Little boxes

La vie en rangée

Les banlieues sont en plein essor au Canada. Une chercheuse de l'Université Dalhousie s'est penchée sur les conséquences de cet exode
9 septembre 2009

(Article reproduit avec l’aimable autorisation de Dalhousie University)

Plus de la moitié de la population canadienne habite en banlieue. Le moment est donc propice, estime Jill Grant, professeure à l’école d’urbanisme de la Faculté d’architecture et d’aménagement de l’Université Dalhousie, pour étudier ce choix de vie de plus en plus prisé, qui reste la bête noire des urbanistes et des promoteurs des centres-villes.

Qu’est-ce qui attire les gens en banlieue? Est-ce les maisons en rangées toutes identiques (les « petites boîtes » – little boxes – du thème musical de la série Weeds) ou encore l’absence plutôt stérile de dynamisme urbain souvent associée (à tort ou à raison) à ce mode de vie? En réalité, les gens sont à la recherche d’espace, intérieur comme extérieur : une ressource qui se fait rare dans les centres-villes de la plupart des grandes cités canadiennes.

Comme les coûts associés à la vie urbaine ne cessent d’augmenter, les Canadiens sont de plus en plus nombreux à quitter les villes en faveur de banlieues construites sur mesure. Jill Grant s’intéresse également au phénomène de la banlieue. Pour son projet de recherche intitulé « Trends in Residential Environments: Planning and Inhabiting the Suburbs » (Tendances en matière de milieux de vie résidentiels : aménagement et occupation des banlieues), le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada lui a remis une bourse de 101 000 $ dans le cadre du programme des Subventions ordinaires de recherche.

Quelles sont les conséquences d’un tel exode sur nos villes? Jill Grant propose quelques théories : « Les banlieues et les centres-villes sont soumis aux mêmes pressions et aux mêmes processus, mais de manière différente, dit-elle. Depuis qu’il est devenu courant de posséder une voiture, les déplacements entre la banlieue ou la campagne et la ville ont été rendus plus faciles. Les promoteurs immobiliers à la recherche de nouveaux espaces commerciaux se sont tournés vers la banlieue pour trouver des terrains relativement peu coûteux et accessibles aux automobilistes. Par conséquent, les commerces et les gens se sont peu à peu retirés des centres urbains. »

Le sort de nos centres-villes est directement lié aux tendances observées dans les banlieues comme Wisteria Lane de la série Beautés désespérées. Par ailleurs, cela ne veut pas dire nécessairement de meilleures banlieues ou plus de banlieues.

« Depuis quelques années, assure Jill Grant, on remarque de nouvelles attitudes et un regain d’intérêt pour la vie, le travail et le magasinage au centre-ville. Les promoteurs immobiliers suivent cette tendance et mettent au point de nouveaux projets dans les centres-villes. Au même moment, le développement des banlieues connaît aussi certains changements : les terrains sont plus petits et les maisons se rapprochent des rues. Certaines banlieues ont même une apparence urbaine. »

Jill Grant avance aussi que la vie en banlieue est appelée à être repensée, que les plus grands espaces ne valent pas le temps consacré à faire la navette entre la ville et la banlieue. « Dans plusieurs agglomérations urbaines, explique-t-elle, le prix à payer (en temps et en argent) pour le transport est devenu si élevé que les gens remettent en question la vie de banlieue. On note un intérêt accru pour les réseaux de transport express parce que les gens veulent réduire leur temps de déplacement. Par contre, ces moyens coûtent cher dans les villes très étendues. La crise actuelle ralentit le développement urbain, mais elle n’affectera probablement pas la croissance des banlieues. Dans les plus grandes villes, on remarque l’apparition de “banlieues urbaines” : des nœuds de population plus denses et plus diversifiés situés à l’extérieur des grands centres. Davantage de gens travaillent hors des noyaux urbains, ce qui influe sur la durée et le mode des déplacements. »

Jill Grant, qui étudie les tendances en matière d’aménagement urbain et de planification d’ensembles résidentiels au Canada et ailleurs dans le monde depuis 1999, entend combler le manque de connaissances dans ce domaine grâce à son plus récent projet de recherche. Ainsi, elle prendra le pouls des résidents de diverses banlieues d’Halifax. Elle s’entretiendra notamment avec les habitants des municipalités de Ridgevales, Clayton Parks et Portland Hills afin de déterminer pourquoi ils ont décidé de s’installer en banlieue.

La prochaine fois que vous garerez votre fourgonnette dans votre garage double, que vous ferez des grillades sur le barbecue ou que vous arroserez votre pelouse déjà verte, pensez aux raisons qui vous ont motivé à choisir la banlieue. Sans le savoir, vous pourriez répondre aux grandes questions qui tracassent actuellement les urbanistes partout dans le monde.

Petite histoire des banlieues

Les banlieues, essentiellement de petites communautés situées en périphérie des villes, sont nées au milieu du 20e siècle avec l’amélioration des réseaux routiers et ferroviaires et, plus particulièrement, avec l’augmentation des déplacements entre les zones périphériques et les centres-villes. Dans les années suivant la Deuxième Guerre mondiale, le boom démographique en Amérique du Nord a favorisé l’apparition de « cités-dortoirs », nommées ainsi parce que les gens passaient le plus clair de leur journée en ville et ne retournaient en banlieue que pour dormir. Les banlieues se sont plutôt développées en périphérie des villes où abondaient des zones de terres basses, et elles s’étendaient jusqu’à la campagne. Malheureusement, selon Jill Grant, les banlieues font disparaître une grande proportion des bonnes terres agricoles, une ressource précieuse qui diminue à vue d’œil.