Wishing well

Le puit aux voeux

L'eau potable, un village à la fois
1 mars 2006
 

Le temps de lire cette phrase, des gens meurent faute d’avoir accès à de l’eau potable. Nous sommes chanceux au Canada. Nous en avons à volonté : pour boire, nous brosser les dents, arroser nos jardins, laver nos vêtements et même nos voitures. Nos toilettes fonctionnent à l’eau et nous nous lavons les mains pour prévenir les infections. Parfois, nous arrosons nos pelouses pour qu’elles restent vertes.

Le portrait est bien différent sur l’ensemble de la planète. Une personne sur six n’a pas accès à l’eau potable. Chaque jour, 6 000 enfants meurent de maladies propagées par l’eau. C’est l’équivalent de 20 avions gros porteurs qui s’écraseraient, chaque jour de l’année! Et on parle ici seulement des enfants.

Trop peu de choses se font malgré toute la bonne volonté exprimée. Il est impensable que tant de gens meurent parce qu’ils manquent d’un élément essentiel à la vie, l’eau potable. Je veux contribuer à changer cela, et je voudrais que tous nous fassions notre part. C’est mon enseignante de première année, Mme Prest, qui en 1998 a éveillé en moi le désir de vouloir aider. C’était un simple message que j’ai essayé de transmettre à d’autres. Les choses ont pris une ampleur qui m’étonne encore aujourd’hui.

J’ai passé plus de la moitié de ma vie à travailler sur ce problème. En 2001, j’ai aidé à mettre sur pied la Fondation Ryan’s Well, qui s’est donné pour mission de bâtir, d’éduquer et de motiver. Nous recueillons des fonds pour réaliser des projets d’aqueduc et d’hygiène dans des pays en développement. Parfois, il s’agit d’un puits ailleurs, il vaut mieux aménager une source protégée ou un réservoir qui capte l’eau de pluie. Nous avons exécuté 196 projets depuis 1998, avec des partenaires formidables comme Rotary, Free the Children, Canadian Physicians for Aid and Relief et le Ruhinda Women’s Group d’Ouganda.

Nous travaillons toujours en partenariat avec les communautés locales. Nous éduquons les gens quant à la nécessité d’une eau salubre et d’une bonne hygiène et, surtout dans les pays en développement, quant à l’importance de l’eau comme source de vie.

Mais ce que nous faisons de plus important, c’est de motiver les gens. Nous parlons toujours du rôle que chaque personne doit jouer, peu importe qui elle est ou quel âge elle a, pour faire un monde meilleur.

Bâtir, éduquer, motiver. Voilà ce que nous faisons à Ryan’s Well.

 

Mon message à moi est bien simple. Faire preuve de gentillesse et de compassion. Avoir le souci des autres et du partage. S’engager dans son milieu et dans son monde.

Pour réussir, nous devons être plus nombreux à croire à un avenir meilleur, puis travailler de toutes nos forces à le faire arriver. Donnons l’exemple à nos parents, nos enfants, nos professeurs, nos amis. Rappelons aux dirigeants mondiaux qu’ils ont promis de donner 0,7% du produit intérieur brut (PIB) de leur pays pour aider les pays en développement. Ils sont encore loin du compte!

Tout le monde met l’épaule à la roue. En l’espace de huit ans, la Fondation a amassé plus d’un million de dollars et apporté l’eau potable et des installations sanitaires à plus de 350 000 personnes dans 10 pays. Pas mal pour un organisme qui n’a aucun employé à plein temps! Chaque mois, des gens de plus de 90 pays visitent notre site Internet. Nous recevons des courriels d’encouragement, des offres de traduction pour que notre message puisse rejoindre plus de monde... Les gens se préoccupent vraiment de la santé de la planète. En unissant nos forces, nous changerons bien des choses.

