Life with Brian

La vie avec Brian

La population croissante de bébés-boumeurs favorise le développement de robots d’assistance
24 juin 2013

Au Canada, ce sont habituellement les professionnels de la santé, et non les ingénieurs, qui s’intéressent au sort des bébés-boumeurs vieillissants. Toutefois, Goldie Nejat, ingénieure en mécanique de la University of Toronto, connaît les statistiques sur ce groupe démographique aussi bien que n’importe quel planificateur de services de santé.

« Près de 20 pour cent de la population aura plus de 65 ans en 2030, indique Goldie Nejat. Cette situation m’inquiète beaucoup. Au fur et à mesure que l’on vieillit, la qualité de vie change. »

L’ingénieure se préoccupe plus particulièrement de la capacité des personnes âgées à accomplir diverses activités quotidiennes : se laver, manger des repas sains et prendre leurs médicaments. Elle a donc décidé de développer des robots qui les aideront à exécuter ces tâches et leur serviront de compagnon afin de stimuler leur esprit et de prévenir leur déclin cognitif.

Aimeriez-vous un jour jouer aux cartes avec un robot? Cela pourrait vous arriver plus vite que vous le pensez. Goldie Nejat et son équipe de chercheurs à l’Autonomous Systems and Biomechatronics Laboratory de la University of Toronto ont mis au point un robot d’assistance appelé Brian. Il est conçu pour interagir avec les personnes âgées et les faire jouer à des jeux stimulants, leur rappeler de prendre leurs médicaments, etc. La vidéo (CI-DESSUS) montre Brian en train de jouer au jeu des familles avec un ami, lui donnant des indices au besoin et lui prodiguant des encouragements.
Mention de source : Autonomous Systems and Biomechatronics Lab/
University of Toronto

Depuis deux ans, Goldie Nejat met à l’essai son robot prototype, Brian, auprès de plus de 100 résidents d’établissements de soins de longue durée torontois pour déterminer s’il peut aider les personnes atteintes de troubles cognitifs à manger des repas équilibrés. Elle vérifie aussi s’il est capable d’inciter des aînés à jouer à des jeux de cartes faisant appel à la mémoire tels que le jeu des familles. Une fois les essais terminés, elle compte commercialiser les technologies robotiques. L’ingénieure et son équipe collaborent avec plusieurs sociétés canadiennes de robotique pour intégrer ces technologies dans leurs gammes de robots et ainsi percer le marché de la robotique d’assistance.

Doté d’une voix masculine synthétisée, Brian est constitué d’un torse, de bras et d’une tête mécaniques. Son visage en caoutchouc de silicone exprime des émotions grâce à une série de servomoteurs qui déplacent la silicone. Le robot sourit lorsqu’il est heureux et il fait la moue et a les yeux tombants quand il est triste. Ses sourcils se froncent lorsqu’il est surpris, mais ils s’abaissent quand il est sérieux.

Bien que Brian soit clairement un robot, il porte habituellement un t-shirt et une casquette pour dissimuler quelques-uns de ces mécanismes. Les capteurs situés sous ses vêtements sont programmés en fonction de la personne avec laquelle il interagit.

Brian est capable de percevoir que vous détournez le regard, un geste qu’il interprétera comme une distraction. Si cela se produit, il essaiera gentiment d’attirer de nouveau votre attention par un mot ou deux. « Essayez la compote de pommes, dira-t-il par exemple. Elle est délicieuse. »

Ses capteurs détectent aussi tout mouvement des bras. Ainsi, si vous jetez votre compote de pommes sur le plancher, Brian s’en rendra compte. Il pourra alors dire que ce que vous avez fait l’a rendu triste et cette émotion se lira sur son visage.

Le répertoire vocal de Brian comprend même des blagues. « Ce sont des blagues simples, admet Goldie Nejat. Mais cela fait rire les gens. »



Le robot Brian (CI-DESSUS) peut lire les expressions faciales et y réagir adéquatement. S’il perçoit des signes de frustration ou de confusion sur le visage d’une personne âgée pendant une partie de jeu des familles, il lui prodigue des encouragements. Le nombre croissant de bébés-boumeurs au Canada augmente la pression sur le système des soins de santé et les familles. Les robots d’assistance tels que Brian peuvent contribuer à réduire ce fardeau et permettre aux personnes âgées de rester autonomes plus longtemps.
Mention de source : Autonomous Systems and Biomechatronics Lab/
University of Toronto

Le logiciel utilisé par Brian est conçu de façon à évaluer les capacités d’une personne et à adapter ses réactions en conséquence. Par exemple, si le robot joue au jeu des familles avec quelqu’un qui réussit parfois à mémoriser l’emplacement de cartes en particulier, il pointera rarement en direction d’une carte correspondante. S’il joue avec une personne qui a des problèmes de mémoire, il pointera une carte précise.

« Brian n’a pas pour fonction de gagner, mais de stimuler le cerveau de son adversaire, explique l’ingénieure. Brian se réjouira avec vous de votre victoire et lèvera les bras pour vous féliciter.

C’est grâce à la contribution de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) que Goldie Nejat a mis au point l’« intelligence » de Brian et a acheté ses capteurs et servomoteurs. Elle a aussi utilisé le financement de la FCI pour commencer à fabriquer un second robot – capable de se déplacer d’une personne à l’autre, ce qui lui permet d’interagir avec plusieurs individus à la fois.

Même si Brian a réussi à établir des contacts fructueux avec des résidents d’établissements de soins de longue durée, Goldie Nejat sait que ce n’est pas tout le monde qui acceptera l’assistance d’un robot.

Les Nord-Américains ne sont pas aussi à l’aise avec les robots que les Japonais. « Les machines font partie de leur culture, précise l’ingénieure. Le gouvernement japonais a consacré d’importantes sommes à la conception de robots pour l’exécution de tâches de service. »

Goldie Nejat prévoit néanmoins qu’au fur et à mesure qu’un large groupe de personnes âgées auront besoin d’aide, les Nord-Américains seront plus enclins à s’ouvrir à la robotique.

« Nous devons alléger la charge de travail des professionnels de la santé, ajoute Goldie Nejat. Le robot ne se lasse jamais de faire des tâches répétitives. Et il peut garder le sourire toute la journée. »