Turf war

Le gazon en plaques sous la loupe

Des chercheurs du Olds College se penchent sur des moyens de lutter contre l'impact du froid et de la circulation sur le gazon en plaques des Prairies
1 juillet 2005

Les spectateurs retiennent leur souffle, le golfeur se prépare à effectuer le coup roulé qui pourrait lui faire gagner le tournoi. La balle roule vers le trou… elle y est presque mais... que se passe-t-il? Soudain, elle bifurque à gauche, à cause d’une plaque de gazon endommagée sur le vert. Le coupable? Le stress des plantes dû au froid!

Bien sûr, le stress des plantes dû au froid n’a pas toujours des conséquences aussi spectaculaires, mais il est quand même un sujet de préoccupation dans les Prairies, où la saison du plein air est courte. Cela signifie entre autres que le gazon en plaques, en plus de subir les affres des longs hivers, doit résister à une utilisation intensive au cours des périodes chaudes. Les effets sont visibles partout : dans les parcs, les cours d’école, les terrains de jeux, les jardins, les terrains de sport et au cœur même de ce qui est la quintessence du terrain gazonné : le parcours de golf.

Au laboratoire de physiologie du stress des plantes du Olds College School of Innovation (OCSI), les chercheurs s’activent à évaluer les stress qui affectent les plantes dans le climat très particulier – et les hivers extrêmement rigoureux – des Prairies canadiennes. Avant l’ouverture du laboratoire, il n’existait même pas de modèle adéquat du stress des plantes pour l’industrie du gazon en plaques. Les recherches menées au laboratoire visent à améliorer et à conserver le gazon en plaques dans les Prairies en vue de donner aux gestionnaires de cette industrie les connaissances et les outils qui leur permettront de mieux gérer le stress que subissent les plantes au cours de l’hiver et durant leur brève saison de croissance.

« Le stress dû au froid est très problématique pour le gazon en plaques, indique Dr Darrell Tompkins, directeur de la recherche au Prairie Turf grass Research Centre (PTRC) du Olds College. Comme certaines espèces ne survivent pas à l’hiver, nous menons des recherches sur les effets de certains facteurs, comme la couverture de glace et la température. »

Depuis 1989, Darrell Tompkins et ses collègues chercheurs se penchent sur des moyens de combattre la destruction par l’hiver et de cultiver un meilleur gazon en plaques, plus tolérant à l’usure et à la détérioration ainsi qu’aux températures froides. Grâce à la création du laboratoire, en 2001, ils peuvent maintenant pousser plus loin leurs recherches afin de compléter les études sur le terrain.

« Comme la circulation dans les zones urbaines — les parcs et les terrains récréatifs — s’est accrue considérablement, le gazon en plaques est souvent surutilisé, fait valoir Jim Ross, directeur administratif du PTRC. Un gazon surutilisé résiste difficilement à l’hiver et au printemps. Comme il ne repousse pas, nous devons le remplacer, ce qui coûte assez cher. Nous voulons donc faire en sorte qu’il survive à la saison froide. »

Un autre important volet du laboratoire de physiologie du stress des plantes est la recherche multidisciplinaire. « Au cours des trois dernières années, nous avons mené des recherches dans le domaine de la culture tissulaire, explique Dr Abimbola Abiola, responsable scientifique et directeur de la recherche à l’OCSI. Nous avons utilisé une partie de notre matériel de laboratoire pour l’incubation et la culture de pommes de terre pour nos partenaires de l’industrie. Notre laboratoire a également servi à former du personnel hautement qualifié, plus particulièrement en culture tissulaire. » Les étudiants au programme de sciences appliquées utilisent aussi le laboratoire pour leurs propres projets de recherche.

Retombées

Imaginez si vous pouviez profiter davantage de l’été en passant moins de temps aux travaux de jardinage et plus de temps à perfectionner votre élan au golf!

« Quiconque utilise le gazon en plaques à des fins récréatives tirera profit de notre recherche, affirme Darrell Tompkins. Les utilisateurs de terrains de sport, les usagers des parcs, les golfeurs, les propriétaires, tous en bénéficieront. Quand on considère la multitude d’endroits où l’on utilise le gazon en plaques, on se rend compte qu’il représente une importante industrie au pays. »

L’environnement y trouve également son compte « parce que l’un des aspects les plus importants de notre travail est de contribuer à réduire l’utilisation des pesticides », fait valoir Abimbola Abiola.

« L’un de nos objectifs est de réduire à long terme l’utilisation des pesticides et des produits chimiques sur le gazon en plaques, ajoute Darrell Tompkins. Dans cette optique, nous examinons les engrais et les produits que l’on ajoute à l’eau, et nous essayons de trouver des solutions de remplacement pour l’élimination des mauvaises herbes et la protection des cultures. »

Étant toujours à la recherche de meilleures solutions aux problèmes horticoles, Simon Wilkins, coordonnateur de la protection des cultures de la Ville de Calgary, apprécie le travail du PTRC. « Comme les insectes et animaux nuisibles sont souvent l’indice de problèmes paysagers et horticoles sous-jacents, nous favorisons la recherche qui aborde ces problèmes lors de la mise en œuvre et de la réhabilitation des sites, explique-t-il. Les avantages sont la protection du paysage, l’utilisation réduite de moyens traditionnels de protection, le développement de nouveaux outils et des paysages plus durables. »

Les résultats de la recherche multidisciplinaire sont tout aussi intéressants. « Les producteurs maraîchers et les producteurs de pommes de terre tirent parti de notre travail portant sur la culture tissulaire, indique Abimbola Abiola. Nos étudiants profitent déjà des avantages d’une recherche pratique, orientée vers les véritables problèmes de l’industrie. »

Le collège peut également attirer et garder des enseignants en raison de la possibilité qui leur est offerte d’y mener leurs propres recherches. Par exemple, l’accès au laboratoire a permis à des chercheurs qui s’intéressaient aux champignons maitake de découvrir l’existence d’une activité antivirale. Maintenant, le champignon pourrait être utilisé dans le contrôle du sida. « D’autres projets de recherche portent sur la conversion des flux de déchets de l’industrie forestière canadienne pour la culture de ce type de champignon. Ainsi, les deux secteurs tireraient profit de cette avancée », indique Abimbola Abiola.

Partenaires

Appuié par la FCI et la Fondation McCain, le laboratoire de physiologie du stress des plantes est un centre de recherche innovateur, unique dans l’Ouest du Canada.

En collaboration avec les autres installations de l’OCSI, le laboratoire a suscité l’intérêt d’universitaires et de scientifiques partout au pays. L’Université de l’Alberta, en particulier, est à l’origine d’une entente d’affiliation portant sur l’utilisation des installations. Les nombreux projets de recherche multidisciplinaire menés au laboratoire sont également financés par divers organismes et partenaires de l’industrie.