Rethinking the pine beetle

La lutte contre le dendroctone du pin

Joerg Bohlmann espère éviter une infestation du dendroctone du pin au Canada
21 janvier 2010
Le cycle de vie du dendroctone du pin ponderosa.
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Le cycle de vie du dendroctone du pin ponderosa.
Développement des ressources durables de l'Alberta

Lorsqu’il parle de la lutte contre le dendroctone du pin ponderosa, Joerg Bohlmann, un biologiste en génomique basé à l’Université de la Colombie-Britannique, aime utiliser une analogie médicale : « Imaginez que nous tentions de combattre la malaria, explique-t-il, mais qu’en l’absence de renseignements sur le parasite qui cause la maladie, nous décidions de ne pas en tenir compte dans nos travaux et de nous contenter de considérer le moustique et les humains. Il nous manquerait alors l’un des trois éléments fondamentaux qui entrent en jeu dans la transmission de la maladie. »

Jusqu’à maintenant, la recherche sur le dendroctone du pin ponderosa, qui a infesté près de 15 millions d’hectares de forêt de pins tordus de la Colombie-Britannique et menace de se propager à la grandeur du Canada, a surtout été axée sur l’arbre et sur l’insecte même, accordant beaucoup moins d’importance à un champignon pathogène qui travaille en symbiose avec le coléoptère. Ce champignon, transporté par l’insecte vers de nouveaux arbres-hôtes, rend ensuite les nutriments de l’arbre plus accessibles au dendroctone. C’est leur action concertée qui entraîne la mort de l’arbre. « Ce processus est-il si différent d’un système pathogène chez l’humain? demande Joerg Bohlmann. Non, pas vraiment. »

Après l
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Après l'accouplement, les dendroctones du pin ponderosa creusent des galeries sous l'écorce de l'arbre. C'est là que les femelles pondent leurs œufs.
Brytten Steed, Service des forêts du département de l'Agriculture des États-Unis, Bugwood.org

En médecine, les chercheurs étudient la biologie et les génomes des maladies infectieuses pour trouver le traitement approprié. On peut faire la même chose en foresterie, d’après Bohlmann. Afin d’appliquer une approche aussi rigoureuse à l’infestation par le dendroctone du pin, le biologiste a été l’un des fondateurs du projet Tria. Ce projet, qui réunit des scientifiques de diverses disciplines issus d’universités de la Colombie-Britannique et de l’Alberta ainsi que des services des forêts fédéral et provinciaux, bénéficie de l’appui de Génome Colombie-Britannique, Génome Alberta et Génome Canada. « C’est l’une des premières initiatives à grande échelle visant à étudier une pathologie forestière en ayant recours aux mêmes outils moléculaires et génomiques que ceux employés par la recherche biomédicale depuis au moins 20 ans », indique le chercheur.

L’envergure du projet Tria et l’intérêt qu’il suscite sur le plan national donnent une idée de l’ampleur que pourraient prendre les infestations du dendroctone du pin ponderosa. Le coléoptère a franchi la barrière géographique des Rocheuses, et la forêt boréale pancanadienne se trouve sur son parcours. « La voie est libre, précise Bohlmann. Il n’y a rien pour freiner son avancée. Tant que nous n’en saurons pas davantage sur le système pathogène dans un nouvel environnement, nous ne pourrons prévoir avec certitude les risques de propagation future. »

Une photographie au microscope électronique à
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Une photographie au microscope électronique à balayage montre l'O. clavigernum, le champignon pathogène qui travaille en symbiose avec le dendroctone du pin ponderosa pour tuer les arbres.
: Adrianne Rice, Ressources naturelles du Canada - Service canadien des forêts; George Braybrook, Université de l'Alberta

Une partie des travaux menés aux laboratoires de Bohlmann et de ses collègues visent à mieux comprendre les signaux chimiques émis par les pins, les dendroctones et les champignons pathogènes. Pour que l’insecte puisse attaquer massivement un arbre et transporter le champignon, ces organismes doivent communiquer l’un avec l’autre. Si on réussissait à interrompre ces signaux de communication, on parviendrait peut-être à affaiblir l’action conjuguée du dendroctone et du champignon.

D’autres chercheurs se servent des données génomiques recueillies par Joerg Bohlmann et ses collègues pour repérer de jeunes arbres résistants et comprendre comment se propage l’insecte et comment les arbres luttent contre les pathogènes. Étant donné que certains pins tordus sont génétiquement plus résistants aux attaques du dendroctone, des chercheurs comme l’arborigénéticien Alvin Yanchuk, du Service des forêts de la Colombie-Britannique, pourraient être en mesure d’utiliser cette information génétique pour sélectionner ces caractères et cultiver des semis résistants. « Le projet Tria nous fournit de bien meilleures données de base sur la génétique des arbres, indique Yanchuk. Cette approche n’est pas nouvelle. On utilise actuellement la génomique appliquée pour les animaux et les plantes de grande culture. Toutefois son utilisation pour les forêts aménagées est une innovation. » La moitié des arbres que plantent aujourd’hui les sociétés forestières en Colombie-Britannique proviennent du programme de culture sélective du Service des forêts de la Colombie-Britannique.

Un dendroctone du pin ponderosa adulte creuse une
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Un dendroctone du pin ponderosa adulte creuse une galerie larvaire.
Whitney Cranshaw, Université de l'État du Colorado; Bugwood.org

Selon toute vraisemblance, les forêts de la Colombie-Britannique ne devraient pas être touchées par une telle épidémie du dendroctone du pin avant un autre siècle, mais les autres provinces canadiennes tirent tous les enseignements possibles du projet Tria. Pour Alvin Yanchuk, les recherches de Joerg Bohlmann et de ses collègues auront une portée considérable : « Tria est un bon modèle pour l’étude des parasites des forêts dans l’avenir. »

Article du magazine Science du AAAS