Show and tell

L'art de la télé scientifique

1 juillet 2004

Ce sont des assistantes de recherche en or. Elles font de longues heures, elles ne parlent pas beaucoup, elles ne tombent jamais malades... et elles se font payer en hareng. Qui sont donc ces candidates au titre d'employé de l'année ? Boni et Sitka, des otaries de Steller qui vivent en captivité à l'Aquarium de Vancouver. Vedettes d'un programme original conçu par Andrew Trites, de l'Université de la Colombie-Britannique (UCB), elles contribuent à sauver leur espèce menacée d'extinction. Nous les avons présentées à Daily Planet, l'émission phare de Discovery Channel Canada.

Cliquez ici pour visionner le clip de Discovery Channel « Sea Lion Savior ».

C'était un choix naturel pour nous. Les otaries de Steller vivent le long de la côte ouest du Canada et de l'Alaska. Sans qu'on sache trop pourquoi, leur nombre est en chute libre dans le golfe d'Alaska et les îles Aléoutiennes. Avec l'aide de Boni et Sitka, des scientifiques de l'UCB espèrent bien percer l'énigme. Ils entraînent les otaries à nager, à plonger et à se nourrir sur commande au large des côtes, munies de détecteurs spéciaux qui enregistrent leurs moindres mouvements. Après la séance, les otaries rentrent à l'Aquarium où on leur enlève leur détecteur pour mieux analyser l'information recueillie et tenter de trouver une explication au mystère de la disparition de leur espèce.

Ce n'est là qu'un sujet parmi les centaines dont notre émission a traité cette année. Depuis un nouveau type de patin à glace mis au point à Calgary jusqu'aux exploits de robots martiens gros comme des voiturettes de golf, Daily Planet célèbre l'innovation, la découverte et l'exploration dans tous les domaines de la science, du génie et de la technologie. Chaque jour, nous essayons de trouver les meilleurs sujets scientifiques, ou la science qui se cache derrière les meilleurs sujets. Notre émission rejoint plus de trois millions de téléspectateurs au Canada chaque semaine, un nombre qui ne cesse de grandir. Elle a été vendue aux États-Unis et est aussi diffusée en Amérique latine. Cette popularité croissante est une preuve de plus que le public reste fasciné par la science.

Dans notre domaine, certains sujets sont faciles à présenter et d'autres, beaucoup plus difficiles. Boni et Sitka, avec leur figure télégénique de mammifère, et les vues panoramiques de l'océan où elles évoluent, se prêtent à merveille à un reportage au petit écran. Ce n'est pas le cas de celui que nous avons diffusé récemment sur la théorie des cordes et la physique des particules; avec ses idées abstraites et ses théories complexes, ce genre de reportage montre bien les difficultés et les contraintes propres à la télévision scientifique.

Cliquez ici pour visionner le clip de Discovery Channel « Fabric of the Cosmos ».

Où trouver les bonnes images pour illustrer le propos ? Comment adopter un langage accessible à tout le monde ? Où dénicher des invités capables de descendre des hauteurs intellectuelles pour expliquer des abstractions au spectateur moyen, qui sort de table et se prélasse au salon ?

La télévision n'est pas le médium du complexe. Contrairement au lecteur de journal, le spectateur n'a pas le loisir de revenir en arrière si quelque chose lui échappe ou lui paraît curieux. À la télévision, le message doit passer du premier coup. La clarté du langage est donc une nécessité absolue, surtout à notre époque où la science apparaît toujours plus mystérieuse au profane.

Au cours des années, nous avons pu cerner les quelques ingrédients essentiels au succès d'un reportage. Il y a d'abord la passion, le seul élément personnel présent dans chaque sujet dont nous traitons. Puis il y a les images. Même l'histoire la plus banale peut devenir très vivante avec des effets visuels saisissants. Il y a enfin l'ingrédient qui lie l'ensemble et le rend accessible au spectateur : un langage à la portée de tout le monde. Sans cela, Boni et Sitka ne sont que deux otaries qui s'ébattent dans la mer, et la physique des particules n'est qu'un ramassis d'images de synthèse, si belles soient-elles. En télévision, la clarté du langage est la clé de la compréhension du monde qui nous entoure et des bienfaits que la science peut lui apporter.

Penny Park est réalisatrice principale, Daily Planet, Discovery Channel Canada.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l'innovation, de son conseil d'administration ni de ses membres.