Wonder weed

L'herbe miracle

Afin de lutter contre les effets dévastateurs de la chimiothérapie, les chercheurs de l'Université Wilfrid Laurier étudient comment le corps humain peut reproduire les propriétés médicinale de la marijuana
2 mars 2005
Depuis un certain nombre d'années, des chercheurs ont démontré comment la marijuana pouvait être utilisée à des fins thérapeutiques pour aider les malades du cancer à combattre la nausée et les vomissements qui accompagnent généralement les traitements de chimiothérapie.
 

Toutefois, devant l'opposition de certains législateurs et de groupes communautaires, leurs travaux sur l'usage médical de la marijuana n'ont obtenu jusqu'à maintenant qu'un succès mitigé. Aujourd'hui, des chercheurs de l'Université Wilfrid Laurier explorent en profondeur le cerveau pour voir comment celui-ci combat la nausée au moyen de la marijuana — et comment certaines parties du cerveau peuvent imiter les propriétés du cannabis.

On sait que le cannabis est employé depuis des centaines d'années dans divers traitements, notamment pour soulager la nausée et les vomissements. Néanmoins, ce n'est qu'en 1964 que des chercheurs sont parvenus à isoler le tétrahydrocannabinol (THC), le principe actif de la marijuana qui produit chez les utilisateurs un effet euphorisant. Puis, 25 ans plus tard, on a identifié les récepteurs cérébraux spécifiques du THC.

Cette découverte a révélé la présence dans le cerveau humain de récepteurs naturels du THC. On dispose désormais de nombreuses évidences expérimentales qui montrent que ces récepteurs jouent un rôle dans l'élimination des nausées, indique la professeure Linda Parker, titulaire d'une chaire de recherche du Canada en sciences neurologiques comportementales à l'Université Wilfrid Laurier à Waterloo, en Ontario.

Ces récepteurs dans le cerveau sont activés par un neurotransmetteur appelé l'anandamide, « un THC naturellement produit par le cerveau », précise Linda Parker. L'anandamide appartient à une famille de composés chimiques désignés sous le nom de cannabinoïdes. Le THC est aussi un produit chimique cannabinoïde qui imite les actions de l'anandamide. Il se fixe aux récepteurs des cannabinoïdes et agit de diverses façons sur les fonctions de l'organisme.

« La recherche sur l'usage thérapeutique du cannabis est un domaine d'étude extrêmement stimulant. »

L'action la plus connue de la marijuana sur le corps humain est son effet euphorisant. Cet effet représente également un obstacle majeur à l'acceptation du cannabis comme médicament antiémétique. Les opposants aux drogues acceptent mal qu'on puisse utiliser la marijuana à des fins médicales. En outre, beaucoup de malades qui ont recours au cannabis pour combattre la nausée n'aiment pas l'effet euphorisant qui y est associé. Les recherches de Linda Parker sur un cannabinoïde appelé « cannabidiol », qui ne produit pas l'effet euphorisant lié à l'utilisation de la marijuana, pourraient contribuer à mieux faire accepter l'usage médical du cannabis.

« Linda Parker a constaté que le rôle que jouent les cannabinoïdes du cerveau dans la prévention des nausées n'est pas le même que celui lié à la production des effets généralement associés à la marijuana, notamment l'état euphorique. Cette découverte pourrait avoir une portée clinique considérable », affirme le professeur Raphael Mechoulam, qui enseigne au Département de chimie médicinale et de produits naturels de l'Université hébraïque de Jérusalem.

Raphael Mechoulam et Yehiel Gaoni sont les chercheurs qui ont isolé le THC dans la marijuana en 1964. Raphael Mechoulam demeure encore aujourd'hui un chef de file mondial de la recherche sur le cannabis. Il collabore avec Linda Parker et a déposé conjointement avec elle un brevet sur le cannabidiol, l'un des 60 cannabinoïdes actifs dans la marijuana. La présence du cannabidiol dans le cannabis est aussi importante que celle du THC. Raphael Mechoulam a mis au point une forme de cannabidiol à inhaler qui fait actuellement l'objet d'essais cliniques sur la douleur auprès de patients arthritiques.

Linda Parker et son équipe cherchent également à déterminer comment se manifestent les nausées et les vomissements chez l'individu qui anticipe un goût ou une sensation qui l'a déjà rendu  malade dans le passé.

Ce phénomène, que Linda Parker appelle la « nausée d'anticipation », peut sérieusement incommoder les personnes atteintes de cancer et les autres malades soumis à des traitements chocs susceptibles d'entraîner des nausées. Dans la littérature médicale, on a recensé de nombreux cas de patients qui souffrent de nausées lorsqu'ils se rendent à la clinique pour des visites de suivi, même lorsqu'ils savent qu'ils ne recevront pas de chimiothérapie ni d'autres médicaments provoquant de tels malaises. Les travaux en laboratoire de Linda Parker ont démontré qu'un traitement préalable constitué de faibles doses de THC peut éliminer complètement la nausée d'anticipation. La professeure Parker soutient que ces résultats sont une autre illustration du rôle complexe et diversifié que jouent les cannabinoïdes dans l'organisme.

