Salt of the earth

Le sel de la terre

Une élève déterminée de l'Île du Prince Édouard entreprend une recherche sur le système d'approvisionnement en eau de l'Île
2 mars 2003

En apprenant que l'eau du puits de son voisin était contaminée, Brianne Lewis était convaincue d'être tombée sur une histoire salée.

Il s'avère que c'était le sel de voirie qui contaminait le puits de son voisin, c'est à dire le même sel utilisé en hiver sur les routes de l'Île du Prince Édouard pour faire fondre la glace et éviter la conduite dangereuse. Tout en étant nécessaire pour améliorer la sécurité du public, le sel représentait un danger méconnu pour la santé de bon nombre des résidents de l'Île. C'est alors que Brianne, jeune femme âgée de 15 ans, a commencé à s'inquiéter. La jeune élève de dixième année de la petite municipalité de Marshfield, près de Charlottetown, a vite réalisé que le sel de voirie pouvait s'infiltrer dans la terre et représenter une menace environnementale importante - surtout dans une île qui ne peut compter que sur l'eau souterraine pour étancher sa soif. Il n'en fallu pas plus pour qu'elle décide d'agir.

« L'Île du Prince Édouard a un système aquifère unique », a expliqué Brianne. « Il est interrelié d'un bout à l'autre de l'Île. Parce que nous n'avons pas d'autre source d'eau potable, il est particulièrement important de régler le problème afin d'éviter qu'il ne s'étende à l'ensemble de l'Île. »

Il y avait des gens qui ne voyaient pas la situation comme Brianne. Certaines personnes avaient des doutes et d'autres voulaient des preuves. « Les gens n'étaient pas vraiment au courant que ce problème existait à l'Î. P. É. ». Brianne se souvient qu'au début, les représentants du gouvernement lui ont dit que la contamination par le sel de voirie est une chose extrêmement rare.

Comment Brianne allait-elle réussir à convaincre tous les sceptiques? Elle leur fournirait les preuves demandées en combinant une approche scientifique structurée et un peu de bon vieux travail sur le terrain. Elle commença par choisir quelques maisons de la région de Marshfield et par recueillir des échantillons de leur eau. Ensuite, elle s'est rendue dans un vrai laboratoire pour vérifier la salinité des échantillons. Elle découvrit qu'un peu moins de la moitié des 41 échantillons qu'elle avait recueillis des puits contenaient plus de 20 milligrammes de sodium par litre, soit le niveau auquel il est suggéré localement d'aviser un médecin de l'état de l'eau potable. Cet avertissement, dit-elle, découle des risques tels que l'hypertension artérielle et les problèmes cardiaques associés à une consommation excessive de sel.

Mais, le pire était encore à venir. Lorsque pour un projet semblable l'année suivante, elle répéta sa recherche, elle fut encore plus surprise des résultats. Cette fois, le taux moyen de sodium dans les échantillons d'eau dépassait 49 milligrammes par litre et les échantillons de trois puits différents dépassaient la limite fédérale de 250 milligrammes par litre. Brianne apprit, par la suite, que les propriétaires des trois puits pourraient les faire remplacer aux frais du gouvernement.

Brianne avait enfin réussi à convaincre toutes les personnes concernées que le sel de voirie contaminait régulièrement l'eau des puits à l'Île du Prince Édouard. En plus, en cours de route, son travail détaillé et diligent lui avait mérité les éloges de ses voisins et un peu d'attention du monde extérieur. En mai 2001, elle a reçu une médaille de bronze dans la catégorie junior de la division Sciences de la terre et de l'environnement à l'Expo-sciences pancanadienne à Kingston, en Ontario, le championnat national de la Fondation Sciences Jeunesse Canada. Elle a également reçu une bourse de 2 000 $ de l'Université de Western Ontario et le prix Merck Frosst d'une valeur de 500 $ pour un projet en santé humaine. Elle a réussi encore mieux à l'Expo-sciences pancanadienne de 2002 à Saskatoon, en Saskatchewan, en remportant une médaille d'argent dans la division sciences environnementales et de la terre.

À l'avenir, Brianne dit qu'elle veut passer d'un projet « salé » à un autre. Cette fois, elle aimerait étudier l'impact du sel contenu dans l'eau sur la santé des humains et des animaux, domaine que les chercheurs n'ont pas suffisamment exploré à son avis.