Forging partnerships

La communauté d'abord

Le Centre de recherche sur la santé des autochtones des Premières nations du Manitoba
6 mai 2002

On appelle cette pratique la « recherche éclair ». Intéressés par leurs coutumes ancestrales, leurs traditions orales ou encore les cicatrices laissées par les écoles résidentielles, les universitaires débarquent dans les communautés autochtones pour les étudier. Puis, aussi brusquement qu'ils sont arrivés, ils repartent sans laisser de trace, emportant avec eux les connaissances gagnées lors de leur visite.

Souvent, les communautés des Premières nations ne revoient jamais les chercheurs et ne sont pas informées des résultats de la recherche.

Le Centre de recherche sur la santé des autochtones des Premières nations du Manitoba met fin à cette pratique. Financé en partie par l'Assemblée des chefs du Manitoba, le Centre permet la réalisation de recherches novatrices en santé autochtone, en consultation avec les communautés des Premières nations. Cette approche avant-gardiste vise d'abord à trouver des solutions à de sérieux problèmes de santé. Elle veut aussi servir de modèle de collaboration pour d'autres institutions de santé autochtone au pays.

« Ils font un travail extraordinaire, » dit Jeff Reading, directeur scientifique de l'Institut de la santé des Autochtones, parlant de l'Institut de recherche sur la santé du Canada. « Nous remarquons déjà des progrès importants sur des problèmes de santé qui sont prioritaires pour les communautés autochtones - des problèmes identifiés par les communautés elles-même. Cette nouvelle approche a d'ailleurs donné aux gens au Manitoba et partout au pays l'occasion de constater le potentiel des communautés des Premières nations, et d'entrevoir de nouvelles possibilités de travails en partenariat. »

Un des principaux projets du Centre est d'étudier la façon dont sont menées les enquêtes sur la santé des communautés des Premières nations. Cette étude est dirigée par le directeur du Centre, John O'Neil. Son objectif est d'améliorer la qualité de l'information utilisée par le gouvernement pour élaborer les politiques sur la santé. Ce projet prévoit la mise au point de nouveaux outils pour mesurer les facteurs sociaux qui influencent la santé des communautés des Premières nations.

Pour atteindre ces objectifs, il faut d'abord que tous s'entendent sur certaines définitions et parlent un même langage. On sait, par exemple, que la pauvreté a un impact direct sur la santé. Mais quand vient le temps de colliger des données à ce sujet, il faut être conscient du fait que les autochtones du Canada ne définissent pas la pauvreté de la même façon que les non-autochtones. Selon John O'Neil, une recherche sérieuse doit tenir compte de tous les facteurs qui caractérisent la pauvreté et non pas travailler à partir d'une définition qui la détermine uniquement à partir d'un manque de revenus. «On rencontre régulièrement des aînés autochtones qui vivent sous le seuil de la pauvreté, dit John O'Neil. Ils mènent une vie plus traditionnelle, ils chassent, trappent, vivent en harmonie avec leurs valeurs spirituelles ancestrales. Ils le disent eux-mêmes : nous ne sommes pas pauvres. »

De leur côté, d'autres chercheurs du Centre tentent d'expliquer le taux élevé de fractures de la hanche qui prévaut chez les femmes autochtones. POP UP 2 Des recherches sont également menées pour tenter de trouver le moyen de prévenir et de guérir le diabète. Ces études se font de concert avec des guérisseurs traditionnels et ont pour objectif de déterminer comment le savoir ancestral et la spiritualité autochtone peuvent contribuer à améliorer leur état de santé.

Retombées

L'implication des communautés

Le Centre de recherche sur la santé des autochtones des Premières nations du Manitoba dirige d'importantes recherches. Le but ? S'attaquer à un taux anormalement élevé de certaines maladies dans ces populations dont le diabète, le virus du VIH, le Sida et les nombreux suicides chez les jeunes.

