Canada's place in space

La place du Canada dans l'espace

1 mai 2005

Dès que l’homme a tourné pour la première fois son regard vers le ciel, il a amorcé une quête de savoir sur la vie et sur son existence.

Aujourd’hui, alors que l’humanité se trouve au seuil d’une nouvelle ère d’exploration spatiale, ère que certains qualifient comme la plus ambitieuse à ce jour, les réponses à nos questions sont à portée de mains.

Les progrès que nous avons accomplis à ce chapitre sont impressionnants. Nos télescopes scrutent maintenant les recoins galactiques les plus éloignés. Notre technologie nous permet de nous préparer aux missions d’exploration des autres planètes comme si ces dernières se trouvaient à notre porte. Nous cherchons avec enthousiasme de l’eau dans l’espoir de peut-être découvrir des traces de vie, sous les rochers rougeâtres et poussiéreux de Mars, notre voisine.

Malgré nos avancées considérables, l’espace, avec ses richesses extraordinaires et intereliées, demeure une ressource sous-exploitée. Cela est particulièrement évident si l’on regarde les efforts déployés en recherche spatiale qui visent à assurer la saine gestion de l’environnement terrestre et de ses précieuses ressources naturelles.

Véritable fenêtre sur l’Univers, l’espace est aussi un miroir qui nous montre non seulement nos origines, mais surtout notre avenir. Prenons par exemple les paysages stériles de Mars. On ne peut que se demander si c’est là le sort qui attend notre planète.

Selon les scientifiques, il y a plusieurs millions d’années, Mars et la Terre étaient semblables, non seulement en ce qui concerne leur taille et leur distance du Soleil, mais aussi leur évolution. Nous savons également que plusieurs comètes et astéroïdes ont percuté ces deux planètes. Tandis qu’une forme de vie primitive commençait à émerger sur Terre, une série d’événements inconnus a modifié le processus d’évolution sur Mars.

Que s’est-il passé? Y avait-il de la vie sur Mars? Y en a-t-il encore?

Ce n’est qu’en étudiant notre cousine planétaire que l’on pourra répondre à ces questions, et en protégeant la vie sur Terre au moyen de nos connaissances acquises que nous tirerons profit de nos efforts. Les spatiologues canadiens possèdent le savoir et l’expérience qui permettront de contribuer d’une façon significative à cette quête.

Nos missions d’exploration spatiale nous ont montré que l’espace constitue à la fois un lieu d’apprentissage et un laboratoire scientifique aux proportions immenses et au potentiel largement sous-exploité. En ce monde aux ressources limitées, dont bon nombre s’épuisent à un rythme alarmant, l’espace doit revêtir un caractère stratégique à l’échelle mondiale puisqu’il est essentiel à la protection et à la conservation de la Terre.

Nos forêts, nos terres arables et nos océans subissent des pressions énormes. Le climat de la Terre est bouleversé. Nous en sommes tous témoins : notre planète subit une transformation que nous ne comprenons pas encore pleinement.

Prenons par exemple le Grand Nord canadien. Les travaux de recherche démontrent aujourd’hui que les glaces marines de l’Arctique, autrefois considérées comme imprenables, diminuent de 3 % par décennie, et ce, depuis les années 1970. L’épaisseur de ces glaces a même diminué de près de 40 %1. Dans les latitudes boréales polaires, la couche d’ozone s’est appauvrie de 6 % depuis le milieu des années 1980. On observe même une réduction temporaire de 40 % de la couche d’ozone au début du printemps.

En ce qui concerne les espèces qui vivent dans le Grand Nord, la fonte des glaces perturbe le fragile équilibre qui dicte les habitudes de vie dans cette région, ce qui peut faire la différence entre la survie et l’extinction pour de nombreuses espèces. Le succès de la lutte au changement climatique et à ses répercussions sur l’environnement et les écosystèmes dépend en partie de la rapidité et de l’efficacité avec lesquelles nous réussirons à exploiter le potentiel de l’espace.

Nous devons faire preuve d’audace. L’histoire nous montre que c’est lorsque l’humanité a été confrontée à des obstacles qui semblaient insurmontables qu’elle a fait preuve de la plus grande ingéniosité. C’est lorsque nous profitons de chaque occasion qui nous est offerte que nous brillons le plus.

Cela est particulièrement vrai pour les Canadiens. Nos ancêtres ont su bâtir un pays dans une contrée aux mille paysages et aux diverses conditions climatiques. La petite population du Canada, chiffrée à 32 millions d’habitants, est bien consciente des défis que posent la nature et l’éloignement. La création de liens entre nous, peu importe la distance qui nous sépare, a toujours été au cœur des préoccupations nationales.

