Canada's youth-key to an innovative future

La jeunesse inventera le futur

1 juillet 2005

Voilà 100 ans déjà que la physique a connu son « année miraculeuse ».

En 1905 en effet, à l’âge de 26 ans, Albert Einstein publie les trois articles qui jetteront les bases de la physique moderne : l’effet photoélectrique, le mouvement brownien et la théorie de la relativité.

En 1984, à l’âge de 24 ans, Mike Lazaridis fonde Research In Motion, un des plus beaux fleurons de la technologie canadienne.

En 2003, à l’âge de 12 ans, Claire Pritchard gagne le prix du meilleur projet à l’Expo sciences pancanadienne de la FSJ, pour avoir démontré que le téléphone cellulaire au volant influe plus que l’alcool sur la coordination main œil et sur le temps de réaction.

En 2004, à l’âge de 16 ans, Justin Tan présente à l’Expo sciences un projet de cryopréservation des ovules et des embryons qui fait déjà l’objet d’essais cliniques et même d’un accord de commercialisation.

La science est le terrain de prédilection de la jeunesse. C’est chez eux que naissent les éclairs de génie qui transforment la pratique scientifique.

Chaque année, plus d’un demi-million de nos jeunes participent à un projet scientifique quelconque, à l’école pour la plupart. C’est autant que dans le hockey organisé. Mais si le hockey reste un loisir longtemps après que se sont évanouis les rêves de Ligue nationale, il est rare qu’on continue de « jouer » à la science. Trop souvent, nous disent les jeunes, le défi et la passion disparaissent. L’emballement du primaire fait place à l’ennui et au désenchantement à la fin du secondaire. La même chose arriverait au hockey si son enseignement était aussi livresque que celui de la science : assis en classe, les enfants mémorisent une terminologie étrange et apprennent à rédiger des devoirs... à la troisième personne, s’il-vous-plaît.

Or, le hockey est un jeu et la science... eh bien, la science est une affaire sérieuse. Tellement sérieuse que le Canada aura besoin de 100 000 personnes hautement qualifiées d’ici 2010 pour se maintenir dans le « Top Ten » de la recherche mondiale. Curieusement, alors que nos écoles abritent peut-être six millions de jeunes espoirs pour la science, on préfère importer des talents que cultiver ceux qu’on a chez nous en réserve. À ce jeu-là, un grand nombre de nos petits génies risquent de devenir des spectateurs plutôt que des acteurs de la science.

Pour jouer au hockey, il faut aussi se rendre à la patinoire, lacer ses patins, se jeter dans la mêlée, prendre des coups avant de compter enfin un but. Si on montrait aux jeunes à jouer à la science de la même manière – en laissant aller leur curiosité naturelle, en posant des questions, en explorant des pistes, en se trompant plusieurs fois, puis en goûtant enfin l’euphorie de la découverte – la plupart s’en feraient une belle idée, ils comprendraient comment elle fonctionne et seraient mieux préparés à vivre dans un pays qui se veut un champion des sciences, de la technologie et de l’innovation. Et ils seraient plus nombreux à embrasser des carrières en sciences et en génie.

Heureusement, il y en a à qui ça arrive. Il y a des jeunes extrêmement doués qui se penchent sur des problèmes de leur collectivité, qui inventent des appareils surprenants ou qui trouvent des solutions inédites dans des domaines aussi divers que l’environnement, les sciences de la santé et la physique.

Peu de provinces décernent des crédits scolaires pour ce genre de travail et de nombreux élèves se sentent pénalisés par leur école parce qu’ils font de la recherche de leur propre chef. Comment s’étonner alors de voir décliner à travers le pays la participation aux projets de science au deuxième cycle du secondaire? En exigeant plus de rigueur et en voulant « couvrir » un contenu scientifique toujours plus étendu, on obtient peut-être tout le contraire de ce que vise l’enseignement des sciences. Si le Canada aspire réellement à briller dans ce domaine, il doit corriger cette situation, au plus haut niveau de décision.

On n’a pas deux fois la chance de voir le monde avec l’innocence et la curiosité de la jeunesse. Les jeunes Canadiens qui ne se laissent pas rebuter par les mathématiques, qui interrogent leur microscope et posent des questions auxquelles ni leurs parents ni leurs enseignants ne peuvent aisément répondre… ces jeunes là n’auront pas de deuxième chance. Pour notre avenir à tous, pour le bien de notre économie, nous devons soutenir et encourager leurs élans scientifiques.

Qui sait d’où viendront les prochains Einstein, Lazaridis, Pritchard ou Tan? Personne. Pourtant ils sont là, quelque part. Nous avons intérêt à leur trouver un terrain de jeu, car c’est eux qui inventeront le futur.

Reni Barlow est le directeur exécutif de la Fondation sciences jeunesse (FSJ) Canada.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l'innovation, de son conseil d'administration ni de ses membres.