Talking Fish

Le poisson à la table de discussion

5 novembre 2010
C
Zoom

C'est grâce à la visualisation 3D que ses visiteurs, dont des politiciens, peuvent naviguer virtuellement dans différents environnements subaquatiques et observer les effets de leurs décisions sur les espèces et les populations de poissons.
Sherman Lai

Lorsqu’un moratoire sur la pêche à la morue de l’Atlantique a été décrété en 1992, les politiciens et les pêcheurs étaient convaincus qu’après 10 ans, les stocks de poisson se reconstitueraient et que la morue retournerait en abondance à Terre-Neuve. Or, près de 20 ans plus tard, les stocks demeurent faibles et les chercheurs tentent toujours d’en comprendre les causes.

La saga de la morue est un exemple parmi tant d’autres qui illustre comment la modélisation des écosystèmes ne cesse de s’améliorer alors que la gestion des espèces ne répond pas aux besoins. Devant cette dichotomie, Villy Christensen, biologiste des pêches au Fisheries Centre de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), a cherché une solution à l’extérieur de sa faculté. Il s’est associé à Kellogg Booth, spécialiste des interactions personne-machine à l’Institute for Computing, Information and Cognitive Systems de l’UBC. Les deux hommes ont constaté que si les chercheurs ont l’habitude d’interpréter des graphiques et des données, ce n’est généralement pas le cas des politiciens, des gestionnaires des pêches et du grand public.

« Les chercheurs parlent un même langage, explique Booth. Toutefois, quand ils s’adressent à quelqu’un qui ne fait pas partie de la communauté scientifique, ils doivent présenter les choses autrement s’ils veulent être compris. » L’équipe a déterminé qu’il fallait mettre au point un outil de communication – une sorte de traducteur – pour faciliter les échanges entre scientifiques et intervenants. « Toutes les décisions de gestion sont sociales et politiques, indique Christensen. Chacun doit donc comprendre les enjeux ainsi que les concessions proposées par d’autres intervenants. Et, pour véritablement comprendre ces compromis, on doit être capable de les visualiser. »

L’équipe de Christensen s’est donc servi de données de modélisation des écosystèmes recueillies sur une période de 50 ans pour mettre au point un logiciel interactif et animé qui produit des scénarios de simulation. Ce logiciel permet aux décideurs de voir en temps réel les résultats de leurs choix virtuels.

Mais ce n’est pas tout. Christensen et ses collègues ont aussi conçu et construit un laboratoire de simulation à l’Aquatic Ecosystems Research Laboratory de l’UBC afin que le logiciel puisse être utilisé dans des réunions de gestion. Depuis la configuration de la salle de réunion jusqu’à la taille des écrans intégrés en passant par la couleur de la peinture, chaque détail a été rigoureusement vérifié pour faire du laboratoire un environnement propice à la prise de décisions.

Le laboratoire, qui a ouvert ses portes en mars 2006, a permis de développer une nouvelle approche à la gestion des pêches. On mise donc davantage sur la participation active des décideurs et autres intervenants dans la mise en oeuvres et à l’essai de scénarios – à la fois nouveaux et prometteurs.