The picture of health

Le cœur en images

Grâce aux technologies d'imagerie médicale utilisées à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, les spécialistes sont en mesure de prodiguer les meilleurs traitements à leurs patients
1 mai 2007
« La vie qui bat », voilà exactement de ce que les images du cœur produites au centre de TEP de l’Université d’Ottawa inspirent. La TEP, c’est la tomographie par émission de positons, une technique d’imagerie qui permet de mesurer l’activité du cœur et d’obtenir des images qui aident à détecter et à localiser avec précision les cardiopathies.
 

Les chercheurs utilisent cette technologie pour mieux comprendre les affections du cœur, et les cardiologues l’emploient pour déterminer le meilleur traitement à administrer à leurs patients. « Elle peut même nous permettre de déterminer à quel médicament un patient répondra le mieux », explique le Dr Robert Beanlands, chef de l’imagerie cardiaque et directeur du Centre national de TEP cardiaque de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

Ce centre de recherche est le seul du genre au Canada spécialisé en imagerie cardiovasculaire. Il a récemment fait l’acquisition d’un mini-tomodensitomètre suffisamment sensible pour être utilisé avec des souris de laboratoire. Ses installations et la renommée internationale de l’Institut attirent des chercheurs du monde entier.

Keiichiro Yoshinaga, un cardiologue japonais et un chercheur primé, est l’un de ceux-là. Il fait partie d’un groupe international de cardiologues qui, à tour de rôle, viennent se former à l’Institut. Il a récemment terminé un projet de recherche de trois ans qu’il a mené à titre de boursier. Il a évalué le lien entre le traitement de l’apnée du sommeil, un trouble respiratoire obstructif, et la cardiopathie.

« Je souhaitais effectuer des recherches à Munich, à Los Angeles ou à Londres, mais mon directeur m’a présenté le travail du Dr Beanlands. J’ai été emballé à l’idée de travailler avec l’un des plus grands spécialistes de la tomographie par positons », explique le Dr Yoshinaga. Il a fait partie de l’équipe de l’Institut de cardiologie qui a examiné les répercussions de l’un des principaux traitements de l’apnée du sommeil, la ventilation spontanée en pression positive continue. Ce traitement consiste à pousser de l’air dans les voies respiratoires du patient qui porte un masque relié à un appareil spécial. L’air est poussé à une pression suffisamment élevée pour maintenir la gorge ouverte. La TEP a permis de démontrer que ce traitement peut améliorer la santé cardiovasculaire des personnes atteintes d’apnée du sommeil.

Lors d’une tomographie par émission de positons, qui peut durer entre dix minutes et une heure, le patient est étendu sur un lit qui passe dans le trou d’un scanner en forme de beigne. Il s’agit d’une technique basée sur l’imagerie nucléaire et l’examen ne provoque aucune douleur. On injecte au patient une petite quantité d’une substance radioactive appelée « traceur » qui, en circulant dans le système sanguin, est détectée par des caméras spéciales. Les images obtenues montrent le cœur en plein travail et elles permettent au cardiologue de déterminer les tissus qui sont sains et ceux qui sont légèrement ou gravement endommagés. Contrairement à la radiographie ou au tomodensitomètre, qui ne permettent de voir que des composantes structurelles du corps humain comme les os et les cartilages, le tomographe par émission de positons fournit une image des processus métaboliques du cœur tels que la consommation d’oxygène. Visionnez une vidéo montrant les résultats de la tomographie par émission de positons.

Comme l’évaluation du patient et l’examen par tomographie peuvent être menés en 90 minutes, le tout peut se faire en consultation externe. Il s’agit d’un examen non invasif : il ne nécessite pas de chirurgie ni la mise en place d’un cathéter cardiaque. Étant donné qu’il comporte peu de risques, il constitue un outil idéal pour allier recherche et soins cliniques.

« Nous pouvons appliquer aux patients les connaissances acquises dans le laboratoire et nous tenir au courant des nouveautés ou des avancées dans les méthodes de traitement », affirme le Dr Beanlands. Comme les maladies du cœur et l’accident vasculaire cérébral sont responsables de la mort d’un Canadien sur trois, être à l’avant-garde de la recherche peut sauver des vies.

Retombées

Le tomographe par émission de positons de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa assure que les patients souffrant de maladies cardiaques reçoivent toujours le meilleur traitement possible. Les Canadiens bénéficient ainsi de soins de qualité, et les budgets limités du système de santé sont utilisés plus efficacement.

Il est crucial de proposer un traitement approprié à ceux qui souffrent de maladies cardiovasculaires. Dans ce domaine, les stratégies thérapeutiques varient énormément, allant de solutions simples comme la modification de l’alimentation ou la prescription d’un médicament, à des interventions invasives telles que le pontage aorto-coronarien, l’angioplastie ou même la greffe du cœur.

Le Canada compte de plus en plus de centres de tomographie par émission de positons. À Vancouver, Montréal et Toronto, on utilise cette technologie surtout pour l’évaluation neurologique, alors qu’ailleurs on l’emploie pour le dépistage du cancer. Le centre de TEP cardiaque de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa est le seul établissement qui se consacre aux maladies cardiovasculaires. On prévoit que les résultats des recherches menées à l’Institut permettront de répandre l’utilisation de cette technique d’imagerie afin que plus de Canadiens en bénéficient.

Tous les patients de l’Institut de cardiologie qui subissent un examen par TEP sont invités à inscrire leur nom à un registre qui sert de base de données pour d’autres études cliniques. Ainsi, après une étude sur le débit sanguin qui a duré trois ans et à laquelle ont participé 367 sujets, les chercheurs ont découvert que les personnes qui avaient obtenu des résultats normaux à la tomographie par émission de positons présentaient un faible risque de problèmes cardiovasculaires tels que l’infarctus, alors que celles qui avaient obtenu des résultats anormaux couraient un risque élevé. Les données de cette étude, toujours en cours d’analyse, ont montré que la tomographie par émission de positons peut être particulièrement utile pour les personnes obèses ou quand les autres tests ne permettent pas d’établir un diagnostic clair. Grâce au registre et à un bon processus de dépistage, les chercheurs sont en mesure de trouver des sujets répondant aux critères de leurs études. Celles-ci visent essentiellement à « déterminer un meilleur partage des ressources afin d’améliorer les soins de santé », explique le Dr Beanlands.

Partenaires

Au cours des dernières années, l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa a travaillé en collaboration avec TRIUMF, un laboratoire de recherche en physique subatomique de renommée internationale de l’Université de la Colombie-Britannique, et MDS Nordion, une entreprise du domaine des sciences de la santé et de la vie, située à Ottawa. Ce partenariat, l’un des nombreux conclus par l’Institut, vise la production d’un traceur radioactif, le rubidium. Cet élément offre plusieurs avantages par rapport aux autres traceurs utilisés en tomographie par positons. Beaucoup de ces traceurs ne peuvent être produits que dans une installation coûteuse appelée cyclotron. Ce n’est pas le cas du rubidium, pour lequel on n’a pas besoin d’un cyclotron sur place. Le recours à ce traceur pourrait donc contribuer à rendre plus accessible la tomographie par émission de positons.