People power

L'énergie humaine

Un nouveau dispositif de captage d’énergie produit de l’électricité à chacun de nos pas
21 janvier 2009
Alors que le monde moderne adopte des technologies plus écologiques visant à produire de l’énergie plus propre grâce au vent, au soleil et aux plantes, un scientifique de Vancouver a inventé un dispositif pouvant capter l’énergie sans doute la plus propre qui soit : la nôtre. Max Donelan, physiologiste en biomédecine à l’Université Simon Fraser, souhaite récupérer une partie de l’énergie que nous dépensons chaque jour simplement en marchant.
 

Produire de l’énergie propre en marchant ? Dans le contexte actuel de réchauffement planétaire, s’agirait-il de LA percée que le monde entier attendait ? Pas tout à fait, si l’on en croit M. Donelan.

« Il ne serait pas exact d’affirmer que cette invention aura une incidence directe sur les changements climatiques, dit-il. Elle réduira peut-être le nombre de piles jetables dans les sites d’enfouissement. Mais, en fait, la plus grande répercussion qu’elle entraînera sera d’ordre psychologique. Les gens auront une meilleure idée de ce qu’il faut pour produire 10 watts d’énergie. »

Professeur adjoint Max Donelan observe un sujet
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Professeur adjoint Max Donelan observe un sujet qui porte le Capteur
Image © Science

Le capteur d’énergie bionique (Bionic Power Energy Harvester), un appareil qui ressemble à une attelle pour genou, fait appel au principe de « freinage par récupération » qu’utilisent les voitures hybrides : (il s’agit en quelque sorte de la phase de freinage de la marche) et il se sert de celle-ci pour alimenter un appareil électronique. Une minute de marche pourrait générer environ 10 watts, ce qui représente assez d’énergie pour alimenter un téléphone cellulaire pendant environ une demi-heure.

Lors d’un récent forum organisé au centre-ville de Vancouver, Max Donelan, Scott Lear, kinésiologue, et Wolfgang Haider, spécialiste en parcs et loisirs, ont discuté des liens possibles entre obésité, exercice, régimes, réchauffement de la planète et politiques gouvernementales. Messieurs Lear et Haider prétendent tous deux que le dispositif de captage de M. Donelan offre de formidables occasions de dissiper certaines inquiétudes modernes.

« Le vélo est l’invention la plus ingénieuse qui soit, car il est entre trois et quatre fois plus rapide qu’un humain, affirme M. Haider. Le capteur d’énergie est d’une efficacité équivalente. »

Illustration du capteur d
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Illustration du capteur d'énergie bionique
Image © Science

« Notre instinct tend à nous éloigner des activités récréatives », ajoute M. Lear, un spécialiste de l’obésité. « Cet élément ne joue pas en notre faveur en ce qui a trait au changement climatique et à l’obésité. »

Monsieur Donelan affirme que malgré tout l’enthousiasme que suscite le capteur d’énergie, celui-ci ne peut être considéré comme un outil destiné à résoudre la crise énergétique mondiale. Lorsqu’on tient compte de la quantité d’énergie requise pour obtenir la nourriture nécessaire à la production de notre propre énergie ainsi que de la quantité d’énergie qu’il faut pour fabriquer le capteur, l’équation n’est pas nécessairement carboneutre. « Il existe des moyens de production d’électricité plus efficaces », insiste-t-il.

Cependant, cette invention peut être utilisée à d’autres fins concrètes, voire essentielles.

Plan serré du capteur d
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Plan serré du capteur d'énergie bionique
Image © Science

Yad Garcha, président-directeur général de Bionic Power Inc., une entreprise privée mettant au point le capteur d’énergie, est d’avis que ce dispositif pourrait devenir indispensable dans certains secteurs. « L’appareil sera utile à tous ceux qui dépendent essentiellement des systèmes d’alimentation portatifs », déclare-t-il.

En juin 2009, l’entreprise prévoit tester le capteur d’énergie auprès des militaires. Le dispositif pourrait en effet réduire la charge que doivent porter les soldats. Habituellement, ces derniers transportent jusqu’à 14 kg de piles jetables lors des missions situées loin de tout réseau électrique. Les premiers intervenants dans les zones sinistrées où il n’y a plus ou pas de courant électrique et les gens qui ont besoin d’électricité pour faire fonctionner leurs membres artificiels pourraient également avoir recours au capteur d’énergie.

Mais qu’en est-il des consommateurs ordinaires qui se préoccupent du réchauffement planétaire ? Ne pourraient-ils pas tous produire un peu d’énergie propre un pas à la fois pour la planète ? Monsieur Donelan affirme que cela se fera peut-être un jour, mais que pour le moment, il y a quand même moyen d’en faire davantage avec les ressources dont on dispose.

« L’essentiel est que les gens se rendent compte de la grande importance de l’énergie pour qu’ils en consomment moins, déclare M. Donelan. Le but n’est pas qu’ils deviennent eux-mêmes une source d’énergie. »