The nascence of neuroscience in southern Alberta

Cerveau branché à de l’équipement d’essai

Les débuts des neurosciences dans le sud de l’Alberta

Une université de taille modeste d’une petite localité du sud de l’Alberta favorise l’essor des neurosciences modernes
9 mai 2016

Lethbridge, une ville du sud de l’Alberta à vocation essentiellement agricole et industrielle, abrite une université de taille relativement modeste. À ses débuts il y a 50 ans, la University of Lethbridge, conçue comme un établissement d’enseignement libéral, n’offrait pas de programme de doctorat. Elle n’était pas encore reconnue dans un domaine de recherche en particulier. Toutefois, depuis 2005, l’établissement héberge le Canadian Centre for Behavioural Neuroscience, un centre de recherche sur le cerveau de calibre mondial, et elle a aussi créé le premier département de neurosciences au Canada. À quoi doit-on ce changement? Tout a commencé grâce à une poignée de neuroscientifiques très persévérants, à un peu de chance et à un bon alignement des planètes.

Les deux premiers neuroscientifiques de l’établissement étaient Ian Whishaw et Bryan Kolb, arrivés à l’université dans les années 1970. À l’époque, le champ d’études des neurosciences en était encore à ses balbutiements. Il existait très peu de départements de neurosciences ou de diplômes délivrés dans cette discipline. Quand M. Whishaw arrive en 1970, Lethbridge n’a aucun laboratoire adapté à la recherche en neurosciences, il doit donc utiliser chaque été ceux de la University of Calgary. C’est seulement après la venue de M. Kolb en 1976 que l’université commence à rénover les laboratoires de psychologie expérimentale humaine pour y faire de l’espace pour la recherche en neurosciences comportementales.

En 1980, Bryan Kolb et Ian Whishaw publient Fundamentals of Human Neuropsychology, qui en est aujourd’hui à sa septième édition. Le manuel fait état de recherches qui démontrent qu’il est possible d’utiliser les animaux de laboratoire pour comprendre le cerveau humain. Ce concept relativement nouveau sera le premier signe du vent de changement qui souffle sur Lethbridge. Au fil du temps, deux autres neuroscientifiques viennent se greffer au groupe. Dans un effort pour aménager plus d’espace pour la recherche en neurosciences, on rénove à plusieurs reprises les laboratoires. « C’était un peu comme si on essayait de tirer de la farine d’un sac de son, indique M. Kolb. « Mieux vaut repartir à neuf. »

Comme les neurosciences sont peu connues à l’époque, le groupe se donne pour mission d’en promouvoir la visibilité. Les chercheurs commencent à donner des conférences publiques et à visiter les écoles primaires et secondaires pour parler des neurosciences. Ils veulent aussi créer un programme d’études supérieures, mais il faut d’abord faire l’acquisition d’une installation adéquate.

À la fin des années 1990, l’université prévoyait créer un centre d’excellence en recherche sur l’eau. « Or, le hasard a voulu que le groupe de neurosciences voie le jour avant en raison de possibilités de financement aux échelles provinciale et fédérale, raconte Robert Sutherland, le directeur du Canadian Centre for Behavioural Neuroscience. Je crois que pour l’administration, l’idée du centre a d’abord surgi de façon accidentelle. »

En 1998, Bryan Kolb et Ian Whishaw avaient demandé plus d’espace à Howard Tennant, alors président de l’université. Leur demande avait été rejetée. Mais le jour suivant, M. Tennant prend M. Kolb à part pour lui dire qu’ils ont obtenu du financement de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). « Il m’a dit : “Pourquoi est-ce qu’on ne vous donnerait pas un nouveau bâtiment?” Je croyais qu’il plaisantait », se rappelle Bryan Kolb.

Pendant la construction du Canadian Centre for Behavioural Neuroscience, la province a accordé à l’université son premier programme de doctorat en neurosciences, ce qui a permis à l’établissement de contribuer à la formation de la prochaine génération de chercheurs. « Il s’agissait d’un ambitieux précédent pour l’université », poursuit Robert Sutherland.

La FCI a fourni l’investissement initial et la Alberta Heritage Foundation for Medical Research a accordé un financement de renforcement additionnel et investissait dans le personnel de recherche. Le centre a ainsi pu engager quatre autres personnes après 2001. Selon M. Sutherland, ce financement a apporté une « une bouffée d’air frais » : il a attiré des cerveaux brillants dans l’équipe et a ramené d’anciens enseignants qui étaient partis à cause du manque de financement et d’installations. Lui-même faisait partie de ce nombre. Frustré par le peu d’options qui s’offraient à lui, Robert Sutherland avait quitté Lethbridge en 1991 pour accepter un poste à la University of New Mexico. En 2001, il était de retour.

Grâce au Canadian Centre for Behavioural Neuroscience, les neuroscientifiques de Lethbridge disposent maintenant d’une assise solide sur laquelle construire leurs rêves. « Je crois que cela nous a donné le droit d’imaginer des projets qui, la veille même de l’inauguration du bâtiment, étaient inconcevables », ajoute M. Sutherland.

Conçu à l’origine pour accueillir dix chercheurs, le centre n’en comptait que cinq au début. Ils n’avaient pas assez d‘équipement pour remplir l’édifice, mais le groupe s’est assuré d’employer au mieux les lieux par crainte que l’université décide d’affecter l’espace inutilisé à d’autres fins. Heureusement, la croissance du centre a été si rapide qu’il a fallu l’agrandir après seulement 18 mois. Quelques années plus tard, le département de neurosciences voyait le jour.

Et c’est ainsi que l’établissement est aujourd’hui l’hôte d’un des plus grands centres de neurosciences au Canada et une destination de choix à l’échelle mondiale pour les neurosciences comportementales. Le centre attire aussi des chercheurs d’autres pays, comme Gerlinde Metz qui est venue d’Allemagne pour enseigner au Canadian Centre for Behavioural Neuroscience. Ses récents travaux ont démontré comment le stress vécu par les grands-parents et les arrière-grands-parents pouvait traverser les générations et affecter le comportement cognitif de leurs descendants. Le centre a aussi été le théâtre d’autres percées scientifiques, notamment sur les changements induits par l’exposition prénatale à l’alcool sur le développement du cerveau, ce qui entraîne des modifications cognitives ou comportementales à long terme.

Le centre abrite maintenant seize chercheurs et il a étendu ses activités pour mener des recherches aux applications plus humaines, plus cliniques. On procède actuellement à l’installation d’un système d’imagerie par résonance magnétique de pointe qui aidera les scientifiques à réaliser des recherches sur les lésions cérébrales, le vieillissement, les dépendances et les troubles de mémoire. Ce sera le quatrième agrandissement majeur du centre. Simultanément, la University of Lethbridge commencera la construction d’une nouvelle installation scientifique le 5 mai 2016. Dans ce bâtiment, le Canadian Centre for Behavioural Neuroscience aura accès à des espaces de laboratoire et de formation, et il collaborera avec des chercheurs en biochimie, en biologie et en physique.

Aujourd’hui, l’impulsion donnée par deux neuroscientifiques dans les années 1970 a aidé l’université à transformer son approche de la recherche. « On trouve maintenant plusieurs centres de recherche d’excellence autour de la University of Lethbridge, conclut Robert Sutherland. Mais il faut toujours quelqu’un pour amorcer le mouvement et tracer la voie. »