Robots to the rescue

Les robots à la rescousse

Des chercheurs de l'Université d'Ottawa conçoivent des machines intelligentes pour faciliter les missions de sauvetage
1 juillet 2007
Dans la mythologie grecque, les conteurs agrémentaient leurs récits de créatures surnaturelles qui avaient pour mission d’aider les humains et les dieux. Dans le laboratoire de Wail Gueaieb, ces créatures deviendront bientôt réalité.
 

Gueaieb et une équipe multidisciplinaire de l’Université d’Ottawa travaillent à la conception de robots mobiles, intelligents et autonomes pour les missions de sauvetage, les Smart Autonomous Mobile Robots for Rescue Missions (SAMRRM). Comme leurs ancêtres mythiques, ces robots pourront voler, nager, ramper et, bien entendu, survivre dans un milieu hostile. Ils auront en outre la capacité de « parler » à ceux qui les commandent pour leur transmettre des données essentielles qui faciliteront la mission de sauvetage.

Wail Gueaieb, qui est professeur adjoint en ingénierie à l’École d’ingénierie et de technologie de l’information de l’Université d’Ottawa, reconnaît qu’il s’agit d’un projet ambitieux et de longue haleine. Mais si son équipe le mène à bien, leurs robots deviendront les premiers intervenants en cas de situation d’urgence au Canada et à l’étranger. Ils seraient envoyés sur le terrain avant les secouristes, lorsque la situation est jugée dangereuse, pour recueillir des données et intervenir à leur place. « Souvent, il est trop risqué d’envoyer des secouristes dans une zone sinistrée », explique le professeur.

Les images télévisées de victimes de l’ouragan Katrina coincées sur des toits, faisant signe aux hélicoptères qui les survolaient, ont laissé des traces dans l’esprit du chercheur et l’incitent à poursuivre ses recherches. Le travail des secouristes en Louisiane était compliqué par le fait qu’ils ignoraient combien de personnes ils recherchaient et où elles se trouvaient.

Le professeur Gueaieb imagine ses SAMRRM survolant des régions inondées, utilisant leurs capteurs et leur équipement d’identification par radiofréquence pour localiser les victimes et transmettre leur position exacte aux secouristes, des données essentielles dans les missions de sauvetage. Bien que l’idée des aides robotisées ne date pas d’hier, le recours à l’identification par radiofréquence par des robots à des fins d’exploration et de localisation est une première.

Autre caractéristique importante, les SAMRRM auront la capacité de « communiquer » en langage humain avec les personnes installées au poste de commande, sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à un clavier ou à un levier de commande. Les chercheurs prévoient également doter les robots de systèmes d’intelligence artificielle afin qu’ils puissent prendre des décisions de façon autonome. Le temps de réponse s’en trouvera accéléré et la commande des robots se fera de façon plus intuitive, ce qui, au bout du compte, rendra les missions de sauvetage plus efficaces.

Retombées

L’utilisation des robots dans le cadre de missions de sauvetage n’est pas nouvelle, mais elle présente un potentiel encore inexploité. Certains services de police se servent de robots pour faire exploser des colis suspects, ou en font « leurs yeux et leurs oreilles » en cas de situation dangereuse. Cependant, ces aides robotisées se déplacent principalement à l’aide de roues ou de chenilles semblables à celles des chars d’assaut. Elles sont donc mal adaptées aux terrains accidentés ou jonchés de décombres à la suite d’un tremblement de terre ou d’une inondation, par exemple.

Gueaieb espère développer le potentiel des aides robotisées grâce aux SAMRRM, qui seront conçus spécialement pour intervenir en situation de crise. Les robots que ses collègues et lui-même tentent de mettre au point se présenteront sous des formes variées et en plusieurs dimensions, et seront équipés de capteurs amovibles en fonction des conditions environnantes. « Les secouristes pourront installer des détecteurs de gaz, des capteurs de rayonnement et des sondes de température, et nous travaillons à l’intégration de capteurs de vie humaine pour repérer les vivants », affirme le professeur.

Les travaux de recherche de l’équipe de l’Université d’Ottawa présentent sans contredit le potentiel de sauver des vies dans des zones sinistrées comme les routes truffées de mines d’Afghanistan ou les ruines du World Trade Center. Grâce aux SAMRRM, il ne serait plus nécessaire de mettre en danger la sécurité des secouristes dans l’espoir de sauver des vies. Heureusement, le Canada n’a jamais eu à faire face à des catastrophes de cette ampleur, mais l’équipe de Wail Gueaieb est particulièrement préoccupée par la côte ouest, propice aux tremblements de terre et aux tsunamis. Peu importe la topologie, les SAMRRM pourront améliorer les sauvetages en évaluant avec exactitude les situations d’urgence et en prenant les mesures nécessaires, ainsi qu’en transmettant aux secouristes les renseignements dont ils ont besoin. Compte tenu des changements climatiques et de nombreux autres enjeux mondiaux, nul besoin de préciser à quel point ces robots secouristes pourront se révéler utiles.

Partenaires

Les robots représentent l’essentiel des activités de Dr Robot, Inc., une entreprise établie à Markham, en Ontario, qui se spécialise dans la conception, la fabrication et la vente de composantes robotisées et de robots assemblés à l’intention des établissements de recherche, des entreprises de surveillance et même des sociétés cinématographiques de Hollywood. Son expertise en robotique en a fait le partenaire idéal de l’équipe de recherche de l’Université d’Ottawa. « Le Canada est très avancé dans le domaine de la robotique spatiale », explique Haipeng Xie, président-directeur général de Dr Robot. D’après lui, le Canada fait face à un nouveau défi : il doit maintenant utiliser la robotique pour générer une croissance économique et non plus se contenter de démontrer qu’il maîtrise la technologie, comme c’était le cas avec le programme de robotique spatiale. 

Le projet de Wail Gueaieb n’a pas uniquement une fonction pratique : il repoussera également les limites de Dr Robot grâce à l’intégration de la technologie d’identification par radiofréquence et à la création de robots secouristes autonomes. « La plupart des robots doivent encore être commandés par un humain », précise Haipeng Xie. Mais son entreprise a réussi à fabriquer un robot qui, grâce à la technologie d’identification par radiofréquence, peut faire visiter un laboratoire de recherche en automobile à des clients potentiels. Xie est confiant : son entreprise, en partenariat avec les chercheurs de l’Université d’Ottawa, repoussera les limites de la robotique et de ses applications au Canada.

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