The STEALTH advantage

Le STEALTH, un atout de poids

La technologie des satellites offre un avantage compétitif à l'Équipe canadienne de ski alpin
17 février 2010
1.	Un skieur fixe son équipement STEALTH avant
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1. Un skieur fixe son équipement STEALTH avant une descente d'essai.
Gérard Lachapelle

Une descente de ski olympique dure, en moyenne, entre 90 et 110 secondes. Pendant leur descente, les skieurs peuvent atteindre des vitesses de pointe de 130 kilomètres à l’heure. L’écart entre une médaille d’or et une dixième place au classement se mesure souvent en centièmes de seconde. Comme le résume si bien Gérard Lachapelle, professeur en génie géomatique à l’Université de Calgary : « C’est dément! »

Le professeur est bien placé pour le savoir. En 2006, l’Équipe canadienne de ski alpin a fait appel à lui et à ses collègues du groupe PLAN – acronyme de Position, Location and Navigation – à la Schulich School of Engineering. L’objectif : mettre au point de nouvelles technologies susceptibles d’aider les athlètes s’entraînant pour les Jeux olympiques d’hiver de 2010. C’est ainsi que le STEALTH, le Sensor for the Training of Elite Athletes, a vu le jour. Il s’agit d’un appareil ultraléger et ultraprécis qui, grâce à l’information recueillie au moyen des signaux de géolocalisation et de navigation par un système de satellites (GNSS), permet aux skieurs canadiens de rogner de précieuses fractions de seconde à leurs descentes.

L’enregistrement et l’analyse des données lors des descentes d’entraînement de ski de compétition impliquent deux défis de taille que le STEALTH, premier appareil en son genre dans le monde, a pu relever. Tout d’abord, l’appareil devait être suffisamment petit et léger pour ne pas nuire à la performance. Il devait aussi pouvoir fonctionner dans un environnement où la configuration des pistes bloque souvent les signaux des satellites.

Le capteur mis au point est composé d’une unité de contrôle pesant moins de 280 grammes, que le skieur porte à la ceinture, et d’antennes GNSS de moins de 150 grammes, fixées à son casque. Pour atténuer de possibles interférences de signaux sur les pentes, le STEALTH a été conçu pour accéder à la fois au système de positionnement global (GPS) américain, basé dans l’espace, et à sa contrepartie russe, le GLONASS.

Habituellement, les descentes d’entraînement sont enregistrées sur bande vidéo et un système de chronométrage, installé à certains endroits le long du trajet, évalue la progression du skieur. Le principal avantage du STEALTH, indique Gérard Lachapelle, c’est que pendant toute la durée de la descente, il mesure continuellement un éventail de facteurs, tels que la position, la vitesse et l’accélération. Il peut également suivre la façon dont un skieur aborde un virage particulier ou en sort, comment l’athlète manœuvre sur la piste et il peut suggérer des modifications pour maximiser sa vitesse.

Le STEALTH peut aussi servir à tester l’équipement de ski. « Vous pouvez avoir deux paires de skis du même modèle et du même fabricant et ils se comporteront différemment en fonction de facteurs tels que l’humidité ou la température, explique le professeur. Voilà pourquoi l’équipement doit être constamment testé et comparé. Grâce à cet appareil, vous n’avez pas à effectuer autant de descentes d’essai pour déterminer quels skis conviennent le mieux à des conditions particulières de glisse. »

L’entraîneur de l’Équipe canadienne de ski alpin, James Perks, avoue que certains athlètes étaient réticents, au début, à utiliser le STEALTH, parce qu’ils ne voulaient pas ajouter de pièce à leur équipement. « Mais quand ils ont vu la quantité et la qualité des renseignements qu’il pouvait fournir, ils ont rapidement changé leur fusil d’épaule. »

De façon générale, le STEALTH permettrait de gagner un ou deux centièmes de seconde dans une descente moyenne. « Pour nous, un centième de seconde, c’est énorme, ajoute l’entraîneur. C’est vraiment un atout de poids pour notre équipe. »

Après les Olympiques, les chercheurs se pencheront sur d’autres applications du STEALTH. « Il pourrait être intéressant pour tout autre sport extérieur, où le temps et la position ont de l’importance, explique l’ingénieur. Par exemple, un de nos étudiants a déjà testé une version de l’appareil chez des coureurs de marathon en vue de mesurer l’impact de la fatigue. »

L’appareil pourrait même servir à des secteurs qui n’ont rien à voir avec le monde des sports. Le chercheur souligne que les militaires et les agriculteurs utilisent beaucoup les systèmes GPS et qu’une version portable telle que le STEALTH pourrait leur être précieuse. « En ce qui concerne cette technologie, notre travail auprès de l’Équipe canadienne de ski alpin n’est vraiment qu’un début. »