«Pour atteindre nos objectifs, le type d'approche privilégié par le Centre est tout aussi important que les projets de recherche qu'il entreprend», lance Doreen Sanderson, conseillère en santé à l'Assemblée des chefs du Manitoba. «C'est la première fois qu'une équipe de chercheurs intègre dans leurs travaux les valeurs culturelles et traditionnelles des autochtones», ajoute-t-elle. La priorité d'action dans les problèmes de santé est établie après consultation avec les communautés des Premières nations.

« La recherche que nous menons a pour but d'améliorer l'état de santé des autochtones selon des critères qui leur sont propres, » explique John O'Neil. Les autochtones regardent la santé comme faisant partie d'un cercle. Ils en ont une notion holistique qui consiste à trouver un bien-être global, à la fois spirituel, émotif, physique et social.

L'implication des communautés autochtones encourage aussi la coopération et le développement de solutions novatrices. « Nous souhaitons avoir notre mot à dire au sujet de ces recherches qui sont souvent initiées par des gens de l'extérieur de nos communautés, » dit Doreen Sanderson.

Le Centre manitobain agit aussi en tant qu'agent de liaison entre les communautés autochtones et les chercheurs. « Ce jumelage permet de maximiser les chances d'amener les meilleurs chercheurs à se pencher sur des problèmes de santé qui sont prioritaires pour les autochtones » estime Jeff Reading, directeur scientifique de l'Institut de la santé des autochtones.

Le Centre sert aussi de modèle à un institut virtuel mondial qui développe un réseau de centres d'apprentissage pour s'attaquer aux problèmes de santé des autochtones autour du globe. Selon Jeff Reading, « Le Centre manitobain est un exemple et une source d'inspiration pour les autres institutions. »

L'institution manitobaine se donne comme mandat d'amasser une masse critique de données relatives à la santé des autochtones. Le Centre favorise ainsi l'embauche de diplômés, d'étudiants de 2e et de 3e cycles et de chercheurs autochtones. Il sert également de projet phare pour le programme Cadres de développement de la capacité autochtone de recherche en santé (CDCARS) de l'Institut en santé autochtone.

Le CDCARS compte bâtir un réseau pancanadien d'institutions de recherche qui travailleront ensemble à résoudre les problèmes de santé autochtones. Le centre de recherche du Manitoba suscite déjà l'intérêt de pays à forte population autochtone dont la Nouvelle-Zélande et l'Australie.

Partenaires

En opération depuis mars 2001, le Centre de recherche sur la santé des autochtones des Premières nations du Manitoba tisse des liens entre les Premières nations et la communauté scientifique du Canada. Le partenariat à l'origine de la création de ce centre comprend l'Assemblée des chefs du Manitoba, l'Université du Manitoba, la Fondation pour la recherche en santé de Winnipeg et le Gouvernement du Manitoba. La Fondation canadienne pour l'innovation et les Instituts de recherche en santé du Canada ont également contribué au financement de cette infrastructure de recherche.

Chercheurs et autochtones travaillent main dans la main sur tous les aspects de la réalisation des projets d'étude et à toutes les facettes de l'administration du Centre. Avec comme résultat que la recherche n'est plus menée uniquement sur les autochtones. Elle est désormais menée avec des autochtones, et aussi par eux.

Des représentants de l'Assemblée des chefs du Manitoba siègent d'ailleurs au Conseil d'administration du Centre. Les propositions de projets de recherche sont aussi évaluées par le Comité de recherche et d'information sur la santé de l'Assemblée des chefs, un groupe composé de représentants de sept conseils de bande et de représentants de bandes non-affiliées.

Chaque fois qu'une bande autochtone choisit de participer à un projet de recherche, des membres de cette bande sont invités à se joindre à l'équipe de chercheurs. « La présence de ces représentants au sein des équipes offre la garantie que les chercheurs seront imputables autant envers les Premières nations qu'envers l'Université du Manitoba, » explique Doreen Sanderson, conseillère en santé à l'Assemblée des chefs du Manitoba.

Cette présence donne également l'assurance aux communautés qu'elles pourront bénéficier des résultats de ces recherches. Car non seulement elles participent à la planification de la stratégie de diffusion des résultats de ces travaux, mais les chercheurs qui travaillent sur ces projets s'engagent à communiquer ces résultats à chacune des communautés impliquées.