Canadian Institutes of Health Research

Instituts de recherche en santé du Canada

Le financement public de la recherche et de l'innovation : clé du succès du Canada au 21e siècle
15 janvier 2007

Le monde connaît actuellement de profonds changements sociaux, scientifiques et technologiques. La façon dont le Canada répond à ces changements déterminera notre qualité de vie future, les débouchés offerts aux jeunes Canadiens, et notre capacité d’être compétitifs et productifs à l’échelle internationale.

Notre succès futur en tant que nation dépendra de notre capacité d’attirer et de retenir des chercheurs de haut niveau (« le produit le plus recherché sur la planète » selon la revue The Economist), et de générer de nouvelles idées et de les transformer en produits, en politiques et en services nouveaux.

Il est difficile de réaliser de la recherche de pointe, mais il est encore plus difficile de mettre en application les résultats de cette recherche. Ce processus, connu sous le nom d’application des connaissances ou d’innovation, repose sur une interaction réelle entre les chercheurs et les utilisateurs de la recherche.

Le rendement du Canada en matière d’innovation est aussi bon que celui de n’importe quel autre pays, mais cela est moins révélateur de notre réussite que de la difficulté d’exploiter la recherche scientifique pour influer sur le processus politique, changer la pratique clinique ou créer des sociétés prospères.

Comme le Canada, les autres pays reconnaissent que les gouvernements ont un rôle essentiel à jouer dans le soutien de la recherche fondamentale « en amont » et à long terme et de la recherche pour le bien collectif (p. ex. la recherche sur les temps d’attente, les soins palliatifs, l’environnement et la santé). Pour le secteur privé, le premier type de recherche est tout simplement trop risqué et à trop long terme, tandis que le second n’aboutit pas généralement à la commercialisation de produits ou de services. Il existe aujourd’hui un accord implicite selon lequel les gouvernements financent cette recherche (qui se fait en grande partie dans les universités et les centres universitaires de santé) et le secteur privé exploite les idées pour créer de la valeur économique.

Cependant le risque élevé d’échec et le long laps de temps avant que des entreprises rentables puissent naître des résultats issus de la science donnent à penser que les gouvernements et les bailleurs de fonds de la recherche devraient faire davantage. C’est pourquoi, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont créé le Programme de démonstration des principes (PDP). Dans le cadre de ce programme, on offre aux chercheurs du financement crucial sur une période de un an qui leur permet d’ajouter une plus grande valeur commerciale à leurs découvertes avant de chercher à obtenir du financement du secteur privé. Par exemple, deux chercheurs de l’Université Queen’s à Kingston, les Drs Abdoli-Eramaki et Stevenson ont reçu une subvention du PDP des IRSC afin de réduire les risques d’invalidité en raison de blessures au bas du dos chez les travailleurs. Cette subvention a permis aux chercheurs d’engager un dessinateur industriel qui les a aidés à transformer leur prototype encombrant en un produit commercialisable.

La croissance de Neuromed, qui est passée du stade de petite société dérivée à celui d’une entreprise qui a conclu une entente de près de 500 millions de dollars avec Merck nous donne une leçon importante. Il a fallu 11 ans de recherche menée au laboratoire du Dr Terry Snutch à l’Université de la Colombie-Britannique, recherche financée par les IRSC, pour en arriver à l’entente entre Merck et Neuromed. Le marché conclu avec Merck est le résultat d’une collaboration fructueuse entre le gouvernement et l’industrie. Les gouvernements financent la recherche fondamentale à long terme, plus hasardeuse, tandis que l’industrie prend à sa charge les étapes suivantes. Cette entente montre également que le Canada est un pays qui n’a pas son pareil comme source de recherche de niveau mondial et de propriété intellectuelle.

La recherche de haut niveau, la prise de risques, la créativité, le temps et une collaboration fructueuse entre le gouvernement, les universités, l’industrie et les milieux financiers — voilà les ingrédients de l’innovation.

Les investissements du Canada dans la recherche sont essentiels pour notre avenir. Seule la recherche contribuera à créer de nouveaux Neuromed. Seule la recherche apportera les preuves qui sont indispensables à l’instauration d’un système de soins de santé novateur et durable. Seule la recherche a pu prévenir l’effondrement de notre système de santé lors de l’éclosion du SRAS. Seule la recherche permettra de relever les défis d’ordre sanitaire et social croissants que pose le vieillissement de la population canadienne. Seule la recherche jettera les bases d’une science et d’un savoir-faire qui permettront au Canada de développer une économie fondée sur les idées et l’innovation.

Bien entendu, le rendement du capital investi dans la recherche va bien au-delà d’une définition économique étroite. Pour tous les défis importants que la planète doit aujourd’hui relever — VIH/sida, réchauffement planétaire, dégradation de l’environnement et de la santé humaine, cancer, toxicomanie et santé mentale — et pour bien d’autres problèmes encore, la solution passe par la recherche. La recherche scientifique est tout simplement le meilleur moyen que l’humanité a trouvé pour résoudre les problèmes complexes.

