Not just fiddling around

La musique gaélique à l'honneur

L'étude et l'archivage de la musique de l'île du Cap-Breton protègent son patrimoine unique et constituent un modèle de préservation culturelle
1 novembre 2007
La musique peut être plusieurs choses : source d’inspiration, moyen d’expression, catharsis, lien primordial entre les gens. Pour Richard MacKinnon, de l’Université du Cap-Breton (CBU), la musique représente toutes ces choses, mais constitue aussi une manifestation de la culture unique de l’île du Cap-Breton et un moyen de retracer l’évolution de son individualité.
 

Beaucoup d’éléments de la culture actuelle de l’île sont enracinés dans la musique. Pourtant, peu d’études et d’actions ont été menées afin de préserver ce patrimoine. À mesure que de nouvelles influences culturelles affluent de partout dans le monde, les traditions du passé sont menacées et pourraient facilement se perdre.

Richard MacKinnon, Cap-Bretonnais de souche, agit pour préserver la musique traditionnelle du Cap-Breton dans le cadre de son travail de titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le patrimoine culturel intangible à la CBU. « Le patrimoine culturel intangible est une désignation moderne de ce que l’on avait coutume d’appeler le folklore », explique-t-il.

Le folklore musical à la base des travaux de M. MacKinnon existe depuis plus de deux siècles. Entre 1775 et 1850, plus de 25 000 Écossais gaélophones ont quitté leur terre natale pour tenter leur chance dans la « Nouvelle Écosse ». Ils se sont établis partout sur l’île du Cap-Breton et dans les hautes terres de l’est de la Nouvelle-Écosse, apportant avec eux leur langue et plusieurs de leurs traditions orales et musicales distinctives. Le patrimoine de l’île du Cap-Breton résulte de l’évolution d’un style unique alliant le violon et le piano, qui a engendré la tradition tout aussi distinctive de la danse carrée et de la gigue.

L’exploration du passé musical de l’île du Cap-Breton permet d’expliquer comment la culture actuelle de la région s’est développée et pourquoi certains styles musicaux se sont imposés. Par exemple, en examinant les nuances particulières du style de piano joué dans l’île, M. MacKinnon remarque que le piano est devenu un instrument solo pour plusieurs musiciens de l’île tels que Mary Jessie MacDonald, Connie Morrison MacGillivray, Gordon MacLean et Doug MacPhee.

Il explique ainsi le phénomène : « Au tournant du XX e siècle, l’instrument des salons victoriens, le piano, est devenu l’instrument de prédilection pour accompagner le violon celtique de l’île du Cap-Breton. Mais certains pianistes ont dépassé le stade de l’accompagnement pour devenir des solistes, jouant des morceaux de violon au piano et développant des techniques spéciales pour imiter le son du violon avec leur instrument. »

La recherche d’une meilleure compréhension du noyau musical de l’île du Cap-Breton, d’hier et d’aujourd’hui, a énormément avancé en 2006 avec la fondation du Centre for Cape Breton Studies. Ce centre d’études comprend un laboratoire, où des enregistrements audio et vidéo peuvent être numérisés à des fins de préservation et de diffusion, et une excellente salle d’analyse de performances musicales. Cet espace multifonctionnel permettra d’enregistrer de la musique mais aussi des représentations théâtrales et de danse à des fins de recherche et d’archivage. Il sera aussi possible d’y écouter des enregistrements audiovisuels dans une salle insonorisée. Enfin, il servira de salle de répétition et de spectacle pour la communauté et pour les visiteurs.

Retombées

Il suffit de parcourir l’île du Cap-Breton pour se rendre compte à quel point la musique est intimement liée à la vie quotidienne. À plusieurs endroits au Canada, on pourrait dire la même chose. La recherche de Richard MacKinnon et la préservation de la musique de l’île peuvent servir de modèle aux programmes de préservation du patrimoine de tout le Canada et d’autres pays.

L’île du Cap-Breton, avec ses nombreux groupes culturels, représente pour M. MacKinnon le cadre parfait pour élaborer des méthodes de protection du patrimoine culturel et d’éducation du public. « Certains de mes travaux sur les politiques internationales en matière de patrimoine culturel immatériel, dit-il, ont des incidences sur l’élaboration des politiques au Canada. » Récemment, il s’est rendu en Écosse pour prendre la parole au cours d’une réunion de l’UNESCO sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et aborder ses implications pour la préservation de la culture gaélique. « Un dialogue international se déroule actuellement sur ce qui constitue le patrimoine et sur la façon d’intégrer les aspects intangibles de la culture aux politiques en matière de patrimoine. »

Monsieur MacKinnon souligne aussi l’importance du Centre for Cape Breton Studies dans la recherche sur le folklore — à la fois comme lien avec le passé et comme élément vital du présent et de l’avenir. Monsieur Graham Reynolds, directeur du département d’histoire de l’Université du Cap-Breton (CBU), acquiesce : « Le nouveau centre retracera toute l’histoire de la musique de l’île du Cap-Breton, ce qui aidera à préserver un volet précieux de notre culture. Ce sera aussi un merveilleux outil de recherche qui contribuera à susciter un intérêt accru pour la musique de notre île. »

Les efforts de M. MacKinnon et d’autres intervenants affiliés au Centre for Cape Breton Studies de la CBU ne sont pas passés inaperçus. En mai dernier, la British Broadcasting Corporation a filmé une série de six émissions sur la musique écossaise dans le monde et a passé deux jours à documenter les travaux de M. MacKinnon et de ses étudiants. Plus près de chez lui, M. MacKinnon a vu son travail louangé par le Club Rotary de Sydney qui a recueilli 25 000 $ pour contribuer à la mise sur pied du centre dans le cadre du projet du centenaire de Rotary International. À l’inauguration du centre en octobre 2006, la présidente du Club Rotary, la Dre Lynn Ellis, a déclaré : « Les liens tissés avec la communauté par l’entremise de la musique et des travaux du Centre for Cape Breton Studies dureront éternellement. »

Partenaires

Richard MacKinnon a conclu des partenariats avec des chercheurs du Beaton Institute situé à l’Université du Cap-Breton, qui abrite la Collection de musique celtique canadienne ainsi que la correspondance et divers documents de musiciens célèbres des Maritimes, tels que feu John Allan Cameron. Les autres partenaires sont notamment le Centre d’interprétation de la musique celtique à Judique, Mme Heather Sparling, spécialiste de la musique gaélique, le professeur Bill Davey, qui dirige un projet consacré à la langue de l’île du Cap-Breton, et le Festival international des couleurs celtiques.

Pour en savoir plus

Visitez le Beaton Institute. (Site anglophone)

Découvrez la culture gaélique et la musique de l’île du Cap-Breton.