À titre de troisième pays à s’être lancé dans l’aventure spatiale, le Canada a été le premier à construire son propre réseau national de télécommunications spatiales, au début des années 1970. Ce réseau visait à brancher les Canadiens entre eux, sans égard à la région où ils habitaient ou travaillaient. Aujourd’hui, notre secteur des communications par satellite, y compris Télésat Canada et son satellite à large bande porte-étendard Anik F2, est reconnu mondialement pour ses innovations dans des domaines connexes tels que la télémédecine, le télé-apprentissage et le gouvernement en ligne.

Le secteur spatial canadien, dynamique et diversifié, permet au Canada de miser sur des valeurs canadiennes afin de répondre à ses besoins en systèmes spatiaux. Il fournit également au Canada l’occasion — pas tout à fait concrétisée — de mettre sur pied une approche détaillée et coordonnée axée sur la recherche spatiale, peu importe que ce soit pour brancher les Canadiens, surveiller nos précieuses terres agricoles, nos forêts et les zones humides, étudier le phénomène d’appauvrissement de la couche d’ozone ou assurer le développement durable de nos ressources.

Le secteur spatial canadien, dont les recettes sont évaluées à 2 milliards de dollars par année, exporte 40 % de ses produits à l’étranger et fait concurrence avec très peu d’aide à l’un des marchés les plus protectionnistes de la planète.

Notre expertise dans le secteur de la robotique spatiale est inégalée. Le Canadarm, le télémanipulateur et système utilitaire de la navette spatiale de la NASA et de la Station spatiale internationale (ISS), est l’un des symboles spatiaux canadiens les plus visibles et les plus reconnus.

Le Canada, qui possède de vastes ressources naturelles et les plus longues côtes du monde, concentre la majeure partie de ses ressources spatiales dans le secteur de l’observation de la Terre afin de répondre le mieux possible à ses besoins et de mettre en œuvre sa stratégie industrielle axée sur les exportations.

Au début des années 1980, le gouvernement du Canada a construit le satellite RADARSAT-1 dans le but de surveiller l’accumulation et la circulation des glaces dans les eaux canadiennes et d’assurer sa souveraineté dans le Grand Nord. Depuis son lancement il y a neuf ans, RADARSAT International, l’exploitant commercial canadien de ce satellite, a fourni ou vendu des images radar à environ 600 clients de 60 pays différents.

Capable de fonctionner de nuit comme de jour, sans égard aux conditions météorologiques, le satellite RADARSAT a été particulièrement utile au mois de décembre dernier suite au tsunami qui a frappé le sud-est asiatique. Depuis son orbite, ce satellite canadien a retransmis des images détaillées de la zone touchée, appuyé les opérations de secours, aidé à orienter l’aide humanitaire sur le terrain et été témoin des ravages causés aux mangroves et aux récifs coralliens qui servent de barrière contre l’abrasion marine.

Nous sommes fiers de ces réalisations et c’est avec enthousiasme que nous entreprenons d’élaborer une gamme d’autres programmes canadiens, comme ceux de technologies hyperspectrales, comme ceux de constellations de satellites radar de pointe et de surveillance de l’environnement à l’échelle planétaire. Né d’une vision avant-gardiste, le Programme spatial canadien est un véritable joyau pour le Canada. Il suffit de regarder les retombées qui en découlent et les succès qu’il connaît depuis plus de quarante ans pour le constater. L’avenir de ce programme est des plus prometteurs.

Nous amorçons un nouveau chapitre en ce qui concerne l’exploration et la recherche spatiale, chapitre que la communauté spatiale a justement appelé « Moon, Mars and Beyond » (vers la Lune, Mars et au-delà). En ne saisissant pas cette occasion unique qui lui est offerte en ce moment critique, le Canada risque d’être mis à l’écart. C’est pourquoi nous devons aller de l’avant afin de réaliser nos rêves et de poursuivre la quête que l’humanité a amorcée en tournant pour la première fois son regard vers le ciel.

1John C. Falkingham, Richard Chagnon et Steve McCourt, Service canadien des glaces, Environnement Canada. Sea Ice in the Canadian Arctic in the 21st Century , 16th International Conference on Port and Ocean Engineering Under Arctic Conditions, POAC 01, du 12 au 17 août 2001, Ottawa (Ontario), Canada.

Marc Garneau est président de l’Agence spatiale canadienne.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l'innovation, de son conseil d'administration ni de ses membres.