Say it with a song

La musique est le message

Un programme de musique conçu par un étudiant aide les jeunes autistes à gagner confiance en eux et à améliorer leur capacité à communiquer
30 novembre 2007
Pour toute personne souffrant d’un trouble envahissant du développement (TED), la communication peut constituer un obstacle redoutable et le décodage des normes sociales, représenter un formidable défi. Les affections neurologiques de cette famille, qui frappent 1 Canadien sur 150, demeurent un véritable mystère pour les scientifiques comme pour les familles touchées. Les chercheurs ont cependant découvert que chez certains enfants autistes, la musique peut favoriser la communication et l’adaptation sociale.
 

Mais trouver un programme de musique qui cible expressément les besoins des enfants autistes constitue en soi toute une entreprise. C’est ce qui a incité Raymond Ko, un musicien talentueux de Saskatoon, à passer à l’action.

Raymond a maintenant 19 ans, mais à 15 ans déjà, il affichait des qualités de meneur au sein du conseil étudiant de son école et s’impliquait activement dans sa collectivité. C’est en passant en revue les organismes de bienfaisance auxquels son établissement d’enseignement pourrait venir en aide qu’il tomba par hasard sur des articles scientifiques mentionnant que la musique pouvait aider les enfants autistes.

Musicien accompli ayant aussi l’habitude d’enseigner à des enfants défavorisés, Raymond entreprit de transposer dans un programme destiné aux jeunes autistes sa passion pour la musique et ses connaissances en la matière. « Je voulais enseigner à ceux qui, en temps normal, n’auraient pas eu la possibilité d’apprendre la musique ni d’en tirer plaisir. »

Raymond prit contact avec l’organisme Autism Services de Saskatoon, à qui il présenta son idée : un programme d’enseignement de la musique destiné aux enfants de 3 à 18 ans et dispensé de façon bénévole. En quelques mois à peine, le Music Sensory Awakening Program (programme d’éveil sensoriel à la musique) voyait le jour. Il compte maintenant 17 participants.

Ce programme d’éveil sensoriel, qui en est à sa troisième année d’existence, a eu des effets remarquables. Chaque année, au mois de mai, dans le cadre d’un concert-bénéfice, les élèves du programme présentent des pièces devant un auditoire de plusieurs centaines de personnes : leurs acquis musicaux et comportementaux surprennent et réjouissent leurs familles.

« Voir les sourires qui illuminent les visages des parents et des proches de ces enfants lorsqu’ils constatent les immenses progrès accomplis en une seule année fait chaud au cœur », dit Raymond, qui poursuit actuellement des études en biologie à l’Université de la Saskatchewan.

June Hofmeister fait partie de ces parents. Son fils de 16 ans, Jerad, souffre du syndrome d’Asperger, une forme bénigne d’autisme affectant la capacité des personnes atteintes à décoder les signaux sociaux et à y réagir. Au cours des deux dernières années, grâce à ses leçons de piano, Jerad a pu améliorer non seulement sa motricité fine, mais aussi son estime de soi et sa confiance en soi. « De fait, il se débrouille très bien devant de grands auditoires, par exemple lors des concerts, dit sa mère. Il n’éprouve aucune difficulté à monter sur scène, à s’asseoir au piano et à jouer. »

Mais le processus d’apprentissage n’est facile ni pour l’élève, ni pour le maître. Raymond et les autres enseignants bénévoles adaptent leurs méthodes d’enseignement à chaque élève, puisque les TED les affectent différemment. Certains enfants ne parlent pas, tandis que d’autres éprouvent de la difficulté à décoder les signaux sociaux .

« Si la musique constitue une thérapie efficace, c’est en raison de sa structure et de la rigidité de sa trame rythmique, dit le jeune musicien. La structure occupe une telle place qu’elle aide les enfants à se concentrer. » Mettant à profit ce principe, Raymond structure aussi son enseignement, par exemple en découpant ses leçons de 30 minutes en blocs d’activités de 5 minutes. Il s’inspire des recherches menées sur l’autisme, bien que celles-ci ne soient pas d’un grand secours sur la façon d’enseigner à des enfants autistes. Il a dû mettre au point ses propres méthodes .

Après avoir observé les enfants, Raymond les a séparés en trois grands groupes correspondant à des styles d’apprentissage : styles visuel, auditif et kinesthésique (lequel s’applique aux enfants qui intègrent les connaissances par apprentissage pratique). « J’utilise un code de couleurs assorti de chiffres et de lettres pour aider les élèves à se familiariser avec le clavier et à apprendre à lire les notes », précise-t-il. Une autre stratégie a recours à des scénarios en images pour illustrer les comportements adéquats.

En définitive, tout se ramène à deux ingrédients : souplesse et patience. « En tant que professeur, il est impossible de manifester la moindre contrariété à l’égard de ces enfants. Ils font toujours de leur mieux. Vous leur enseignez votre art ; ils vous enseignent la patience. »

Son programme d’éveil sensoriel à la musique lui a valu de figurer parmi les « 20 ados avec brio » dont la contribution a été soulignée récemment par Youth in Motion. Fort de ce succès, Raymond projette d’étendre le Music Sensory Awakenig Program à l’ensemble du Canada.

Les réalisations de Raymond Ko:

Raymond Ko a accumulé de nombreux prix et reconnaissances dans les milieux universitaire et musical. Par exemple :

  • Bourses d’études TD Canada Trust pour l’excellence en aide communautaire (2005).
  • Bourse du président, Université de la Saskatchewan.
  • Bourse de début d’études du programme national de bourses du millénaire.
  • Lauréat 2005 du Festival national de musique tenu à Kamloops. (C.B.), dans la catégorie des cordes, pour son interprétation du Concerto pour violon de Tchaïkovsky.
  • Gagnant du grand prix Sister Boyle décerné lors du gala des grands prix du Saskatchewan Provincial Music Festival pour l’exécution la plus remarquable (juin 2005).
  • Gagnant d’une bourse d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, en 2005, dans le cadre de l’Expo-sciences pancanadienne tenue à Vancouver, C.B., pour un travail sur les champignons médicinaux et leurs effets sur la santé.
  • Gagnant 2005 du Défi Biotech Aventis pour le même travail sur les champignons médicinaux.
  • Titulaire d’un diplôme spécialisé en violon et en piano du Royal Conservatory of Music (Toronto, janvier 2003).
  • Participant à la Table ronde 2007 sur la musique et la médicine du Centre national des arts, à Ottawa.
  • Membre du jury pour la Saskatchewan Music Festival Association.
  • Juge pour le défi biotalent sanofi aventis.

Pour en savoir plus

Renseignez-vous sur les troubles envahissants du développement auprès de la Société canadienne de l’autisme.

Découvrez le programme 20 ados avec brio.

Lisez deux articles de l'Association canadienne des ergothérapeutes et du Music Therapy Association of British Columbia (Site anglophone) traitant des façons dont la musique peut contribuer au traitement des handicaps.