Project UFO

Le projet UFO

Une chercheuse de l'Université du Cap-Breton s'efforce de protéger les écosystèmes canadiens contre les espèces envahissantes
8 septembre 2010
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L'envahisseur le plus récent en Ontario, la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), est particulièrement dangereux, en raison de sa sève toxique, qui provoque de douloureuses ampoules et des cicatrices durables.

La berce du Caucase est l’une des espèces envahissantes les plus nuisibles qui soient. En effet, cette plante se répand rapidement, atteignant parfois sept mètres de haut, et se défend en propageant une sève toxique – mélange gluant qui provoque de douloureuses ampoules demeurant des semaines sur la peau, ainsi que des cicatrices violettes restant parfois visibles pendant des années. Le contact avec la berce du Caucase peut mener à l’hospitalisation, et même provoquer la cécité. C’est une plante néfaste.

Cette plante particulièrement néfaste n’est que l’un des nombreux envahisseurs insidieux qui tentent de s’installer dans l’est du Canada depuis maintenant quelques années : fourmis de feu venimeuses qui infestent les pelouses urbaines, nématodes parasites implantés dans la vessie natatoire des anguilles, pouvant décimer la population entière de cette espèce sur la Côte-Est. Nombreux sont les envahisseurs malveillants présents dans la région ou en voie d’apparition, tels que caprelle, crabe vert européen, salicaire pourpre, ascidie jaune, algue Didymo, etc..

Une scientifique de l’Université du Cap-Breton a décidé de contre-attaquer à l’aide d’un programme favorisant la vigilance du public. Le projet UFO (organismes étrangers non identifiés) a été conçu par Martha Jones, biologiste spécialiste des effets des problèmes écologiques sur les animaux marins. La chercheuse est arrivée à l’Université du Cap-Breton il y a sept ans pour y étudier les tristement célèbres étangs de goudron de Sydney, où s’entassent des déchets toxiques hérités de l’époque où la ville était un centre de l’acier.

« Ces recherches m’ont aidée à mieux comprendre les effets des activités humaines sur un écosystème », explique-t-elle.

Ce projet l’a amenée à s’intéresser aux espèces non indigènes – une préoccupation écologique majeure dont la couverture médiatique est selon elle largement insuffisante. C’est ainsi qu’elle a lancé le projet UFO en 2008 afin d’informer le public du problème, à l’aide d’outils de sensibilisation tels qu’un site Web et une page Twitter. Elle assure en outre la promotion du projet lors de conférences et d’entretiens auprès des médias.

Issue de nombreuses régions européennes et
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Issue de nombreuses régions européennes et d'Asie centrale, la coccinella septempunctata a été introduite en Amérique du Nord entre 1956 et 1971, pour lutter contre les pucerons. Elle est devenue depuis une espèce parasite.

Le premier objectif de Martha Jones est d’inculquer quelques concepts biologiques de base au public. « Si l’on veut que les citoyens puissent repérer les espèces étrangères, ils doivent d’abord connaître les espèces indigènes. »

Le projet UFO encourage les gens à repérer et à signaler la présence d’espèces étrangères. Il leur apprend en outre à ne pas aggraver eux-mêmes le problème. En effet, le rituel des enfants consistant à capturer des têtards, des écrevisses ou des cyprins, pour les relâcher ensuite dans différentes voies d’eau, peut avoir des conséquences désastreuses sur un écosystème. D’autres pratiques sont également en cause : négliger de sécher ses articles de pêche avant de se diriger vers de nouveaux cours d’eau, par exemple. La berce du Caucase possède une beauté trompeuse qui lui a permis de s’établir au Canada en passant pour une fleur de jardin inoffensive. Certaines espèces envahissantes font partie du paysage nord-américain depuis si longtemps – la coccinella septempunctata et la pervenche mineure, par exemple – que la plupart des gens ignorent qu’elles sont d’origine européenne.

« Il n’existe actuellement aucune politique provinciale régissant le traitement des espèces envahissantes en Nouvelle-Écosse, note Martha Jones. La réglementation est morcelée. Il nous faut une stratégie pour régler ce problème dans notre région. »

À l’heure actuelle, la meilleure ligne de défense contre les envahisseurs semble être le public. La biologiste estime que les enfants jouent un rôle particulièrement important dans ce combat. Le logo distinctif du projet UFO – un crabe qui pilote une soucoupe volante – s’adresse avant tout aux jeunes. Martha Jones et ses collègues développent présentement un cursus pédagogique sur le projet UFO, à l’intention des élèves de sixième année en Nouvelle-Écosse.

« Il faut avouer qu’il est difficile de générer un intérêt chez les adultes pour ce type de projet, explique la scientifique. Il est bien plus facile d’impliquer les enfants. C’est d’ailleurs comme cela qu’a commencé le mouvement du recyclage : les enfants apprenaient à recycler des matériaux à l’école, puis revenaient à la maison et montraient à leurs parents comment faire. Nous pensons pouvoir appliquer ce modèle au problème des espèces envahissantes. »