Fuels of the future?

Les carburants de l'avenir?

Deux ingénieurs de l'Université Ryerson font l'essai de biocarburants à base d'algues qui pourraient venir en aide à l'industrie aéronautique
21 octobre 2009
Kamran Behdinan (à gauche) et Zouheir
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Kamran Behdinan (à gauche) et Zouheir Fawaz (à droite) dans le centre FRAMES.
Université Ryerson

Conséquence de la récession, la chute de la demande dans le secteur du transport aérien pourrait être considérée, en fait, comme une « bénédiction verte ». C’est que, au chapitre des activités humaines ayant un impact sur les changements climatiques, la part de l’aviation atteint jusqu’à 9 %, estime la Fondation David Suzuki. Il faudrait donc un changement majeur dans ce secteur pour faire une grande différence.

La solution : remplacer le kérosène qui propulse actuellement les avions par un carburant écologique. Et c’est exactement sur cela que Zouheir Fawaz et Kamran Behdinan, professeurs à l’Université Ryerson, sont en train de travailler pour les appareils de nouvelle génération.

En collaboration avec des chercheurs de l’Inde et du Canada, les deux ingénieurs font l’essai de biocarburants à base d’algues qui, espèrent-ils, alimenteront les turbines à gaz des avions d’ici 2015.

« Le motoriste Pratt & Whitney Canada nous a confié le mandat de faire l’essai d’un nouveau carburant qui n’a jamais été utilisé avant, explique Zouheir Fawaz, fondateur du centre FRAME (Facility for Research on Aerospace Materials and Engineered Structures) de l’Université Ryerson. Pour vérifier s’il répond aux exigences en matière de sécurité, nous devons lui faire subir une série de tests. » Ce centre de pointe est doté d’une salle blanche où les matériaux peuvent être soumis à des essais à l’abri de toute contamination.

« La principale question est de savoir si les métaux et les plastiques qui entrent dans la fabrication des moteurs tiendront le coup en présence des biocarburants, explique-t-il. Nous surveillons l’apparition de toutes sortes de dégradations : corrosion, érosion, vieillissement prématuré, etc. »

C’est une annonce faite en 2008 par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international qui a inspiré la collaboration avec l’Inde : celui-ci soulignait des initiatives communes du Canada et de l’Inde de 17 M $ en science et technologie.

Les avions verts ont fait l’objet d’un partenariat auquel quelque 5 M $ ont été consacrés. L’Inde conçoit des échantillons de carburant et un réseau d’institutions canadiennes effectue des essais en situation réelle et des simulations informatisées.

« Compte tenu des applications commerciales en jeu, il est essentiel que nous procédions à cette recherche de manière efficace afin de permettre à nos partenaires de rentabiliser rapidement leurs investissements », explique Kamran Behdinan, directeur du département de génie aéronautique de l’Université Ryerson et de l’Institute for Aerospace Design and Innovation de cette université. Les principaux partenaires de ce projet sont l’Université Ryerson, le Conseil national de recherches du Canada, l’Université Laval, l’Université McGill, Pratt & Whitney Canada ainsi que la société indienne Infotech Enterprises Ltd.

Les essais impliquent le secouage, la cuisson et le trempage de 70 pièces d’avion différentes dans des biocarburants pendant une période pouvant aller jusqu’à un mois dans la plupart des cas. Les chercheurs font ensuite subir aux matériaux une batterie de tests pour déterminer si leurs propriétés mécaniques se sont dégradées au-delà de l’usure normale et de vérifier la présence d’autres signes de détérioration à l’aide d’un puissant microscope.

« Comme cette recherche sur les biocarburants n’est pas liée à un type particulier d’aéronef, affirme Zouheir Fawaz, elle présentera un fort potentiel de création d’emplois dans tous les secteurs de la communauté aéronautique lorsqu’elle sera terminée. »

« Le centre FRAMES est à la recherche de nouvelles installations dans le pays. Cette éventuelle expansion permettrait de tester des matériaux à des températures encore plus élevées », ajoute Kamran Behdinan.

« Autrement dit, conclut Zouheir Fawaz, cette recherche présente des avantages indéniables sur le plan commercial et environnemental. Et le Canada, qui a déjà plein d’idées, est prêt à mener le bal. »