Celebrating Arctic research

La recherche sur l'Arctique est en fête

Depuis 50 ans, l'Institut circumpolaire canadien aide le pays à devenir un chef de file mondial de la recherche nordique
15 décembre 2010
En tout temps, quelque 300 universitaires se
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En tout temps, quelque 300 universitaires se consacrent activement à l'étude du Nord. Ce capteur électromagnétique mesure l'épaisseur de la calotte polaire dans l'Arctique depuis 2004.
Christian Haas, Université de l'Alberta

Écouter l’entrevue avec Marianne Douglas diffusée sur les ondes de Radio Canada Internationale

Quand on arrive à 50 ans, on a parfois envie de s’arrêter un peu pour savourer le chemin parcouru. Toutefois, certains quinquagénaires audacieux préfèrent encore relever de nouveaux défis. C’est le cas de l’Institut circumpolaire canadien (ICC) de l’Université de l’Alberta. Entre la mise en place de programmes universitaires dans le Nord et la recherche de nouvelles façons d’attirer les Canadiens dans l’Antarctique, l’ICC n’a pas le temps de se reposer sur ses lauriers.

« Nous voulons être le meilleur centre de recherche nordique pour les habitants du Nord, le milieu universitaire et le gouvernement, affirme Marianne Douglas, directrice de l’ICC qui célèbre son cinquantenaire cette année. Nous n’avons que 50 ans, mais nous nous rapprochons de notre objectif. »

En raison du climat nordique capricieux qui a des répercussions sur l’état des glaces, la flore et le comportement humain et animal, le rôle de l’ICC est plus pertinent que jamais, et ce, non seulement à titre d’organisme de financement de premier plan pour la science et l’exploration nordiques, mais aussi comme centre d’archives voué à la préservation de livres, de documents historiques et de compétences interdisciplinaires, sans lesquels nous ne pourrions mesurer l’étendue des changements survenus à ce jour et nous préparer pour l’avenir.

Dans la foulée d’un nouveau courant d’intérêt pour les enjeux nordiques apparu à la fin des années 1950, l’ICC a vu le jour en 1960 sous le nom de Boreal Institute for Northern Studies. D’abord axé sur les régions boréales de l’Ouest du Canada, l’Institut a subi une refonte en 1990 pour témoigner de l’évolution dans la recherche contemporaine sur les peuples arctiques et leur environnement. Son mandat a récemment été élargi pour inclure l’Antarctique afin que l’on puisse comparer les deux régions polaires et avoir ainsi une compréhension plus complète des changements environnementaux à l’échelle mondiale.

Ce qui n’a pas changé durant toutes ces années, c’est l’engagement de l’ICC envers la science. Grâce au financement qu’il reçoit des gouvernements fédéral et provinciaux, de fondations et de fonds de bourses d’études, l’ICC partage chaque année environ 250 000 $ entre des étudiants, des chercheurs postdoctoraux et des professeurs afin de leur permettre de réaliser leurs coûteuses missions dans des régions septentrionales éloignées.

Depuis 50 ans, les chercheurs de l
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Depuis 50 ans, les chercheurs de l'ICC, ont grandement amélioré notre compréhension du Nord, aussi bien en ce qui concerne les populations d'ours polaires et de caribous que la préservation de la langue et la qualité de l'eau.
Christian Haas, Université de l'Alberta

Au fil des ans, les chercheurs de l’ICC, par leurs précieuses contributions, ont grandement amélioré notre compréhension du Nord dans un éventail de disciplines. Nous en savons davantage aujourd’hui sur les variations dans les populations d’ours polaires et de caribous; la prospection et l’extraction de diamants; l’évolution de la cryosphère; l’adaptation des chasseurs de subsistance; la préservation de la langue; la qualité de l’eau; les contaminants atmosphériques et la mutation sociale des collectivités autochtones. En tout temps, quelque 200 étudiants diplômés, chercheurs postdoctoraux et professeurs de 13 facultés et de 40 départements différents se consacrent activement à l’étude de l’Arctique.

Christian Haas, géophysicien, fait partie de ce groupe. Haas et son équipe ont adapté une technologie employée en cartographie géophysique pour concevoir un capteur électromagnétique léger, en forme de torpille, que l’on peut suspendre à un hélicoptère ou à un avion pour mesurer l’épaisseur des glaces marines. Auparavant, les seules mesures d’épaisseur disponibles, hormis certaines carottes de glace prélevées au hasard, étaient celles recueillies sporadiquement par l’entremise d’un sonar sous-marin au cours de manœuvres militaires. Or, depuis 2004, Haas a pu mesurer chaque année l’épaisseur de la calotte polaire entre le Canada et le pôle Nord. Ses données révèlent que si certaines années, la glace s’amincit, elle est en revanche plus épaisse d’autres années, ce qui porte à penser que les prévisions annonçant une réduction constante de l’épaisseur de la calotte polaire pourraient être trop simplistes.

« L’épaisseur de la glace ne dépend pas seulement des processus thermodynamiques ou de la température de l’air, indique Haas, mais aussi de la dérive et de la déformation, des phénomènes souvent mal compris. »

Tout en continuant de répondre aux besoins des universitaires du Sud, Marianne Douglas veille à l’affectation de crédits destinés aux étudiants, aux laboratoires et aux programmes universitaires du Nord ainsi qu’à l’établissement de partenariats. L’ICC a déjà commencé à recueillir des fonds pour créer une nouvelle bourse d’études à l’intention des élèves vivant au nord du 60e parallèle. La bourse, qui porte le nom d’une auteure-compositrice-interprète du Nunavut, Susan Aglukark, aidera les candidats originaires du Nord à fréquenter l’Université de l’Alberta. Par ailleurs, l’ICC unit ses efforts à ceux des trois collèges territoriaux pour améliorer les installations de recherche et obtenir la reconnaissance de programmes d’études afin que les étudiants aient accès à des laboratoires bien équipés et puissent obtenir leur diplôme universitaire tout en restant dans le Nord.

« On comprend mieux maintenant que la recherche nordique doit vraiment mettre à contribution les habitants du Nord eux-mêmes, ajoute Marianne Douglas. La recherche sur le Nord doit se faire dans le Nord, par le Nord et pour le Nord. »