à Nagoya au moins quatre fois par année; ainsi, une grande partie de la carrière de Cathy Crudden se déroule de l’autre côté de la Terre, où elle a mené une partie de ses études de doctorat et séjourné pendant son congé sabbatique.

En 2013, elle a participé à la création et au développement de l’Institute of Transformative Bio-Molecules (ITbM), centre de recherche établi à Nagoya voué à la résolution de problèmes scientifiques et à la communication des solutions aux chercheurs des quatre coins du monde. Les projets actuels de l’ITbM comprennent le développement de molécules capables de contrôler les fonctions et la production biotiques, et la création de technologies de bio-imagerie novatrices.

« Le Japon est un pays fascinant et on découvre une perspective et une intensité fort différentes lorsqu’on collabore avec des chercheurs japonais, affirme Crudden, maintenant professeure adjointe de son département à Nagoya. J’ai beaucoup aimé mes études au Japon et je suis très heureuse de pouvoir y envoyer des étudiants. » Les stagiaires qui travaillent dans le laboratoire de Cathy Crudden sont encouragés à occuper un poste de recherche à Nagoya, et les étudiants de Nagoya à faire de même à Queen’s. Elle a d’ailleurs envoyé trois étudiants de Queen’s à l’institut au cours de la première année de fonctionnement de l’ITbM. Deux de ses étudiants de premier cycle y ont effectué des travaux de recherche l’été dernier. Le fait que des étudiants canadiens et japonais interagissent et apprennent les uns des autres constitue un des grands avantages du lien créé avec Nagoya, » déclare Cathy Crudden. Seulement 14 pour cent des chercheurs japonais sont des femmes, les rapports qu’elle entretient avec Nagoya ont ainsi permis d’encourager les jeunes femmes scientifiques de l’université. « Le Japon cherche activement à augmenter le nombre de femmes parmi ses chercheurs et plusieurs scientifiques japonais me demandent souvent comment je parviens, en qualité de femme scientifique, à trouver un équilibre entre le travail et la vie domestique, » indique Cathy Crudden, ajoutant qu’elle voit maintenant de plus en plus de femmes parmi les étudiants et les chercheurs dans les universités comparativement à son passage au Japon en tant qu’étudiante de cycle supérieur. À titre de chef de file dans son domaine de recherche, elle est un exemple à suivre pour les femmes du secteur de la science et un mentor reconnu; elle possède de toute évidence la capacité de susciter la passion chez ses étudiants.

Mais ce processus est réciproque. À la fin de notre entretien, j’ai remarqué la présence de nombreuses bouteilles de champagne vides sur le rebord de la fenêtre. Elle m’a expliqué que chaque bouteille représente la célébration du succès d’un de ses étudiants. « Lorsqu’un de mes étudiants de cycle supérieur termine son programme ou lorsqu’un stagiaire postdoctoral trouve un emploi, nous célébrons l’événement ensemble en sablant le champagne, » dit Cathy Crudden, en ajoutant que chaque bouteille est signée et datée par l’étudiant, en souvenir du travail et des succès qu’ils ont obtenus sous sa direction.

Footer: Cet article a été publié pour la première fois dans le numéro d’automne 2014 d’(e)AFFECT, magazine de recherche de la Queen’s University.

Mention de source : Bernard Clark