« La recherche sur l'usage thérapeutique du cannabis est un domaine d'étude extrêmement stimulant. Ses applications ne se limitent pas aux médicaments contre la nausée pour les personnes atteintes du cancer, elles englobent également la stimulation de l'appétit chez les sidéens et le soulagement de la douleur chez les arthritiques, poursuit Linda Parker. On a aussi observé que la marijuana aide à supprimer l'effet des neurotransmetteurs qui déclenchent les crises d'épilepsie et les accidents vasculaires cérébraux. »

Retombées

Avoir mal au cœur est une sensation déplaisante qui peut obliger une personne à s'absenter du travail ou l'empêcher d'accomplir certaines de ses activités quotidiennes. Toutefois, pour les personnes aux prises avec un cancer, la nausée et les vomissements associés à la chimiothérapie se situent au-delà du simple désagrément — ils peuvent rendre la vie misérable à ces patients et mettre en péril leur guérison.

« Dans des cas extrêmes, ces malaises peuvent rendre les gens si faibles qu'ils sont incapables de poursuivre leur traitement », déclare Cheryl Limebeer, titulaire d'une bourse d'études postdoctorales au Département de psychologie de l'Université Wilfrid Laurier. Les travaux qu'elle mène en collaboration avec la professeure Parker visent à cerner les causes de la nausée et à concevoir des façons d'empêcher cette réaction.

Trouver la réponse à ces questions pourrait avoir un impact considérable sur la vie des Canadiens. Selon l'Institut national du cancer du Canada, si la tendance actuelle se maintient, le pourcentage de Canadiens qui développeront un cancer durant leur vie pourrait atteindre 38 % chez les femmes et 43 % chez les hommes. Ces malades n'auront pas tous à subir une chimiothérapie, quoique pour plusieurs cancers, dont la leucémie, le lymphome, le cancer du poumon et le cancer du sein, on aura vra isemblablement recours à ce type de traitement.

Les chercheurs savent que le vomissement est un réflexe de protection commun qui expulse les toxines. La sensation de nausée est un avertissement, au même titre que l'est la douleur. Elle indique à un individu qu'il doit arrêter de manger, de boire ou de respirer quelque chose pour éviter d'être malade. Cependant, les patients en chimiothérapie ne peuvent éviter ce qui les rend malades, et les vomissements ne leur permettent pas d'évacuer la toxine perçue. Les patients se trouvent donc enfermés dans un cycle de nausées et de vomissements.

La nausée survient habituellement avant les vomissements mais, pour compliquer encore plus les choses, il arrive aussi que les deux phénomènes se produisent de façon indépendante. Par conséquent, les médicaments qui sont efficaces contre les vomissements ne soulagent pas nécessairement la nausée et, inversement, les substances qui agissent contre les nausées n'arrêtent pas nécessairement les vomissements

Le cannabis thérapeutique pourrait toutefois offrir une lueur d'espoir. Linda Parker et son équipe conduisent des travaux sur le système des endocannabinoïdes, les composés chimiques naturellement présents dans l'organisme qui imitent les substances chimiques que l'on trouve dans la marijuana. Leurs recherches semblent indiquer que ce système joue un rôle déterminant dans la nausée et les vomissements — un développement qui pourrait avoir des répercussions bénéfiques sur des millions de personnes atteintes de cancer.

Partenaires

La marijuana est utilisée à des fins médicales et récréatives depuis des milliers d'années. Néanmoins, au cours des dernières années, les vertus médicinales de la marijuana ont suscité une flambée d'intérêt soutenue par des chercheurs de haut niveau partout dans le monde.

Linda Parker travaille actuellement à la rédaction d'un chapitre pour le prochain ouvrage de Raphael Mechoulam, Cannabinoids as Therapeutics: Milestones in Drug Therapy. Par ailleurs, les deux chercheurs ont aussi déposé conjointement un brevet sur le cannabidiol, l'une des substances chimiques de la marijuana.

La société britannique GW Pharmaceuticals est un chef de file dans l'élaboration de médicaments sur ordonnance dérivés de la marijuana. Le laboratoire utilise divers composants chimiques de la marijuana dont le cannabidiol et s'intéresse à un éventail de problèmes médicaux, de l'arthrite à la nausée et aux migraines. Selon toute vraisemblance, le premier médicament que mettra sur le marché la société sera Sativex. Ce produit fait actuellement l'objet d'une évaluation par l'organisme de réglementation des médicaments et des soins de la santé du Royaume-Uni et par Santé Canada. S'il est approuvé, le médicament sera commercialisé au Canada par Bayer.

Les travaux de recherche de Linda Parker bénéficient du soutien du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada et de la Fondation canadienne pour l'innovation.

Pour en savoir plus

Consultez un dossier de CBC News concernant le débat sur la marijuana au Canada. (Site anglophone)

Découvrez la position de Santé Canada sur la marijuana médicale et sur d'autres initiatives connexes.

Visitez www.cannabinoidsociety.org pour obtenir de l'information sur tous les aspects de la recherche dans les domaines relatifs aux cannabinoïdes. (Site anglophone)

Apprenez-en plus au sujet des applications commerciales du cannabis thérapeutique. (Site anglophone)

Visitez le site de l'Institut national du cancer du Canada.