Comme dit mon ami Craig Kielburger, nous devons transformer la mentalité fondamentale, la faire passer du « moi » au « nous », si nous voulons atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement et nous donner une chance de vivre en paix.

Je ne suis plus aussi naïf qu’à l’âge de six ans. Je sais bien maintenant qu’on n’apportera pas de changements bénéfiques à moins de travailler ensemble à résoudre les nombreux problèmes de la terre : les gouvernements... les organismes... les gens, tous doivent collaborer.

Les problèmes ne manquent pas. Nous ne pouvons pas les régler tous, mais nous pouvons au moins en choisir un. Même en se limitant à celui de l’eau, on constate que les enjeux sont nombreux. Les fermiers ont besoin d’aide pour produire plus d’aliments, irriguer les champs, combattre la sécheresse et les grandes catastrophes comme les tsunamis, les inondations, les ouragans. Et les problèmes environnementaux comme la pollution de l’air et de l’eau nous touchent tous, peu importe où nous vivons.

Il y a quelques années, mon ami Jean-Michel Cousteau explorait une région isolée du Pacifique, dans les parages d’Hawaii. Il a trouvé des tas de filets de pêche, des bouteilles par milliers, des tonnes de plastiques, des ailes d’avion, même une bombe en état d’exploser! Des déchets provenant de plus de 50 pays! Son histoire m’a vraiment fait peur.

 

Si nous ne faisons pas quelque chose bientôt pour régler nos problèmes d’eau, la terre sera en grande difficulté. Sans arrêt, nos océans, nos fleuves et nos rivières reçoivent les déchets de gens qui ont complètement oublié qu’un jour, leurs enfants, leurs petits-enfants et leurs arrière-petits-enfants hériteront de cette planète dans l’état où nous l’aurons tous laissée.

Je termine avec une histoire que je tiens de Graham Kerr, que les adultes ont peut-être connu sous le nom de « Galloping Gourmet ». Quand j’avais huit ans, Graham m’a invité à son émission de télévision. Juste avant d’entrer en ondes, il m’a raconté son histoire. Dans la vie, disait-il, chacun a une tasse et une soucoupe. Pendant la majeure partie de sa vie à lui, sa tasse débordait dans sa soucoupe. Autrement dit, il avait bien plus que le nécessaire pour être heureux. Or, il continuait de reverser sa soucoupe dans sa tasse jusqu’à ce qu’un beau jour il découvre, après bien des années de réflexion, qu’il valait mieux le faire dans la tasse d’un autre. Il a changé sa façon de penser et est devenu beaucoup plus heureux. Rappelez-vous toujours que si votre tasse déborde, il vaut mieux en verser dans celle d’un autre.

Nous sommes déjà plus qu’à mi-chemin de la première décennie du nouveau millénaire. Les scientifiques et les économistes nous ont assuré que nous avions le pouvoir de mettre fin à la pauvreté et à la soif dans le monde. Mais en avons-nous la volonté?

Plus d’adultes doivent commencer à prendre les jeunes au sérieux. Nous sommes l’avenir, mais aussi le présent. Jeunes et adultes doivent travailler ensemble. C’est vraiment difficile de faire bouger les choses. Rien ne change du jour au lendemain, mais c’est encore en travaillant tous ensemble qu’on a le plus de chances d’y arriver. Partageons le contenu de nos tasses, parce que nous sommes tous liés les uns aux autres, et que le monde compte sur nous.

Le changement n’est pas facile mais il est possible. Quel que soit votre âge et d’où que vous soyez, croyez toujours à vos rêves et en votre pouvoir de les réaliser. Après tout, si un enfant de six ans peut convaincre les gens de fournir de l’eau à 350 000 personnes dans 10 pays en développement, imaginez ce que vous pouvez faire!

Je prie chaque soir pour que ma famille, et toutes les familles du monde, aient de l’eau potable. J’espère sincèrement que mes voeux se réaliseront un jour, et je vous en souhaite autant.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.

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