Securing an IPY legacy

L'héritage de l'année polaire

1 mars 2007

Le 1er mars 2007 s’ouvrait officiellement l’Année polaire internationale 2007-2008. Annonces, symposiums scientifiques, activités culturelles et autres ont inauguré une période de 24 mois d’observations internationales concertées et coordonnées dans les régions polaires. L’éventail des disciplines dépasse de loin celui des Années polaires précédentes (1882, 1932 et 1957) mais l’esprit de collaboration scientifique aux « bouts du monde » est le même.

Le Canada avait pris une part plutôt modeste à la première API. Le 3 avril 1882, le gouvernement fédéral annonçait une subvention de 4 000 $ à une délégation britannique qui se rendait à Fort Rae, sur les rives du Grand lac des Esclaves. Interrogé à ce sujet, le ministre responsable avait répondu : « Il s’agit de mieux connaître les lois atmosphériques et les forces magnétiques censées influencer l’état du climat. On présume que cela va permettre aux météorologues de Toronto et d’ailleurs de mieux prédire le temps, pour notre plus grand bien à tous. » L’histoire révèle que nous avons profité en effet de notre investissement dans cette Année polaire-là, et dans celles qui ont suivi. Les retombées se confondent avec l’histoire même de la recherche arctique et polaire au Canada et dans le monde entier. À l’époque, aucun pays n’était en mesure de monter à lui seul un programme d’une portée géographique suffisante pour élucider les mystères scientifiques des pôles. C’est toujours le cas aujourd’hui.

L’API 2007-2008 s’attardera sur les effets considérables du réchauffement climatique dans l’Arctique et l’Antarctique, dont les aspects humains revêtent une grande importance pour le Canada. Ce qui la distinguera des précédentes et fera sa richesse, ce sera cette insistance particulière sur les changements qui toucheront la société, la culture, l’économie, la santé et l’environnement dans la grande région arctique.

De plus en plus, on fait appel à la collaboration locale dans les programmes d’étude scientifique. Les résidents de l’Arctique sont bienvenus dans les équipes de recherche, auxquelles ils apportent un bagage unique et fort respecté de compétences et de connaissances, souvent constitué au fil de nombreuses générations. La richesse et la pertinence du savoir ancestral et local sont reconnues comme essentielles à la compréhension des changements qui se produisent aux pôles. L’API en cours ne manquera pas d’y puiser amplement et d’en démontrer plus que jamais l’utilité.

Un grand nombre de personnes et de groupes ont aidé à planifier l’API, chez nous et partout dans le monde, donnant lieu dès les premiers stades à des partenariats divers entre universités, organisations et gouvernements autochtones, provinces et territoires, entreprises commerciales, fondations, milieux des arts, organismes éducatifs et associations de la jeunesse. Et de l’avis général, c’est dans les universités canadiennes que se dessine déjà l’élite de la relève mondiale en recherche scientifique polaire.

Les 150 millions de dollars supplémentaires que le gouvernement fédéral a réservés à l’API apporteront un renfort très opportun aux recherches polaires canadiennes à un moment critique. L’aide aux sciences polaires acheminée par de nombreux programmes permanents de recherche et de financement dans différents ministères et organismes gouvernementaux visera aussi de préférence des activités de l’API au cours des prochaines années.

À bien des égards, l’API est déjà une réussite. Elle a favorisé la coopération internationale à un niveau plus élevé que jamais, à travers un champ d’étude bien plus vaste que jamais auparavant. Déjà, on se sert de l’élan donné et on puise à même les ressources affectées pour lui assurer des retombées substantielles et durables. L’héritage de l’API 2007-2008 doit comprendre les éléments suivants : de nouveaux et meilleurs réseaux d’observation et installations de recherche, un accès sans précédent à l’information sur les régions polaires, une nouvelle génération de spécialistes des sciences polaires et une mobilisation universelle des résidents du Nord, des opinions publiques et des instances de décision. Pour atteindre ces résultats, il faudra sans doute mettre autant de volonté et d’efforts qu’on en aura mis à préparer les activités de l’API elles-mêmes.

Cependant, les sciences et les recherches nordiques connaissent au Canada une sorte de renaissance, à laquelle l’API n’est sans doute pas étrangère. Les travaux prévus produiront des résultats parfois fascinants. Les chercheurs compteront sur des innovations technologiques comme les rovers sous-marins, les réseaux de satellites, les dernières méthodes génétiques et les appareils d’observation robotisés. Mais quand tout aura été dit, le vrai héritage légué au Canada, aux habitants du Nord et au reste du monde sera une connaissance et une conscience plus aiguës des régions polaires.

David Hik est le directeur exécutif du Secrétariat canadien de l’API et Ian Church est le président du Comité directeur canadien de l’API.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.