Striking the right immune balance

Le système immunitaire, une question d’équilibre

Pourquoi certaines personnes résistent-elles au VIH alors que d’autres y succombent rapidement? Des chercheurs étudient des populations au Kenya et au Manitoba dans l’espoir d’éclaircir bientôt ses questions et de parvenir un jour à mettre au point un vaccin efficace
30 novembre 2012

Depuis près d’un quart de siècle, le microbiologiste Keith Fowke fait partie d’une équipe d’infectiologues de l’Université du Manitoba qui étudie une étrange anomalie associée au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) à l’origine du SIDA. Comment expliquer que certaines travailleuses du sexe à Nairobi, au Kenya, malgré une forte exposition au VIH, ne deviennent pas infectées par le virus?

Plus récemment, le Dr Fowke s’est penché sur la même question plus près de chez lui. Dans une étude publiée cette année, ses collègues et lui ont examiné des patients manitobains séropositifs qui, parce qu’ils présentaient une réponse immunitaire similaire à celle des travailleuses du sexe de Nairobi, n’avaient pas besoin de prendre des antiviraux. On considère ces patients comme des « contrôleurs d’élite » de la maladie.

Le Dr Fowke s’intéresse maintenant à un troisième groupe de sujets qui représentent l’autre pôle du spectre du VIH. Ce sont des sans-abris et des gens de la rue de Winnipeg qui inhalent des solvants et sont atteints d’une forme exceptionnellement rapide du VIH – susceptible d’entraîner en quelques mois un total effondrement du système immunitaire.

Les travaux du Dr Fowke cherchent à établir la corrélation entre le VIH et les lymphocytes T-CD4 – un type de globule blanc qui régule le système immunitaire de l’organisme pour ces trois groupes.

Le VIH infecte principalement les cellules CD4. Ces cellules sont celles que les virus, les bactéries ou les champignons activent ou « stimulent » généralement lorsqu’ils pénètrent dans l’organisme. Une fois activées, les cellules CD4 sont plus sensibles au VIH, qui finit par les détruire et déclenche la suite de processus qui favorisera la propagation de l’infection par le VIH à la grandeur de l’organisme.

« Une constante observée chez les travailleuses du sexe est l’inactivation ou la faible activation du système immunitaire, indique le Dr Fowke. « Il est, au contraire, très calme et au repos. Il est donc très difficile pour le VIH d’y trouver un premier point d’ancrage. »

Le Dr Fowke, qui appelle ce phénomène la « quiescence immunitaire », dit avoir noté la même résistance chez les contrôleurs d’élite manitobains. Même s’ils sont infectés par le VIH, ces sujets n’ont pas besoin d’avoir recours à la thérapie médicamenteuse habituelle puisque leur système immunitaire contrôle la charge virale.

Ces patients présentaient eux aussi un système immunitaire calme et non activé. « Ils parvenaient à combattre le VIH quand il le fallait, ajoute-t-il. Ainsi, le VIH ne pouvait compter sur un nombre accru de ces usines activées pour infecter les cellules et s’y reproduire.

En revanche, si la maladie progresse rapidement chez les utilisateurs de solvants que l’équipe du Dr Fowke étudie depuis peu, c’est probablement parce que leur système immunitaire est suractivé par leur toxicomanie. Les solvants comme les colles et les vernis sont extrêmement volatils et ils peuvent endommager les tissus et causer de l’inflammation – des conditions qui entraînent l’augmentation de ces cellules cibles activées auxquelles s’attaque le VIH.

« Nous espérons que nos travaux nous permettront de mettre au point un vaccin ou un traitement capable de reproduire la réponse immunitaire observée chez les Kényanes résistantes au VIH et chez nos contrôleurs d’élite au Manitoba », poursuit le Dr Fowke.

Cette tâche s’annonce toutefois difficile. Le Dr Fowke souligne que le système immunitaire chez l’humain est un « jeu d’équilibre complexe fondé sur de multiples interconnexions. » Si le système immunitaire n’est pas suffisamment activé, les humains peuvent être vulnérables à l’infection, mais s’il l’est trop, il peut ouvrir la voie au VIH.

« Il s’agit d’une toute nouvelle piste d’exploration », mais nous devons très certainement tenter de trouver ce juste équilibre. »