Opening up

La parole comme exutoire

Amener les immigrantes à raconter leurs expériences négatives favorise largement leur intégration
6 décembre 2012

« On peut parler d’un véritable partenariat mutuellement bénéfique », indique Kathy Hegadoren au sujet de son travail auprès des immigrantes. On comprend aisément ce qu’elle veut dire lorsque la professeure de sciences infirmières à l’Université de l’Alberta nous raconte son expérience.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les troubles causés par le stress chez les femmes, Mme Hegadoren a mené pendant plusieurs années des recherches cliniques concernant l’incidence de la violence sur le bien-être physique et psychologique des femmes. Dans le cadre d’une étude type, elle présente à ses sujets des facteurs stressants simulés, puis procède à des prises de sang et à des analyses en vue de découvrir certains marqueurs chimiques. Ses travaux ont démontré de façon irréfutable que le stress lié à la violence produit des réponses hormonales très distinctes chez les femmes, lesquelles peuvent ultimement se révéler nuisibles pour leur santé.

Lors de sa plus récente étude, la chercheuse, qui avait troqué son laboratoire contre le milieu communautaire, en est arrivée à des conclusions tout aussi inattendues qu’intéressantes. Le projet a vu le jour il y a environ cinq ans lorsqu’elle a formé un partenariat avec Changing Together, organisme établi à Edmonton qui offre un éventail de services aux immigrantes, allant des cours d’anglais à des programmes visant à faciliter leur intégration à la société canadienne.

Mme Hegadoren voulait examiner l’incidence d’un partenaire violent sur la vie de ces immigrantes. Elle a d’abord trouvé les sujets de son étude en faisant passer des entrevues aux clientes de l’organisme. Ces premières conversations ont révélé qu’un nombre terriblement élevé de femmes était victimes de violence de la part de leur partenaire. Elle indique que beaucoup de femmes, lors des entrevues, étaient extrêmement soulagées de discuter de leur situation et que, par la suite, elles ont fait part de leurs problèmes avec les conseillères de l’organisme. « Le personnel s’est rapidement rendu compte qu’il devait trouver des moyens d’intervenir », dit-elle.

D’abord, l’organisme a effectué un important changement dans ses politiques. Le personnel de Changing Together a décidé de poser des questions sur la violence conjugale à toutes les femmes qui venaient demander des services destinés aux immigrantes. Puis, l’organisme a consacré davantage de ressources pour sensibiliser les victimes à leurs droits et aux répercussions de ce type d’actes violents. Il a aussi tissé de nouveaux liens avec les centres de santé communautaire et a entrepris d’offrir des services d’assistance plus poussés. Enfin, à l’automne 2010, Changing Together a ouvert un foyer d’hébergement pour les immigrantes victimes de violence de la part de leur partenaire.

« Généralement, je mène des études fondamentales dans un environnement clinique, poursuit la chercheuse. Ce même travail en partenariat avec un organisme communautaire et le fait de changer des politiques et des pratiques a été vraiment gratifiant. »

Pendant ce temps, elle a poursuivi ses recherches cliniques en utilisant les installations de laboratoire financées par la FCI. Elle a recruté 80 immigrantes à Changing Together et les a divisées en deux groupes. La totalité des femmes du premier groupe avait été victime de violence conjugale, alors que ce n’était pas le cas pour le second. « Je voulais savoir, ajoute-t-elle, si une telle violence constituait un type particulier de facteur stressant laissant des traces distinctes sur la santé physique et mentale des immigrantes. »

L’étape de collecte des données venant de se terminer, elle entreprend maintenant l’analyse des réponses. Mais peu importe ce qui en ressortira, elle a comblé le fossé entre le milieu clinique et le milieu communautaire grâce à des résultats qui parlent d’eux-mêmes.

Le facteur FCI

Kathy Hegadoren a été la première infirmière à recevoir des fonds de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). L’infrastructure financée par la FCI comprend une salle d’entrevue non clinique où les femmes se sentent confortables et à l’aise, une salle de physiologie où les chercheurs mènent des tests sur les effets du stress sur les hormones et un laboratoire adjacent où la chercheuse et son équipe préparent en toute commodité les échantillons pour le stockage et l’analyse.

Affiché à l'origine le 12 mai 2011