Investing in the future

Investir dans l'avenir

31 juillet 2006

Par l’enseignement et la recherche, les universités ont pour mission de transmettre le savoir acquis d’une génération à l’autre tout en produisant de nouvelles connaissances.

J’étudie le système de recherche-développement du Canada depuis plus de 20 ans. J’ai pu constater qu’il est en excellente santé en raison des excédents budgétaires du gouvernement fédéral ces dernières années, de la réduction considérable de la dette nationale, du fait que l’économie du Canada compte parmi les plus vigoureuses de la planète, de la force du dollar et des attentes élevées pour l’avenir. Au cours des 10 dernières années, l’aide publique à la recherche universitaire a connu une hausse considérable grâce à la création de mécanismes de financement tels que la Fondation canadienne pour l’innovation, les Bourses d’études du millénaire, les Chaires de recherche du Canada et les programmes de remboursement des coûts indirects de la recherche.

Pourtant, d’aucuns continuent d’affirmer que des problèmes perdurent à la base du système de recherche universitaire au Canada et que les universités doivent commercialiser davantage le fruit de leurs recherches.

Depuis la création de Research In Motion il y a une vingtaine d’années, nous n’avons breveté que deux technologies mises au point par le milieu universitaire, soit le cryptage et une technique de compression des données. Au cours de cette même période, j’ai engagé plus de 5 000 étudiants : étudiants inscrits à un programme coopératif, stagiaires, diplômés du premier, deuxième ou troisième cycle. C’est à eux que nous devons le succès commercial de notre entreprise. Ainsi, pour comprendre comment se produit la commercialisation, il faut regarder du côté des diplômés des collèges et des universités.

Pour qu’il y ait commercialisation, nous devons enseigner à la prochaine génération les techniques et les processus de pointe à l’aide d’une technologie d’avant-garde. Les diplômés qui ont eu l’occasion d’apprendre auprès des meilleurs chercheurs font ensuite profiter l’industrie de leur expertise et enrichissent notre société.

Pour bien comprendre le processus de commercialisation, il vous suffit donc d’assister à une collation des grades de votre université locale. À l’Université de Waterloo, l’entrée d’universitaires frais émoulus sur le marché du travail est célébrée deux fois par année. Formés à l’aide d’une technologie de pointe issue de partout dans le monde et d’outils d’avant-garde, ils ont appris des techniques et des processus novateurs auprès de l’élite des chercheurs et sont maintenant prêts à quitter leur alma mater pour apporter leur contribution à l’industrie et à la société. Voilà en quoi consiste la véritable commercialisation.

Pour stimuler la commercialisation au Canada, il faudra toutefois maintenir, voire augmenter les investissements en recherche fondamentale. Pourquoi est-il absolument essentiel que nous disposions des établissements de recherche les mieux financés, ici même au Canada? La plupart des gens croient que c’est parce que ce financement générera des découvertes utiles au cours des 10, 20 ou 30 prochaines années. Bien que ce soit vrai, ce n’est pas la principale raison.

S’il est absolument nécessaire de financer adéquatement et de façon visionnaire la recherche fondamentale, c’est pour attirer l’élite des chercheurs étrangers. Une fois au Canada, ceux-ci peuvent préparer la prochaine génération de diplômés au baccalauréat, à la maîtrise, au doctorat et au postdoctorat, ce qui inclut les meilleurs étudiants étrangers. Tout commence là.

Outre leurs compétences de haut niveau, ces chercheurs étrangers apportent avec eux leur réputation et leurs contacts dans le milieu scientifique international. Et les étudiants qui obtiennent leur diplôme commercialiseront tout ce qu’ils auront appris, que ce soit au Canada ou à l’étranger. Ils formeront la société de demain à l’image de l’éducation qu’ils ont reçue. Heureusement, certains resteront entre les murs de l’université, deviendront à leur tour de grands chercheurs et perpétueront ce cercle vertueux et la mission sacrée dont ils sont investis : continuer le transfert du savoir.

Je crois tellement en ce modèle que j’ai choisi un domaine de recherche qui, selon moi, est prolifique au Canada, le traitement de l’information quantique et l’informatique quantique, et j’y ai investi massivement. C’est un domaine extrêmement prometteur où tout reste encore à faire. J’ai à ce jour versé 150 millions de dollars à l’Institut Perimeter pour la physique théorique et au Institute for Quantum Computing, de l’Université de Waterloo.

Le Canada jouit à l’heure actuelle d’une excellente réputation et de conditions enviables : un dollar fort, une dette qui diminue et une société multiculturelle tolérante qui garde ses frontières ouvertes. Nous attirons dans nos universités les étudiants et les professeurs parmi les meilleurs et les plus brillants. Tant que nous investirons dans la recherche et dans des pôles de savoir ciblés partout au Canada et que nous maintiendrons le financement de notre système universitaire en général, les étudiants se chargeront du reste.

Par contre, si nous saisissons mal le fonctionnement de ce cercle vertueux et que nous nous en écartons ne serait-ce qu’un peu, nous pourrions commettre une erreur coûteuse. Si nous disons à nos chercheurs que leur réussite se mesure au nombre de brevets qu’ils obtiennent, nous ne récolterons que secrets et fermeture d’esprit.

Je vous invite donc à réfléchir à la façon dont l’argent de nos impôts est dépensé dans nos universités, en gardant à l’esprit la grande valeur de la formation universitaire et du cercle vertueux de la recherche fondamentale menée par des chercheurs d’élite.

Mike Lazaridis est le fondateur et codirecteur général de Research In Motion; il est aussi chancelier à l'Université de Waterloo.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.