Faces of aggression

Le visage de l'agressivité

Les « hommes de main » de la LNH ont tendance à avoir le visage large. Mais l'agressivité d'une personne se mesure-t-elle à la largeur de son visage?
1 mars 2010
Ryan Delmonte (insérer), ex-capitaine de
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Ryan Delmonte (insérer), ex-capitaine de l'équipe de hockey de l'Université Brock; illustration des mesures utilisées pour calculer le ratio largeur-hauteur du visage.
Cheryl McCormick

Même si les noms de Todd Bertuzzi et Chris Neil, des « hommes de main » de la LNH, ne vous disent rien, en voyant ces joueurs, vous aurez vite fait de comprendre qu’il vaudrait mieux ne pas vous mettre en travers de leur chemin. Et pas seulement en raison de leur taille. Les joueurs dont le rôle est d’intimider les membres de l’équipe adverse ont tendance à avoir le visage large, ce qui serait caractéristique d’une nature agressive, selon une étude de Cheryl McCormick, de l’Université Brock.

« En une fraction de seconde, il est possible d’évaluer assez précisément le niveau d’agressivité d’une personne », a déclaré Cheryl McCormick, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience du comportement et professeure au centre de neuroscience ainsi qu’au département de psychologie de l’Université Brock. « Peut-être que le fait de savoir qui affronter et qui éviter nous indique la réaction à adopter : l’attaque ou la fuite ? C’est vraisemblablement encore plus significatif lors de rencontres avec des étrangers. Quoi qu’il en soit, cette découverte nous a beaucoup surpris. »

Cheryl McCormick et Justin Carré, étudiant de deuxième cycle sous sa supervision, se sont intéressés à la corrélation entre la forme du visage et l’agressivité après avoir pris connaissance d’une étude britannique démontrant que le visage de l’homme est plus large par rapport à sa hauteur que celui de la femme. La corrélation ne s’établit cependant qu’après la puberté, ce qui suggère que la testostérone est en cause, selon les deux scientifiques.

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« Nous ne nous expliquons pas entièrement le lien entre la structure du visage, l’agressivité et la testostérone, a ajouté Cheryl McCormick, mais nous savons que la testostérone modifie la forme du visage. » Il a également été démontré que la testostérone joue un rôle dans le processus de valorisation d’une expérience ou d’un comportement. Par conséquent, l’équipe s’est rendu compte que des adolescents recevant des doses de testostérone plus importantes, rendant leur visage plus large et les faisant agir plus agressivement, seraient plus susceptibles d’avoir des comportements brusques une fois parvenus à l’âge adulte.

Pour évaluer leur théorie, Cheryl McCormick et Justin Carré ont mesuré le faciès des membres de l’équipe de hockey de l’Université Brock et ont analysé les données obtenues en les mettant en parallèle avec les minutes de pénalité imposées à chacun. Ils ont ensuite répété l’exercice avec les membres de six équipes canadiennes de la LNH. Dans les deux cas, selon la chercheuse, une forte corrélation est apparue.

Pour approfondir ses recherches, Cheryl McCormick a ensuite fait équipe avec Cathy Mondloch, une collègue de l’Université Brock spécialisée dans la perception faciale. Dans le but de déterminer si l’individu moyen ferait le lien entre la largeur du visage et le degré d’agressivité, elles ont pris les photos d’hommes blancs, ont mesuré leurs proportions faciales et ont testé leur propension à l’agressivité. Elles ont ensuite montré chaque photo à un certain nombre de personnes pendant 39 millisecondes et leur ont demandé d’évaluer le degré d’agressivité de chaque homme, sur une échelle de 1 à 7. Elles se sont aperçues que les répondants avaient très bien identifié les hommes agressifs et qu’ils l’avaient fait très rapidement. L’équipe a également mené de nombreuses autres expériences qui ont confirmé que la largeur du visage – et pas un autre trait facial ou une autre expression du visage – était l’aspect le plus révélateur : une figure plus large par rapport à sa hauteur est plus susceptible de traduire une nature agressive.

Justin Carré, démontre qu
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Justin Carré, démontre qu'une expression faciale de colère réduit la hauteur du visage. Cela pourrait expliquer pourquoi les visages qui ont un ratio largeur-hauteur plus élevé (troisième photo) sont perçus comme plus agressifs.
Cheryl McCormick

« Nous n’avions pas prévu que la corrélation serait établie aussi clairement », a indiqué Cheryl McCormick.

Cathy Mondloch et Cheryl McCormick souhaitent maintenant élargir leur recherche pour y inclure d’autres groupes ethniques, conjointement avec le professeur Kang Lee, de l’Université de Toronto, et ses collègues chinois. Ensemble, ils tenteront de déterminer si la corrélation entre le ratio largeur-hauteur du visage et la tendance à l’agressivité se confirme chez toutes les races et s’il est possible de détecter l’agressivité avec précision en regardant le visage des personnes d’autres races. Les recherches de Cheryl McCormick porteront également sur l’âge auquel l’agressivité commence à se lire sur le visage.

Mais ne vous attendez pas à voir des dépisteurs de hockey mesurer le visage des jeunes joueurs de la ligue junior A, a déclaré Cheryl McCormick. « C’est une mesure trop imprécise pour être utilisée de cette façon », a-t-elle dit.

Les résultats de cette étude suggèrent plutôt que nous pouvons suivre notre instinct. « Nous sommes enclins à porter un jugement rapidement, a poursuivi la chercheuse. Et certaines de nos perceptions sont très justes. Je trouve intéressant que nous soyons si différents de nos ancêtres, mais que les facteurs qui nous façonnent psychologiquement soient toujours les mêmes aujourd’hui. »