Pour que le Canada prospère, nous devons faire preuve d’audace, nous devons miser sur l’excellence et nos compétences scientifiques, nous devons accepter le risque et nous devons être patients. Notre capacité d’être concurrentiel et de collaborer dans un monde de plus en plus façonné par la science et l’innovation dépendra fondamentalement de la mesure dans laquelle nous pouvons réaliser des progrès scientifiques et en tirer parti pour résoudre les problèmes de l’humanité.

Investissements

Par Heather Blumenthal

En mars 2006, Neuromed Pharmaceuticals, une société de la Colombie Britannique formée en 1995, a signé une entente record de 475 millions de dollars US avec Merck, Inc — le plus important accord de licence dans l’histoire canadienne. L’accord aidera Neuromed à poursuivre le développement d’un médicament expérimental contre la douleur chronique.

Cette histoire a commencé il y a 17 ans, lorsque le Dr Terrance Snutch a entrepris la recherche qui a débouché sur l’accord avec Merck.

Ce qui suit est un exemple classique de la nature à long terme de la recherche, de l’importance du soutien continu à la recherche fondamentale, et des énormes retombées de cette recherche — tant pour la santé que pour l’économie — quand elle est fructueuse.

Le Dr Snutch est professeur aux Laboratoires Michael Smith de l’Université de la Colombie-Britannique. Il est aussi le fondateur et le chef de la direction de Neuromed. Ses travaux de recherche portent sur les canaux calciques — les canaux transmembranaires qui transportent le calcium à travers les cent milliards de cellules nerveuses du cerveau, déclenchant des signaux électriques et chimiques au passage.

Le calcium joue le rôle de messager entre les neurones qui régulent la contraction des muscles squelettiques, du muscle cardiaque et des muscles lisses, ainsi que la sécrétion hormonale, et tous les signaux électriques dans le système nerveux central. Cependant, les choses commencent à se dérégler quand trop de calcium entre dans les cellules.

« Nous savons qu’en bloquant une partie du calcium qui pénètre dans les cellules, il peut être possible d’alléger les symptômes d’un grand nombre de troubles », affirme le Dr Snutch.

Le médicament expérimental qui est à la base de l’accord de licence bloque un canal calcique particulier, le type N, qui est responsable de la libération de neurotransmetteurs dans la moelle épinière et qui est associé à la sensation de douleur. Le médicament, le NMED-160, bloque expressément le canal calcique de type N, soulageant ainsi la douleur chronique et neuropathique (douleur sans cause physique apparente). Les avantages potentiels sont immenses.

« Il n’existe aucun médicament pour traiter adéquatement la douleur chronique ou neuropathique. Nous avons les opiacés, comme la morphine, mais leurs inconvénients sont énormes. Ils ne peuvent être prescrits aux personnes qui ont des douleurs chroniques à cause de la dépendance, de la tolérance et d’autres effets secondaires », dit le Dr Snutch. « Les autres médicaments d’usage courant ne sont tout simplement pas très efficaces contre la douleur chronique intense. Le canal de type N, qui a été mis en évidence dans un programme de recherche en sciences fondamentales, offre une nouvelle stratégie thérapeutique. »

Tous les travaux de recherche du Dr Snutch sur les canaux calciques ont été financés par l’entremise des IRSC. Le Dr Snutch vante les mérites de la stratégie de commercialisation des IRSC, car celle-ci permet de parfaire une découverte, de créer une preuve de concept et de décider de la voie qui convient le mieux pour la commercialisation.

La commercialisation, dit le Dr Snutch, est la phase finale d’un long processus de recherche. Lorsque le Dr Snutch et son équipe du laboratoire ont commencé à étudier les canaux calciques, ils ne pensaient pas à des applications — ils pensaient seulement que ces canaux paraissaient intéressants du point de vue physiologique

« Il a fallu beaucoup de recherche fondamentale pour cloner le canal de type N, le localiser dans le système nerveux, montrer qu’il se trouve là où il faut dans le système nerveux pour contribuer au signal de douleur, déterminer comment il médie la transmission de la douleur, et ensuite disséquer les composantes moléculaires pour expliquer le couplage du canal aux récepteurs opiacés. Sans toute cette science fondamentale, il n’y aurait eu aucune raison de mettre au point un médicament qui bloque le canal de type N. »

Cela dit, le Dr Snutch fait remarquer que ce ne sont pas toutes les bonnes idées qui sont le point de départ d’une société de un milliard de dollars, et qu’une partie du défi consiste à trouver la bonne façon de commercialiser les découvertes. « Vous devez absolument vous demander quels sont les débouchés commerciaux pour chacune de ces cibles potentielles et travailler à rebours », dit le Dr Snutch.

Aujourd’hui, les travaux du Dr Snutch sur les canaux calciques sont porteurs d’espoir non seulement pour les personnes qui souffrent de douleur chronique, mais aussi, théoriquement, pour celles qui sont atteintes d’épilepsie, d’hypertension et de troubles de l’humeur.

« Le potentiel pour ces marchés et le traitement des patients dont les besoins ne sont pas satisfaits est colossal », dit le Dr Snutch. « Cette histoire nous réserve encore beaucoup de bonnes nouvelles. »

Pour en savoir plus : Neuromed Pharmaceuticals Inc. (Site anglophone)