The northern links

Les liens du Nord

Des chercheurs de l'Université du Nord de la Colombie-Britannique créent un lieu de rencontre en ligne pour étudier le Nord et tisser des liens entre les communautés
1 mars 2007
© Isabelle Dubois_ Arcticnet

Quand on évoque le Nord canadien, on a immédiatement à l’esprit de grandes étendues sauvages où sont disséminées de petites communautés. En raison de la distance qui les sépare les unes des autres, les collectivités doivent souvent résoudre elles-mêmes leurs problèmes et, pour y parvenir, faire preuve de créativité. « Jusqu’à tout récemment, l’expérience et l’ingéniosité des collectivités rurales avaient rarement été documentées », déplore Tracy Summerville, politicologue et professeure adjointe à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique (UNBC). Une série de projets de recherche vise maintenant à changer cette situation en offrant à ces communautés un lieu de rencontre en ligne où elles pourront échanger et apprendre l’une de l’autre.

Ce lieu de rencontre porte le nom de Social Science Research Lab (SSRL). Ce laboratoire de recherche en sciences sociales veut élargir notre compréhension des cultures propres aux communautés nordiques en numérisant des données sur cette région et sur les gens qui l’habitent : cartes géographiques, traditions orales, pratiques culturelles et politiques publiques. Le partage de l’information recueillie par le SSRL aidera les entreprises, le gouvernement, les chercheurs et d’autres groupes à comprendre comment leurs décisions peuvent avoir un effet sur la viabilité de ces communautés.

« La majorité des travaux de sciences sociales ne requièrent pas une importante infrastructure, mais grâce à ce laboratoire et à son serveur puissant, nous pouvons désormais voir grand », déclare Tracy Summerville, qui utilise le SSRL pour ses recherches de pointe. Le SSRL peut gérer d’immenses fichiers vidéo et image : ainsi, l’histoire et les expériences des habitants des régions rurales nordiques du Canada peuvent être documentées et consultées par le biais d’Internet. « L’objectif est de rapprocher les communautés et de leur permettre de partager leurs expériences », explique-t-elle.

Tracy Summerville a eu envie de travailler auprès des communautés nordiques quand elle est arrivée à l’UNBC et qu’elle a constaté le rôle actif que jouait l’établissement dans la région. Le mandat de l’université — Dans le Nord, pour le Nord — a trouvé chez elle un écho. Cette universitaire et mère de famille du nord de la Colombie-Britannique a décidé de s’engager dans un programme qu’elle juge valable pour sa région en mettant à profit à la fois son savoir et ses qualités humaines. « Parfois, les gens oublient que les universitaires sont aussi des membres à part entière de leur collectivité », affirme-t-elle.

De son côté, l’anthropologue Michel Bouchard, un autre chercheur et professeur adjoint de l’UNBC, se sert du SSRL pour enrichir les connaissances sur le Nord. Il a trouvé une bande vidéo datant d’une vingtaine d’années sur une communauté francophone de Rivière-la-Paix, en Alberta. Pour Michel Bouchard, cette vidéo réalisée par des membres de la communauté donne une plus grande valeur aux documents existants. Il a numérisé toutes les bandes pour les afficher dans Internet. « Plutôt que de s’empoussiérer sur une tablette, ces entretiens seront bientôt accessibles à tous les chercheurs intéressés aux colonies de la minorité francophone du nord du Canada », ajoute-t-il. Grâce à la technologie moderne, il espère faire avancer son champ de recherche et offrir une perspective plus large aux sociologues d’autres universités.

Retombées

Les habitants du Nord canadien doivent souvent compter sur leur ingéniosité pour régler des problèmes. Comme ils sont totalement isolés, ils ne peuvent se rendre dans l’agglomération voisine pour voir si quelqu’un a déjà été confronté à une situation semblable. Même si les solutions inventives abondent, ils se retrouvent souvent à réinventer la roue. C’est ici que le lieu d’échange en ligne du SSRL peut jouer un rôle. « Pour faire face aux réalités de leur vie quotidienne, les communautés nordiques produisent une vaste quantité de connaissances et d’outils qui pourraient être utiles à d’autres groupes du Nord ainsi qu’à tous les Canadiens », indique Tracy Summerville. Grâce au partage de ces expériences en ligne, Tracy Summerville et d’autres chercheurs du SSRL espèrent que les communautés nordiques mettront en commun un bagage de connaissances sur la vie dans le Nord qui pourront être utilisées activement via le laboratoire. Actuellement, ce ne sont pas toutes les communautés qui ont les ressources technologiques pour importer des fichiers ou des documents. Mais quand elles les auront, le SSRL sera prêt.

Entre-temps, le laboratoire constitue un excellent outil d’apprentissage pour les étudiants. Rob van Adrichem un étudiant diplômé qui travaille avec Tracy Summerville, a mis au point deux documentaires sur les communautés de la côte nord de la Colombie-Britannique. L’un raconte comment les résidants ont réagi à l’agrandissement du port de Prince Rupert (Site anglophone). L’autre décrit les enjeux de l’exploration pétrolière et gazière en mer (Site anglophone), et les opinions de résidants de Prince Rupert et des îles de la Reine-Charlotte. Ces enregistrements vidéo sont précieux parce qu’ils traduisent les émotions beaucoup mieux que des rapports écrits », explique Rob van Adrichem, qui fait sa maîtrise tout en travaillant au Département de communications de l’UNBC.

Le SSRL est aussi un outil utile pour les chercheurs et les étudiants d’autres universités canadiennes, voire du monde entier. Ainsi, ces connaissances supplémentaires sur la vie dans le Nord aideront les chercheurs associés à l’Année polaire internationale à mieux comprendre les régions polaires et les réactions des communautés nordiques aux changements climatiques dans l’Arctique. Michel Bouchard travaille aussi en étroite collaboration avec des chercheurs russes avec qui il partage documents et bandes vidéo sur les Komis, un groupe ethnique qui vit dans la république russe du même nom. Tracy Summerville collabore pour sa part avec des partenaires de l’Université Simon Fraser à la création d’une nouvelle revue électronique de science politique qui portera entre autres sur les différentes régions du Canada. « Nous voulons inciter des gens qui ne viennent pas du Nord à travailler à ce projet. Il s’agit d’une initiative créative qui offre d’immenses possibilités », conclut-elle.

Partenaires

Tracy Summerville travaille avec trois réseaux ruraux : le Réseau rural de la Colombie-Britannique (BCRN), le SPARC BC, et le Partenariat rural canadien. Son but est d’aider ces organismes à concevoir des outils d’apprentissage en ligne pour les communautés nordiques. Grâce au partenariat avec ces réseaux ruraux bien établis et à un espace électronique de communication mis à leur disposition, elle espère que le laboratoire SSRL parviendra à étendre son champ d’action de manière à inclure toutes les collectivités. Le SSRL bénéficie du soutien du Fonds de développement des connaissances de la Colombie-Britannique.