Tele-coaching

L'accompagnement à distance

Les parents d'enfants atteints de problème de santé mentale ont désormais accès à un service de soutien téléphonique
3 août 2011
Patricia Lingley-Pottie (À GAUCHE), Jillian
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Patricia Lingley-Pottie (À GAUCHE), Jillian Kennedy (AU CENTRE) et Patrick McGrath, avec quelques-uns des outils pédagogiques utilisés pour aider les parents à aborder les problèmes de comportement de leurs enfants par téléphone.
John Sherlock

En Nouvelle-Écosse, les enfants qui souffrent de troubles du comportement, d’anxiété ou d’autres problèmes de santé mentale modérés ont parfois du mal à recevoir rapidement des soins psychologiques. Il leur faut parfois attendre jusqu’à un an avant de pouvoir consulter un psychologue. Patrick McGrath, psychologue de l’Université de Dalhousie, élabore une solution s’inspirant de la télémédecine pour aider ces enfants et leurs parents.

M. McGrath, vice-président, Recherche, au Centre de santé IWK de Halifax et ses collègues ont cherché à déterminer si le soutien téléphonique offert par des accompagnateurs non professionnels aux parents réduirait de façon tangible la proportion d’enfants présentant des symptômes de troubles du comportement ou d’anxiété comparativement à ceux qui reçoivent des soins habituels. Le résultat a été concluant.
 
Une subvention de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) a servi à financer la mise au point initiale du logiciel utilisé pour mener les premiers essais. « Nous avons ainsi pu développer le système de soins utilisé présentement, indique M. McGrath. Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont aussi contribué au financement d’études directement liées au programme d’accompagnement parental à distance et d’autres études visant à mettre à l’essai les interventions pouvant être appliquées à grande échelle à l’avenir. L’équipe de recherche a travaillé auprès de 243 enfants souffrant de problèmes de santé mentale tels que le déficit d’attention, l’hyperactivité et les troubles anxieux. L’équipe a fourni aux parents des manuels et des vidéos. Elle a tenu dix séances d’accompagnement hebdomadaires par téléphone.

Les accompagnateurs ont appris aux parents à repérer les bons comportements chez leurs enfants et à les récompenser lorsque vient le temps de composer avec les troubles du comportement. « Ils les incitent à avoir des attentes élevées, mais aussi à faire preuve d’une grande humanité. Dans le cas de l’anxiété, les accompagnateurs ont enseigné aux parents et aux enfants les habiletés nécessaires pour réagir efficacement lorsqu’ils sont confrontés à leurs peurs plutôt que de chercher à y échapper. Il faut affronter ses peurs », ajoute le psychologue.

Les essais ont révélé un faible taux d’abandon, un haut niveau de satisfaction chez les parents participants ainsi qu’une amélioration du comportement chez les enfants. Par rapport aux soins habituels, les traitements à distance ont entraîné une réduction notable des troubles du comportement et de l’anxiété. Les parents finissent généralement par tisser des liens étroits avec leurs accompagnateurs, dont la plupart possèdent de l’expérience comme intervenants auprès des familles à titre de bénévoles ou de conseillers de camp.

Selon M. McGrath, cette approche rappelle la télémédecine, mais au lieu d’offrir un diagnostic ou un traitement, les bénéficiaires reçoivent des compétences parentales. Le programme est aussi économique. « Il suffit de quelques semaines pour former un accompagnateur alors qu’il faut des années pour former un psychologue. Ce mode d’intervention est aussi moins coûteux pour le système de santé et pour les familles que les services habituels. » poursuit-il.

Selon Patricia Lingley-Pottie, responsable clinique du programme : « Les parents trouvent le système de rendez-vous téléphoniques pratique et flexible. La plupart des consultations téléphoniques se tiennent le soir afin que les enfants n’aient pas à manquer l’école et que les parents ne soient pas obligés de s’absenter du travail. Le système préserve aussi l’anonymat visuel des participants, ce qui est important pour les familles. Les gens sont à l’aise dans le confort de leur maison et ils ne sentent pas jugés. »

« Le travail réalisé grâce à la subvention de la FCI dépasse le cadre universitaire, affirme M. McGrath. Aujourd’hui, les méthodes mises au point servent à traiter des enfants et des familles à Halifax, dans les régions rurales de la Nouvelle-Écosse, en Ontario et en Alberta. Bientôt, des familles de Colombie-Britannique et même du nord de la Finlande commenceront à utiliser cette nouvelle approche.
 
Le programme d’accompagnement parental à distance a déjà aidé plus de 1500 familles à la grandeur du Canada. Cet été, M. McGrath et son équipe s’emploient à créer un organisme à but non lucratif à partir de leurs recherches – le Strongest Families Institute –, pour diffuser à plus vaste échelle les résultats de leurs travaux. Ils s’attendent à voir se répandre considérablement l’utilisation de leur système au cours des prochaines années.