The human pursuit of the unknown

La quête humaine de l'inconnu

15 septembre 2006
Zoom

On pourrait croire qu’une personne, qui passe comme moi des heures chaque semaine à lire des articles de science, ne serait pas emballé de présider le jury du prix d’écriture « Les étoiles de l’innovation » de la FCI. Eh bien, non ! Au contraire, j’ai trouvé l’expérience extrêmement enrichissante, surtout qu’elle m’a permis de constater que la rédaction scientifique se porte très bien au Canada. Mon enthousiasme vous étonne ? Je m’explique.

On a invoqué des arguments de toutes sortes pour accroître la connaissance des sciences (ou établir une « culture scientifique ») dans notre pays, mais le plus répandu veut que nous ayons besoin d’un électorat mieux informé parce qu’il y a tellement d’enjeux politiques qui relèvent de la science.

Le gagnant du prix d’écriture de cette année, Brian Bergman, semble ajouter du poids à cet argument. Son article « Stem Cell Central » traite de ce qui est sans doute l’un des sujets scientifiques les plus controversés de notre temps (et aussi l’un des plus délicats sur le plan politique) : les cellules souches offrent un énorme potentiel thérapeutique, mais à quelle source allons-nous les puiser ?

Nous aurions tort cependant de féliciter Bergman uniquement parce qu’il aborde un important enjeu politique. Mais son article va bien au delà. Il montre comment fonctionne la science, comment différentes approches exploratoires peuvent tout à coup se compléter mutuellement et, ce qui compte peut-être plus que tout, combien il est passionnant de chercher à percer un mystère de la science.

Certes, la science doit rendre service au public (qui paie la note après tout), mais il me semble que l’obtention de résultats à tout prix en vient à occulter le pur plaisir de la quête en soi. Car la science est d’abord une quête, faite de curiosité, d’intrigues, de frustrations et parfois de cruelles déceptions. Bref, elle est une quête humaine.

Mais plus encore, elle est une quête de l’inconnu. Les scientifiques ont la chance de participer à un effort collectif qui repousse les frontières de l’ignorance et qui révèle, petit à petit, la réalité du monde naturel. Gardons-nous toutefois d’en peindre un portrait trop reluisant. Cette quête ne va pas sans heurts : lacunes de financement, vaines démarches, faux départs, et même des obstacles politiques. Qu’à cela ne tienne, elle reste un effort pour révéler ce qui était jusque-là caché.

Je suis persuadé que le public est captivé par cet aspect aventureux et énigmatique de la science, ou qu’il peut l’être, mais je crains qu’il doive parfois rester sur son appétit. Les médias, de nos jours, presse écrite et électronique confondues, semblent plus intéressés, sinon obsédés, par des sujets qui sont aux franges de la science : technologie en tout genre, paranormal, science sportive. Je les comprends d’une certaine manière de vouloir exploiter des contextes qui intriguent déjà les lecteurs ou auditeurs. Mais il y a tellement plus à raconter.

D’un autre côté, les rédacteurs scientifiques ne pourront cerner l’« aventure » de la science que si on leur en fournit l’occasion. Et rien ne vaut un prix prestigieux pour braquer l’attention sur leur discipline. C’est pourquoi le prix d’écriture de la FCI, « Les étoiles de l’innovation », est si important. Il donne droit de cité aux écrits scientifiques de toutes sortes, il signale aux soi-disant chiens de garde de la presse la valeur intrinsèque du sujet abordé et il encourage les rédacteurs eux-mêmes.

Je pense que depuis trop longtemps la rédaction scientifique est figée dans des formules toutes faites, habillées de prose. Normal : si vous écrivez au sujet des cellules souches, comme l’a fait Brian Bergman, vous voulez que vos lecteurs sachent de quoi il s’agit. Si par contre vous versez dans le genre de la nouvelle littéraire, alors vous n’êtes plus confiné au mode explicatif.

Il m’apparaît que la discipline est en train de se libérer de son carcan. Il n’y a qu’à voir les articles soumis cette année à la FCI pour s’en rendre compte. Et je dirais quant à moi que le prix d’écriture « Les étoiles de l’innovation » y est déjà pour quelque chose.

Jay Ingram, animateur et producteur, Discovery Channel.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.