FISHing for answers

À la pêche aux réponses avec FISH

Une nouvelle technique diagnostique pourrait révolutionner le dépistage et le traitement du cancer
2 septembre 2009
Linda Pilarski
Linda Pilarski
 

Des chercheurs de l’Université de l’Alberta ont mis au point une technique de dépistage du cancer au nom accrocheur et qui promet des avantages majeurs.

Le « FISH-sur-puce » est un test complexe qui détecte des anomalies chromosomiques propres à certains types de cancer. Pour parvenir à le créer, les chercheurs miniaturisent un test diagnostique traditionnel, le FISH (hybridation in situ fluorescente), sur une puce microfluidique; ils sont ainsi en mesure de poser un diagnostic en utilisant d’infimes volumes de liquides. Les résultats prometteurs de ce « laboratoire-sur-puce » pourraient transformer un test qui jusqu’ici était rare et coûteux en une étape de routine dans le traitement du cancer; un test qui ciblerait des cancers particuliers et éviterait aux patients des souffrances inutiles.

Le test FISH marque de colorations fluorescentes des chromosomes afin d’y dépister des ruptures et des recollements chromosomiques à l’origine du cancer. Celles-ci fournissent aux cliniciens de l'information essentielle sur l’évolution de la maladie et les options de traitement.

« Le plus grand avantage de ce test, c'est qu’il garantit aux patients qu’ils recevront rapidement le bon traitement », soutient Linda Pilarski, chercheuse à l’Université de l’Alberta et détentrice d’une chaire de recherche du Canada en nanotechnologie biomédicale. « Si la recherche a signalé une anomalie chromosomique indiquant que tel traitement donnera de mauvais résultats ou que certains médicaments auront peu d’effets, nous voulons le savoir. Les patients ne devraient pas subir les effets secondaires d’un traitement qui ne les aidera pas; ils désirent un traitement qui cible le cancer dont ils souffrent. »

Pour mettre au point son « FISH-sur-puce », Linda Pilarski a travaillé avec Christopher Backhouse, professeur au département de génie électrique et informatique de l’Université de l’Alberta. Le laboratoire de ce dernier a fabriqué progressivement des instruments de plus en plus petits et de moins en moins coûteux pour finalement créer un dispositif portatif avec les ressources technologiques d’un grand centre de diagnostic médical.

Le test FISH est particulièrement utile dans les cas de cancer du sang, dont le myélome, la leucémie et le lymphome, qui constituent 20 % de tous les cancers. Linda Pilarski ajoute que le test pourrait également permettre de diagnostiquer le cancer de la prostate et aider à déterminer si, par exemple, le Herceptin, un médicament coûteux qui sert à traiter certains types de cancer du sein, a des chances d’être efficace.

Actuellement, le test FISH traditionnel est rarement utilisé au Canada ailleurs que dans hôpitaux voués à la recherche et dans le cadre d’essais cliniques, car il coûte 2000 $ ou plus et que, en règle générale, plusieurs tests sont nécessaires pour établir un diagnostic fiable. De plus, le test FISH monopolise un espace de laboratoire coûteux, exige des techniciens hautement qualifiés et peut prendre plusieurs jours à faire.

Comme la version miniaturisée ne requiert que peu de réactifs (les solutions chimiques utilisées pour provoquer une réaction et détecter d’autres substances), 10 tests « FISH-sur-puce » peuvent être effectués pour 100 $ à peine. Et il faut moins d’une journée pour les réaliser. Autre avantage majeur : comme le « FISH-sur-puce » se transporte plus facilement que le test traditionnel, les patients des régions rurales ou éloignées pourraient en bénéficier.

Linda Pilarski et ses collègues continuent de peaufiner leur technique tout en cherchant des partenaires commerciaux qui les aideraient à distribuer leur invention sur le marché médical. Elle est convaincue que son « FISH-sur-puce » y suscitera de l’intérêt.

« En tant que chercheuse en oncologie, je sais qu’il existe une demande pour des systèmes diagnostiques plus accessibles et abordables, affirme-t-elle. Les médecins désirent traiter leurs patients en ayant recours aux meilleures thérapies. Selon moi, cette technique constitue un pas important dans cette direction. »